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Natacha Felix

La vérité est une branche

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Natacha Felix

Des mains vieillies plus que le visage.
Aboiement d’un chien noir en guise de présage.
La mort. Un jour. L’attendre. Sans rien faire ou en vivant quand même un peu ?
Profiter des moments, petits, fréquents, jouissifs de simplicité.
Écouter.
« L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ».
Simone Weil avait raison.

 

Un oiseau venu se poser dans ma chambre, sur le rebord de la fenêtre, alors que j’étais dehors, dans le jardin.
Il était là, à l'intérieur, pendant que je n'y étais pas.
On cherche toujours les choses aux mauvais endroits.
Ne pas chercher.
Laisser les oranges mûrir sans jamais les cueillir. Les regarder. D’en bas, sous l’arbre, ou de l'étage, en plongée. Été comme hiver. Pas de jus, pas de dessert. Juste un désert de feuilles verdoyantes, immobile, parsemé d'éclats de soleil.
Laisser faire.
Des murs hauts autour du jardin protègent des yeux des voisins. Le son passe à travers. Impossible de s’isoler complètement.
Pourtant... on naît seul, on meurt seul, et l’on fait semblant au milieu. Et c’est tant mieux.

 

Seuls les tracteurs dans les rues ralentissent le rythme des choses. Ou les embouteillages.
Village ou capitale, la vie n’est plus qu’un torrent autour, qui tourne et tourne et tourne.
Plus de temps pris par qui que ce soit.
Plus de temps. Plus de mémoire.
Étrange comme les souvenirs peuvent s’effacer complètement. Les mots, la langue, aussi. Des moments vécus de façon si intense qu’ils nous submergent, puis quelques années plus tard, il n’en reste rien.
Leur absence ne crée même pas de vide. Occupaient-ils vraiment un espace ?
Leur disparition est finalement soulagement. La chance de pouvoir se consacrer complètement au présent.
L’élixir d’amnésie a un goût de revenez-y. J’y reviens. Sans cesse. Tout s’efface.
Rien n’est jamais fini même si rien ne dure. Effacer c’est ne pas mettre un point final. Laisser en suspension. Fuguer.

 

Au diable l’incompréhension, l'esprit sait ce qu’il fait en permettant de tout oublier.
Oublier, pardonner. Plus de colère. Presque jamais.
Le verre est à moitié plein une fois qu'on accepte qu’il est impossible de savoir ce que les mots veulent dire.
À moitié plein quand on renonce à comprendre et vouloir, et qu’on apprend à recevoir.
Tout est un scénario construit dans notre propre tête. Des possibilités. Un arbre de décision.
Choisir la bonne branche est la clef. Une bien solide, pour pouvoir y accrocher un hamac. Ou une balançoire.
La voilà la Vérité avec un grand V.
C’est une branche.
Elle peut m’abriter ou je peux m’y pendre.
J’ai le choix.

 

Les aboiements du chien se sont tus.
Les petites joies sont bien plus faciles à porter que les grands bonheurs.

  • Aimé 2

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Frédéric Cogno

J'ai pensé à" il n'y a plus rien" de Léo Ferré....Des vérités simples cachées sous les feuilles. J'aime beaucoup.

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Joailes

Stock de cœurs épuisé- Adoré lecture- Plume errante - 

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Seawulf
Il y a 14 heures, Natacha Felix a dit :

Les petites joies sont bien plus faciles à porter que les grands bonheurs.

Très beau texte, vivant, léger et profond à la fois, comme une mémoire à charge et décharge, comme un corps aux ressentis multiples, comme une voix qui parle des mots absents. 

Edited by Seawulf

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