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Nomal' sland

(Q.A.P.5) Le songe d'Augustin Paslà

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Nomal' sland

 

Le jour se lève d’un soleil réduit enrhumé.

La nuit a été courte, nerveuse, barge.

 Augustin Paslà ressort tuméfié d’un sommeil confisqué

Qui l’embarqua sur une péniche des songes de second ordre.

 

 Elle était lourde, encombrée et fendait un fleuve de sable

Biscornu aux méandres emprunts de hoquets épileptiques.

 Dans la cale, un cercle composé d’une douzaine de personnes

 Se donnait des coups de main pour honorer un rituel cocasse :

 

Hommes et femmes s’abîmaient dans un cénacle torgnolique.

Ils se tenaient par la taille, tournaient autour de caisses en bois,

Giflaient leur voisins ou voisines à chaque fin de ronde

Et psalmodiaient « j’en ai ma claque, j’en ai ma claque ».

 

 En surplomb les pattes engluées sur un entrepont mazouté,

Une pie arbitre déplaçait les perles d’un boulier de son bec.

Augustin Paslà, tout entier accaparé par le jeu auquel il assistait,

 N'imprima que par l'écho d'un regard l’anomalie oculaire de la troupe :

 

Les talocheurs synchronisés étaient énucléés,

Et des deux trous béants s’échappaient, par séquences,

Des farandoles d’ascarides que ce géodrilologue amateur

 Répertoria comme catégorie commune indigne d'intérêt.

 

Quand bien même eût -il investigué, l’étude aurait été abrogée

Par l’invitation intempestive du marinier en chef, décimaître des lieux.

Celui-ci contrariait l’image populaire d’un capitaine de flot :

Qu’un homoncule maitrisât un gouvernail amusait l'Augustin.

 

 Le commandant mal échelonné, réduit aux à-guets,

Maugréait une logorrhée dysenterie de colère,

Reflux idiosyncrasique propres aux demies-pattes

Toujours promptes à chausser leurs bottes impulsives.

 

Augustin Paslà s’affirmait la cause magistrale 

De la fureur angoissée du batelier myrmidon :

 Sa présence clandestine faussait le livre de bord

 Et falsifiait ses comptes, pareille à un épi sur un crâne pelé.

 

Augustin Paslà foutait en l’air la chorégraphie,

Ralentissait le tempo, insultait l’ouvrage.

 Augustin Paslà, ébaubi, ne savait quoi dire, quoi faire.

Rebelle, lui ?  Il n'avait jamais coupé les je-veux en quête.

 

Augustin Paslà s’apprêtait à plaider sa cause

(Quelques effets de manche pouvait la faire gagner)

Mais le grincheux defunesque ararbesquait derechef

Son postillonnant réquisitoire de franges imprécatrices :

 

Ce corps anomalique (Paslà) renfermait l’âme séditieuse,

 Le germe anarchique, le virus hérétique.

Il exhalait le soufre de l’enfer. Un relent de fagot

Auréolait ce perturbateur rentré lige du chaos.

 

Un grondement, malingre et chétif de naissance,

 A gober la harangue tel l’oisillon nourri à la becquée,

 S’empourpra, métamorphosé en aigle dominateur

Enveloppant soudain le chaland de son envergure hostile.

 

L’équipage, bidou, bidel, mousses, matelots,

 Quartiers maitres à l’unisson, sur un signe de son maître,

 Agrippa Augustin Paslà bien ballot, le souleva

Et emporta sa victime expiatoire vers son destin d’O*.

 

 Le cortège des sherpas fanatisés parvenu à la poupe

 S’arrêta net, propulsa son paquet par-dessus bord.

 Quelques lanceurs essuyèrent un signe de croix ;

 D’autres jetèrent du sel par-dessus leur épaule.

 

Revêtu de sa tenue d’apparat, les trois chevrons lustrés,

Pérorant sur ses galons de manches, la taille augmentée

 De sa casquette d’officier, le pitaine loin-du-ciel, en aplomb

Sur le pavois, hosannanait ses troupes dans une ultime capucinade :

 

Le Monde assis a vidé la mer d’un souffle sardonique.

Un empire de sable dans lequel folâtrent, en garnisons vigies,

 Des monticules de grains de malice, édicte sa suprême volonté.

Soumettons-nous ; poursuivons notre route quoi qu’il nous encroûte.

 

Allégé de leur Jonas (les superstitions ne jaunissent pas en mer),

La FUGACE - du haut de la butte où il avait atterri en autruche,

Augustin Paslà distinguait le patronyme peint en lettres d’or

Sur la coque du bateau - s’éloigna sur un rythme de java :

 

Augustin Paslà reconnaissait le son familier de l’accordéon

Et l’allure de marlou des danseurs pomponnés.

Effet de la musique canaille, son promontoire improvisé

 Frémit d’une fièvre guincheuse revenue d'un bord de marne :

 

La dune, mue d’un esprit de guinguette, se cambra,

Ondula, se dressa, se modela en gigantesque gorgone

 Et ouvrit une gueule gloutonne d’où perlait des dents

En diamants prêtes à déchiqueter Augustin Paslà.

 

Augustin Paslà recouvra ses automatismes lâches,

 Dévala la pente en un parfait roulé boulé incontrôlé,

 Et affronta avec entrain, tête bêche, la résistance froide

 Du carrelage de sa chambre en tombant de son lit.

 

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 

Augustin Paslà, assis au bord de son pageot, songeur,

Caressait les deux œufs de poule qui cornaient son front ;

Il méditait et se défaisait machinalement de la poudre blonde

 Salée fardant son visage. Interprétait-il sa vision nocturne ?

 

  Il y avait là matière à débat.  Résultat d’une mauvaise digestion

 Ou présage annonciateur de la rupture de l’ordinarité :

La bascule inerte, Augustin Paslà se l’avouait au fond

De lui-même, ne le préoccupait qu’en degré accessoire.

 

Un mystère domestique obnubilait son esprit agité :

Où donc étaient passées ses satanées charentaises ?

Une matinée phagocytée par l’indiscipline de la pantoufle

Ne prologue que trop une journée tapageuse et désinhibée.

 

Augustin Paslà décida de briser l’augure : Il se recoucha.

 

 

 

Cycle "Quelquefois, Augustin Paslà" (5)

 

O*  (Drapeau Oscar) : Homme à la mer.

 

 

  • Aimé 4

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Eathanor

Malheureusement, je suis à sec de cœurs à distribuer pour le moment.

Je tâcherai donc de revenir car Augustin, qui est bien là sur AP, le mérite.

  • Merci 1

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Aubussinne

Ouh ! La la, Augustin, tu as chargé ta monture. Ma montre va sortir du gousset et bloquer ses aiguilles ! 

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Marc Hiver

@Nomal' sland,

 

Il y a 3 heures, Nomal' sland a dit :

Le commandant mal échelonné, réduit aux à-guets,
Maugréait une logorrhée dysenterie de colère,
Reflux idiosyncrasique propres aux demies-pattes
Toujours promptes à chausser leurs bottes impulsives.

Un exemple de ton souffle littéraire qui n'est pas sans rappeler Belle du Seigneur  d'Albert Cohen, tant par son foisonnement lexical que par son style hyperbolique savamment contrôlé ! Je repasse pour le coeur.

  • Aimé 1

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Aubussinne

J'ai ressorti mon Don Quijote de la Mancha en langue espagnole tellement votre texte est abondant, curieux. Vous nous avez créé un plateau de Castille avec des eaux troubles de songes. Incroyable. 

  • Aimé 1

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Gabriel Montigny

Je vous trouve une parenté avec Michel de Ghelderode, ce goût du grotesque et du conte au sein duquel brille toujours un diamant noir.

  • Aimé 1

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Natacha Felix

Des humains formant un cercle c'est rarement un bon signe.

Perturbateur onirique malgré lui, Augustin version cornu fait bien de ne pas se laisser grever par ce rêve et de se préoccuper de l'essentiel : les charentaises volatiles. 🙂
Toujours aussi bon @Nomal' sland !

  • Aimé 1

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Nomal' sland
Il y a 22 heures, Eathanor a dit :

Malheureusement, je suis à sec de cœurs à distribuer pour le moment.

Je tâcherai donc de revenir car Augustin, qui est bien là sur AP, le mérite.

@Eathanor

Merci, je pense qu'Augustin appréciera.

 

Il y a 17 heures, Aubussinne a dit :

J'ai ressorti mon Don Quijote de la Mancha en langue espagnole

@Aubussinne

Ça lui va bien ce rapprochement à Augustin, lui qui aime les moulins d'avant.

 

Il y a 19 heures, Marc Hiver a dit :

Un exemple de ton souffle littéraire qui n'est pas sans rappeler Belle du Seigneur  d'Albert Cohen,

@Marc Hiver

un label de Seigneur.

 

Il y a 11 heures, Gabriel Montigny a dit :

Je vous trouve une parenté avec Michel de Ghelderode, ce goût du grotesque et du conte au sein duquel brille toujours un diamant noir.

@Gabriel Montigny

L'ancêtre de Beckett et Ionesco, parait-il.  Tout est dit.

 

Il y a 4 heures, Natacha Felix a dit :

Des humains formant un cercle c'est rarement un bon signe.

Perturbateur onirique malgré lui, Augustin version cornu fait bien de ne pas se laisser grever par ce rêve et de se préoccuper de l'essentiel : les charentaises volatiles. 🙂
Toujours aussi bon @Nomal' sland !

@Natacha Felix

On se méfie jamais assez des  chaussons, ils ont vite fait de se transformer en  traitre savate.

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