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Le bal des sirènes


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LE BAL DES SIRÈNES

 

Les embruns sulfurés de la révolution

Colorent en rouge et or les perles de mousson.

Sur un fil infini qui rentre du Printemps

Badinent des narcisses saturés d’occident.

 

Je vois ta silhouette féline et vaporeuse

Sécrétée, — lentement, — d'une tempête silencieuse.

L’impétueuse hermine, sur ma peau d'amadou,

S’épuise en cabrioles au pourtour de mon cou.

 

Infusant tes agates, deux halos solidaires

Recomposent les lunes d’un monde imaginaire.

Les rossignols, les pies, — même les griffons d’un soir,

Se pâment dans les reflets ambrés de ton radar.

 

Le jeu des vents follets ensable les roseaux ;

La Méditerranée met du sel sur tes mots.

Un rayon de soleil capture mes atébas

Qui serpentent et s’ébrouent devant tes nymphéas.

 

Le serment des jasmins, dans les bouquets d’orties,

Tinte comme la promesse des jachères ébahies.

Invoquant les esprits sacrés de la nature,

— Moi, — porteur de fruits, je veux la confiture !

 

Au détour d'un sentier, une armée d'amanites

Veille, casquée de sphaigne, les pieds dans l’eau bénite ;

Où salamandres-goules et hipposcorpions

Font blanchir les marches de ton Parthénon.

 

Étouffé par les saules, un écho cristallin

Révèle la rivière qui chante près des jardins.

D’un geste de la main, tu m’invites à te suivre ;

— Je suis Félix Bardo à bord du Bateau ivre !

 

Brassées par les courants qui filent entre mes doigts,

Les demoiselles s’accrochent à des vaisseaux de bois.

Puis se laissant porter, là-bas, vers les eaux reines

De l'Al-Kawthar, elles dansent au bal des sirènes.

 

Je caresse, — timidement, — tes longs cheveux défaits ;

Ils scintillent et s’envolent comme les plumes des fées.

Tu m'esquisses un sourire, pareil au premier jour,

Quand nous croyions, encore, aux vertiges de l’amour.

 

Soudain, des foudres ébahies crèvent le ciel

Et font choir les gargouilles des tours de Babel.

Effarouchées, les biches, dans leurs manteaux de neige,

S’activent près des grumes tel un laiteux cortège.

 

Relégué à la nuit près du bois des soupirs,

J’attends ma rédemption chez de nouveaux martyrs.

— On dit que les cabots ne sont jamais fidèles

Lorsque les panthères noires dégrafent leurs dentelles !

 

Chassé par les horreurs d’un dimanche de novembre,

Je balaye du regard le plafond de ma chambre

Pour trouver la réponse dans le vol des mouches.

Mais Aphrodite n’est rien qu’une chimère farouche.

 

Edited by Bardo
  • Aimé 1
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  • 7 months later...
Frédéric Cogno

J'ai sincèrement adoré. Lu à haute voix ce poème se vertèbre et se cambre comme un cobra. Les mots et les images se marient à merveille. Onirique et exotique, sensuel et romantique, vous nous offrez un vrai univers poétique. Je reviendrai vous relire. Bravo!

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