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L ' Absinthe et la cendre


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                                L' immensité muette
           Le cinquième ange alors,sonna de la trompette
                et l' abîme s' ouvrit pour libérer Absinthe.
               Absinthe provoquant l' ouverture du puits,
                La fumée s' élevait, répandant sur la terre
      des nuées monstrueuses qui faisaient un grand bruit,
                   Sauterelles casquées et cuirassées de fer. 
                  
     "O  Nuit libère nous de ce qui nous libère!"
         
                Mythologie guerrière dévoreuse d' enfants 
            pour ceux-là que la mort délivrait du travail;          
            l' indicible était là, tout au bout de ces rails,                 
           l' Ogre faisait ripaille du corps des innocents;
               fantômes décharnés affublés de rayures,
           qu' un feu incandescent privait de sépultures.
         Souliers et vêtements s' offraient en monticules
               enténébrant de suie la mitre et la férule.                   
      

              "  O  chenille arpenteuse, taraude la mémoire

         qui prêche  l' amnésie jusqu' aux cœurs des prétoires"

                     

           Si les nuits sans sommeil ont cendré tes paupières,
            la pâleur de ton œil s' est ourlée de pénombre;
                   cônes et bâtonnets éblouis de lumière,
            ont gardé de la nuit ce qu' elle a de plus sombre.                  
           Ce bleu crépusculaire n' est pas encore nuit noire                       
             que déjà le Golem s' arrache au mur de glaise,
            six millions de visages aux yeux couleur de braise
         se rassemblent en nuages pour questionner l' Histoire.            
                              
                les tragédies parfois ,encrent les avant-bras,
                La cendre s 'est figée, mais ne refroidit pas.  
 
 
 
Poème offert à Diane le 20 Août 2019
Edited by Filae77
  • Aimé 8
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Natacha Felix
6 hours ago, Filae77 said:
la vérité  parfois ,encre les avant-bras,
                  La cendre s 'est figée, mais ne refroidit pas.

Ces deux derniers vers sont d'une puissance inouïe.
Le reste se passe de commentaires, le silence s'impose après une telle lecture.
Merci beaucoup Filae77

  • Merci 1
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Marc Hiver

@Filae77,

 

Heureux de te retrouver et qui plus est autour d'un poème de cette qualité où la forme cristallise al dente le fond. Et hop ! Un coeur.

 

Il y a 8 heures, Filae77 a dit :
 Ce bleu crépusculaire n' est pas encore nuit noire.                       
                 le Golem s' est levé et retourne à la glaise,
            six millions de visages aux yeux couleur de braise
         se rassemblent en nuages pour questionner l' Histoire.     

Le Golem, toujours le Golem...

  • Merci 1
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Bonjour Gérard 

je suis très touchée par votre dédicace sur ce magnifique texte, d une grande force, faisant écho à mon propre poème «  chairs niées »  remontant à quelques mois et dont @Gabriel Montigny a bien voulu rappeler la trace .

 

Il y a 9 heures, Filae77 a dit :
 six millions de visages aux yeux couleur de braise
         se rassemblent en nuages pour questionner l' Histoire.     

Terrible image que ces nuages de feu mêlés de cendres qui n’en finissent plus de questionner l’Histoire ...sans que vienne la réponse ..

 

 

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Mon cher @Filae77, je ne sais vous remercier pour cette lecture délicate et d'une puissance poétique que seul vous pouvez atteindre ! J'ai voulu mettre cent cœurs, mais comme je ne pouvais pas... Tout serait à citer ! Votre poème m'a coupé le souffle !!!

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Gilliatt

Bonjour @Filae77, un poème extraordinaire, très inspiré, où la raison bute sur l'indicible, et il y a ces deux derniers vers, terribles, qui résonneront à jamais dans les consciences. ❤️

Il y a 17 heures, Filae77 a dit :
les tragédies parfois ,encrent les avant-bras,
                La cendre s 'est figée, mais ne refroidit pas.  

 

  • Aimé 1
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Nomal' sland

@Filae77Bonjour  ................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................

Il n'y a rien à dire d'autre. W

Edited by Nomal' sland
  • Aimé 1
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Bonjour @Filae77,

Beaucoup considèrent que la Shoah échappe à tout traitement poétique mais vous avez su ici démontrer le contraire en nous offrant des vers aux impacts puissants dans une belle langue harmonieuse dont vous avez le secret, entre réalisme et distanciation, le tout nous prend au coeur.

Le 20/08/2019 à 23:57, Filae77 a dit :

 Souliers et vêtements s' offraient en monticules

En lisant ce vers, me reviennent à l'esprit les installations de Boltanski, une forme artistique dédiée à la mémoire individuelle et à la mémoire  collective.

Merci pour ce poème d'une si belle dureté!

 

 

 

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Ai je inventé cela ? ,@Gabriel Montigny,@Joailes, @Eathanor

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Cher @Filae77 vous pouvez utiliser, en remerciant chacun, le système de citation et répondre longuement à chacun. Regardez comment je procède sur mes poèmes, ça évite de scinder toutes les réponses et auparavant certains utilisaient le système pour faire remonter le poème.

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Yguemart

@Filae77 Un texte magnifique qu'il n'est point besoin d'analyser, voire de commenter, tant sa puissance poétique et d'évocation est exceptionnelle. J'avais, à tort, fait l'impasse sur votre écrit. Merci pour ce cadeau !

  • Aimé 1
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il y a une heure, Yguemart a dit :

@Filae77 Un texte magnifique qu'il n'est point besoin d'analyser, voire de commenter, tant sa puissance poétique et d'évocation est exceptionnelle. J'avais, à tort, fait l'impasse sur votre écrit. Merci pour ce cadeau !

Si si , il faut commenter ces sujets là, au contraire !

 

Personne n'a demandé à @Filae77  pourquoi il m'a dédicacé ce magnifique poème , alors je vais vous le dire, et il ne m'en voudra pas j'en suis sûre :

j'avais moi même publié un texte sur le même sujet il y a plusieurs mois, qui était de la même façon passé un peu

inaperçu parce qu'on ne lit pas tout...

le voici :

 

Chairs niées


Les lévriers crevés tachaient l'ardoise grise
leur sang ruisselait en chapelure de cendre
sur les carreaux
la terre bavait des torrents d'odeurs de marguerites
échevelées et nues
coeurs jaunes déchiquetés de chaleur

 

Les ombres ont couru s'imprimer sur les murs obèses
elles lèchent les parois de leurs lèvres glacées
enjambent les hauteurs malgré leur nudité 
 S'envolent avec elles les noirs lambeaux de peine
morceaux d"amour cousus des fils de leurs chaines

 

Au loin le ciel se couvre de pierres de pluie

Les nuages boivent à corps perdus ces fumées de la nuit
bulles de mousse de suie

 

Dans leur ventre les enfants qui ne sont pas nés
se pareront des habits des fantômes salis
dans leur ventre les enfants qui riaient
plisseront leurs yeux détruits par des soleils trop blanchis
 
L'ardoise a crevé les carreaux du temps
l'église laisse échapper la chapelure des âmes 

lévriers des vents
 

 

 

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Tout-à fait @Diane, ce texte ne finit pas de m' étonner, 5 mois après , j'ai compris le pourquoi de 'lévriers '

c' est parce que le lévrier évoque non seulement une silhouette 'racée' , mais également et à travers l' univers des courses et de la

 compétition  , l'élan naturel de la vie qui est brisée et volée. Il s' agissait donc de vies pleines de la promesse de leur vitalité. 

Edited by Filae77
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  • 7 months later...
Moïse

Merci infiniment pour ce magnifique poème, c'est remarquable. Il touche l'âme du lecteur sensible !

J'aimerai vous offrir en lecture ce poème d'Isaac Katznelson que je chéris !

 

 

La peur, l’angoisse, la terreur horrible m’enserrent étroitement.
Les wagons sont là, de nouveau !
Partis hier soir, et de retour aujourd’hui, ils sont là, de nouveau là,
sur le quai.
Tu vois leur gueule ouverte ?
La gueule ouverte dans l’horreur !
Ils en veulent encore !
Encore, de nouveau. Rien ne les rassasie.
Ils sont là, ils attendent les Juifs.
Quand les apporte-t-on ?
Affamés comme s’ils n’avaient encore jamais englouti leur Juif...
Jamais... Mais oui ! ils en veulent encore, toujours plus.

Ils en veulent encore.
Ils sont là, attendant qu’on leur prépare la table,
Qu’on serve le repas, qu’on serve des Juifs autant qu’il en pourra entrer.
Des Juifs !
Vieux peuple aux enfants tout jeunes, jeunes et frais,
Grappes jeunes sur un vieux cep ;
et des vieillards comme le vin fort est vieux.

Ils étaient pleins pourtant, gavés, étouffés de Juifs !
Les morts debout, serrés, coincés entre les vivants,
Les morts debout sans toucher le sol à force d’être serrés,
Sans que l’on puisse voir dans la masse lequel est mort et lequel est vivant.

La tête du mort, comme une tête vivante, se balançait de-ci de-là,
Et sur le vivant coulait déjà la sueur de la mort.
L’enfant réclame à boire à sa mère, morte, une goutte d’eau,
Il lui frappe la tête de ses petites mains, pleurant parce qu’il a chaud.

Wagons vides ! Vous étiez pleins et vous voici vides à nouveau,
Où vous êtes-vous débarrassés de vos Juifs ?
Que leur est-il arrivé ?
Ils étaient dix mille, comptés, enregistrés – et vous voilà revenus ?
Ô dites-moi, wagons, wagons vides, où avez-vous été ?

Vous venez de l’autre monde, je sais, il ne doit pas être loin :
hier à peine vous êtes partis, tout chargés, et
aujourd’hui vous êtes déjà là !
Pourquoi tant de hâte, wagons ?
Avez-vous donc si peu de temps ?
Vous serez bientôt, comme moi, des vieillards,
bientôt brisés et gris.

Voir tout cela, regarder et entendre... Malheur !
Comment pouvez-vous le supporter, même faits de fer et de bois ?
Ô fer, tu étais enfoui dans la terre, profond, ô fer froid.
Et toi, bois, tu poussais, arbre sur la terre, haut et fier !
Et maintenant ? Des wagons, des wagons de marchandises
et vous regardez, témoins muets de cette charge,

Muets, fermés, vous avez vu.

Dites-moi, ô wagons, où menez-vous ce peuple,
ces Juifs emmenés à la mort ?

Ce n’est pas votre faute.
On vous charge,
on vous dit : va !

On vous envoie chargés, on vous ramène vides.
Wagons qui revenez de l’autre monde, parlez, dites un mot,
Faites parlez vos roues, que moi, que moi je pleure…
Isaac Katznelson
Octobre 1943
"Le chant du peuple Juif Assassiné"

 

 

Le 29/08/2019 à 17:06, Diane a dit :

Si si , il faut commenter ces sujets là, au contraire !

 

Personne n'a demandé à @Filae77  pourquoi il m'a dédicacé ce magnifique poème , alors je vais vous le dire, et il ne m'en voudra pas j'en suis sûre :

j'avais moi même publié un texte sur le même sujet il y a plusieurs mois, qui était de la même façon passé un peu

inaperçu parce qu'on ne lit pas tout...

le voici :

 

Chairs niées


Les lévriers crevés tachaient l'ardoise grise
leur sang ruisselait en chapelure de cendre
sur les carreaux
la terre bavait des torrents d'odeurs de marguerites
échevelées et nues
coeurs jaunes déchiquetés de chaleur

 

Les ombres ont couru s'imprimer sur les murs obèses
elles lèchent les parois de leurs lèvres glacées
enjambent les hauteurs malgré leur nudité 
 S'envolent avec elles les noirs lambeaux de peine
morceaux d"amour cousus des fils de leurs chaines

 

Au loin le ciel se couvre de pierres de pluie

Les nuages boivent à corps perdus ces fumées de la nuit
bulles de mousse de suie

 

Dans leur ventre les enfants qui ne sont pas nés
se pareront des habits des fantômes salis
dans leur ventre les enfants qui riaient
plisseront leurs yeux détruits par des soleils trop blanchis
 
L'ardoise a crevé les carreaux du temps
l'église laisse échapper la chapelure des âmes 

lévriers des vents
 

 

 

"Au loin le ciel se couvre de pierres de pluie

Les nuages boivent à corps perdus ces fumées de la nuit
bulles de mousse de suie

 

Dans leur ventre les enfants qui ne sont pas nés
se pareront des habits des fantômes salis
dans leur ventre les enfants qui riaient
plisseront leurs yeux détruits par des soleils trop blanchis"

 

Des vers absolument touchants et percutants 

Votre sensibilité et la compréhension empreinte d'une profonde compassion

font que la poésie trouve sa voie dans vos lignes talentueuses.  Merci

Edited by Moïse
  • Aimé 2
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  • 3 months later...
Ronda
Le 20/08/2019 à 23:57, Filae77 a dit :
 Ce bleu crépusculaire n' est pas encore nuit noire                       
             que déjà le Golem s' arrache au mur de glaise,
            six millions de visages aux yeux couleur de braise
         se rassemblent en nuages pour questionner l' Histoire. 

Excellente réplique! Je suis vraiment impressionnée par tant de subtilité dans vos mots incarnant à coup sûr du grand talent! J'admire! Au plaisir!

  • Merci 1
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