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Joailes

Poésie, quand tu m'as possédée (2)

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Joailes

... Rester soi-même.

Non, lui répondis-je, aimez-moi comme je suis.

Il m'a virée, il ne m'aimait pas comme je suis.

En même temps, je le comprends, c'était un maître. Moi, une élève.

Je ne l'aimais pas non plus comme il était.

 

Aujourd'hui les poèmes d'amour se faufilent encore ; mais il faut vraiment y mettre d'autres ingrédients, par exemple du sel, du poivre, du piment enfin des mots mesurés sur l'échelle de Scoville ; des poèmes exotiques ou sur les chats, ou sur la perte d'un pucelage ou sur le dernier séjour dans le Larzac ou la haine qui ressort mais juste comme ça, écrire, sans avoir peur ; 

le poète a toujours en réserve des mots acérés, des poèmes rasoirs,

ceux qui rasent vraiment à travers la mousse et ceux dont la lame s'émousse ;

ça marche bien en général,

ceux qui ne veulent rien dire mais qui véhiculent des mots, seulement quelques mots et qui suffisent, mots émaux comme aux vitraux des chapelles abandonnées.

 

Le maître a dit écrivez des romans mais ça ne me convenait pas j'avais besoin de mes histoires courtes, ordinaires somme toute, de mes poèmes en queue de poisson.

Je cherchais le juste milieu entre les deux, le poème court et le poème qui court sans pouvoir s'arrêter.

Et puis j'ai rencontré un japonais il m'a fait haïcourt ça m'a déplu, pas de préliminaire, pas de sentiment, juste quelques mots vite prononcés katanas,  samouraï , poisson cru, mangas et ninjas

il s'est endormi dans son kimono, mono c'est seul, monologue.

J'ai écrit toute la nuit.

Au matin, j'avais mille haïkus, que je me refusais d'appeler autrement que poèmes courts mais déjà, au bout du second, je m'ennuyais.

 

J'ai déclaré haïkaoût, lui ai serré la main, il plissait les yeux et m'a dit « arigatozaimashita », je lui ai dit tu te fous de moi 

« merci » c'est plus court, alors faut savoir, ton haïku tu sais bien où tu peux te le mettre ? 

Il m'a dit « sayonara » j'ai dit « ciao » .

J'avais mille nouveaux poèmes courts à fourguer, sans compter les mille poèmes très longs que je vais écrire sur son compte et qui vont m'occuper pendant dix ans.

 

Faire plus court. Faire plus long. Faire autrement.

 

J'ai sorti mon rasoir, j'ai coupé tous mes poèmes à cheval sur mon dada

j'ai fait court, j'ai recollé, j'ai fait long, j'ai recoupé

et puis j'ai fait autrement.

J'ai fait du moi-même.

 

J'arrose le bonsaï et sors dans la nuit, le chien me jappe au nez, d'aucuns diraient qu'il se moque de moi mais il n'en est rien, il me mordille pour que j'écrive comme le flot d'une cascade. Il m'aime bien, il me connaît et ne me demande pas de changer. 

Je lui lance sa balle et je m'attable devant des millions de feuilles qui ne seront pas vierges longtemps.

(J.E. Petites histoires ordinaires - fin)

 

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Eathanor

Autant la première partie m'avait poussé à la réflexion , autant celle-ci m'a conquis par sa fantaisie et sa loufoquerie. Merci pour ce grand éclat de rire Jo 😂

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