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Outrehorizon

Procida

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                                                                                       Procida                                     

                                                                                                                     

 

 

                                                                                                                                                         à Nathalie

 
 Violente mer à l'écume de feu. Amères les vagues, feuilles fluides froides sur l'étuve du

sable, cendre vésuvienne.
 Le sombre volcan veille, couve ses laves aux entrailles telluriques.
 Hiératique beauté, le ciel, visage solaire, regarde loin les îles nageuses, fuyantes

immobiles, indifférentes aux mouvances du monde, porteuses de la vie aux abysses du

silence. 
 Malgré les cris, les tumultes du désordre où se cache la peur, le silence règne, prononce

le dernier mot. Le silence, visible dans la chute des vagues, se prolonge en la vasque

marine. 
 La rumeur de la mer, parole du silence, révèle les derniers indices du chemin. 
 On marche immobile sur les traces du sel, sur les rayures du ciel, sur l'appel des oiseaux

de mer, sur le crissement nocturne de l'usure des pierres. La lame de fond du silence

enroule l'âme noyée aux algues du voyage. 
 On ne peut plus saisir les images, le sillage des visages, ce langage de souffle à perte de

vue. Trop de rêves se heurtent sous le front. Le soleil arachnéen tisse des volutes d'ailes

d'insectes, translucides aux couleurs brûlantes. 
 La cécité, sur le regard interne, déplie ses voiles de crêpe noir. Les paupières se closent,

soulevant les méandres d’une fausse nuit … 
 Revoir les couloirs du silence aux portes du sommeil. On glisse sur les rivages poreux

du vent. Rares lames de fraîcheurs qui transpercent jusqu'à la pointe du cœur ! 
 On perçoit les derniers appels des vagues sur le seuil de la mémoire perdue. Les secrets

du vécu n'ont pas de passé. Ils s'effacent comme les pas sur le sable. Ils s'effacent, mais

reviennent au seuil du voyage, sur l'absence du chemin. 
 Les secrets reviennent, s'embellissent, traversent les portes ouvertes des cieux nouveaux,

des lieux inconnus sous l'écorce brisée du souvenir. 
 Mais nos bagages emportent toute l’île. Que l'on ferme, que l'on ouvre les yeux, le

sommeil et la veille se confondent, le songe devient l'arme du savoir ! 
 Tout le vivant s'ouvre, s’écarte, quand le calme étend sa transparence. 
 L'île se glisse dans l'homme, pénètre, s'étale sous le soleil, parmi les étoiles du sang. 
 La terre insulaire laisse son âme parmi les cristaux, les particules en mouvances, gemmes

de lumière aux grandes failles du vide où s'invitent les voix en fusion. 
 Voix de nulle part, venues des nuits, des jours sans fin. Voix qui ne parlent plus, mais

murmurent des chants d'outre lointain, jusqu'aux froissements des sables noires, entre les

graines de verre, de carbone, de mica, d’infimes minéraux... 
 Même loin de l'île, on viendra mourir porté sur les cris des goélands, sur l’ombre des

ports de pêche, sur le bercement sans fin des barques dans la nuit du silence…
 

  • Aimé 4

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Joailes

C'est absolument magnifique, je regrette de ne pas l'avoir écrit. 😉 

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Gilliatt

Bonsoir @Outrehorizon, beaucoup d'images maritimes, une île,  une  rêverie très inspirée par les éléments et un chemin de vie où la perte et la solitude exacerbent la mémoire, jusqu'à l'apaisement final, j'aime ce poème en prose, traversé d'éclairs et de douceurs, sensible et précis. ❤️ ! 

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Diane
Il y a 16 heures, Outrehorizon a dit :

Les secrets  du vécu n'ont pas de passé. Ils s'effacent comme les pas sur le sable.

Ils s'effacent, mais reviennent au seuil du voyage, sur l'absence du chemin. 
 Les secrets reviennent, s'embellissent, traversent les portes ouvertes des cieux nouveaux,

des lieux inconnus sous l'écorce brisée du souvenir. 
 Mais nos bagages emportent toute l’île. Que l'on ferme, que l'on ouvre les yeux, le

sommeil et la veille se confondent, le songe devient l'arme du savoir ! 

Tempête sur l'île enchantée tout comme dans les souvenirs qui s'affolent dans la tête...

Texte très puissamment imagé comme toujours,  reflétant les douleurs du passé...

 

Bien restitué Claude.

 

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Nomal' sland
Posted (edited)

Bonjour @Outrehorizon

 

Voila une carte postale estivale dont je me souviendrai.W

Edited by Nomal' sland

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Gabriel Montigny

On dirait de l'Antonin Artaud, voire du Lautréamont.

 

Dans les deux cas le langage devient halluciné de son propre spectacle,  ce théâtre de cruauté qui invite à la catharsis.

 

Secouant.

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Outrehorizon

Merci Joailes. mais vous avez écrit tant de belles choses qui m'ont fait rêver...

 

Merci, Gilliatt pour votre cœur et vos commentaires.

 

Diane toujours se promène dans les tableaux, découvre ce que le peintre n'a pas voulu montrer... Vos commentaires seront à jamais encore de la poésie et nous pourrions ainsi nous écrire par poèmes...

 

Merci W de votre visite... estivale !

 

La catharsis, Gabriel, à tout prix, nous devons secouer au risque même de briser le miroir, voir se que cache le masque du monde et des choses.

 

 

 

 

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Eathanor

Absolument magnifique Claude... Nul basse flatterie ici mais je reste sans voix devant votre plume taentueuse.

Chapeau bas et un grand coup de cœur.

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Outrehorizon

Je dois dire mon bonheur d'avoir été accepté sur ce forum, dont le niveau me paraît bien supérieur à bien d'autres endroits... Fallait pas le dire, peut-être, mais c'est dit.

Vos compliments, Eathanor, me rassurent surtout, m'encouragent dans ma quête poétique, merci à vous de tout cœur.

Et merci encore à tous ces poètes et poétesses qui m'emportent dans un valse de beauté, dans un tourbillon de vertiges où je perçois souvent d'autres portes ouvertes sur le monde.

  • Merci 1

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