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Julien Ertveld

Juste pour la photo

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Julien Ertveld

 

« Par ici, regarde-moi, bien. Regarde-la maintenant… Bien, approche-toi plus, prends-la dans tes bras, plus près… Tu as envie d’elle, alors serre-la plus fort. Encore… Bien. Embrasse-la, plus goulûment… Allez, c’est juste pour la photo, alors fait un petit effort. Bien. »

Stéphane se laisse guider par le photographe, il se sent bien dans sa nouvelle peau. Celle d’un gagnant de l’émission de télé réalité « le français le plus con des quatre coins de l’hexagone ».

Pourtant cela n’avait pas été facile. Passer pour un con alors que l’on est bardé de diplômes est une sorte de gageure. Et lorsqu’il avait fait la remarque « Je croyais qu’un hexagone avait six côtés et pas quatre ? », il avait pris un air tellement naïf que l’animateur n’avait pu que répondre « heu.. Tu crois ? Je vais demander aux gens de l’émission. » À croire que lui avait remporté la palme de « l’animateur le plus con des quatre coins de la planète » qui comme chacun sait, est ronde.

Fort de sa licence de lettres, de sa maîtrise en droit et de sa thèse de doctorat sur le comportement médiatique, il voulait faire l’expérience de la vie d’une « star » de la télé. Même si le terme de « star » a été frelaté et ne correspond plus à son acceptation d’origine. D’une époque, où il fallait faire la preuve de son talent ailleurs que dans un lit, ne reste aujourd’hui que la notion de caprices.

Pas facile donc de répondre des énormités à des questions d’une simplicité telle que la bonne réponse vous venait spontanément. Mais il avait réussi, au-delà de ses espérances. Depuis sa victoire, il était suivi par les paparazzi et s’attachait à les satisfaire pleinement.

Dès le début, il savait que ce serait lui le lauréat. Il avait accepté de passer par le lit de la productrice. Une dévoreuse entre deux âges aux seins siliconés, liposucée, à la peau tirée et pour laquelle le droit de cuissage n’avait rien de moyenâgeux.

Dès lors, tout avait été scénarisé dans les moindres détails. Son pseudo destiné à cacher son nom, le reportage sur sa famille petite bourgeoise, un superbe bidonnage monté avec des acteurs pour préserver sa vraie famille, son histoire de fesses avec la bimbo candidate, sa prise de bec et de colback avec le type issu des quartiers défavorisés. Cela n’allait pas sans de sérieuses contraintes que sa compagne ne comprenait pas toujours.

Alors un jour elle se présenta sur une séance photo, s’approcha de lui en lui disant « Ne t’en fais pas mon chéri, c’est juste pour la photo », elle lui tira deux balles dans le cœur avec le revolver qu’il lui avait offert.

  • Aimé 1

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Eathanor
Il y a 16 heures, Julien Ertveld a dit :

Passer pour un con alors que l’on est bardé de diplômes est une sorte de gageure.

Je connais des sacrés cons qui ne manquent pourtant pas de diplômes...

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Julien Ertveld

Comme dirait Brassens... L'âge ni le niveau intellectuel ne nous garantissent contre eux. Mais nous-mêmes le sommes parfois aux yeux de certains...

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Christian Bello

la connerie est infinie, c'est d'ailleurs pour ça qu'on est tous le con de quelqu'un,

tout dépend quel angle du prisme on observe... 

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Joailes

J'espère qu'elle n'a pas oublié le flash ! On ne tue qu'une fois ... 🙂 

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