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Outrehorizon

Arachné ( poème en forme de nouvelle )

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Outrehorizon

                                                            Arachné


 Un miroir liquide, une flaque, une ouverture circulaire dans une épaisse plaque métallique. Là, au fond, l’œil morne, pâte fluide sans couleur, sans regard, sans âme, où se reflète solitaire une angoisse inconnue.
 Un visage terne se regarde, les yeux cavés d’où s’échappe un sentiment de vide, de rien. Peu à peu, puis dans un éclair, dans les moires d’une huile souillée, une forme, une ébauche de femme se dessine, comme doit apparaître un contour inquiétant, après des macérations de nécromant.
 Une femme blonde à la peau blanche avec des verdeurs cadavériques, une femme nue, dans un ciré noir, poursuit en silence ( l’on redoute d’entendre sa voix ) un enfant, depuis peut-être des temps utérins. Elle le pourchasse, l’obsède, le tourmente dans une salle des pas perdus, où les pendules ne sont plus à l’heure. Ses talons aiguilles, aiguilles de machine à coudre piétinent un cœur frais d’adolescent, ( car l’enfant ne cesse de grandir ) ses talons aiguilles résonnent sur les dalles, pénètrent la chair tendrement torturée.
 Le cœur du jeune homme, son pauvre cœur si lourd, qu’il a peine à le tenir au creux de ses mains, un genou à terre. - alors il se retourne soudain, avec une impuissante rage. Il fait un geste, il jette sa main en crochet au bout de son bras. Elle recule, son corps se plie en deux, la tête droite, porte ses mains vers son bas ventre : « Ne me touche pas ! » - dit-elle, dans un cri déchiré d’oiseau. Lui, il la regarde, la bouche tordue par la colère, la voix brisée par les larmes : « Vas-tu me foutre la paix ! - Vas-tu me laisser dormir, dormir et rêver enfin à autre chose ! Je ne veux plus te voir, jamais ! Entends-tu ? » - Elle rit, comme une folle, disparaissant, fondue dans la nuit.
 
 Il se réveille dans l’odeur du plâtre, parmi les poutres du grenier. Lieu vide et bizarre où il se retrouve seul, sur un lit de fer. Il voit, dans un angle, au-dessus de lui, le jeu cruel d’une araignée dans sa toile : elle humecte sa proie et la dévore lentement, vivante, avec délice. 

  • Aimé 4

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Filae77
Posted (edited)

Bonjour @Outrehorizon,  encore un texte magnifique , étourdissant et vaguement cauchemardesque. On pense bien sur au 'Mal venu'

pour la relation à la femme   (Et que mange Agrippine -( femme de l' Empereur Claude )), faite ici araignée.

Un miroir liquide, une flaque -> peut-être une bouche d' égout fait apparaître la 'créature'  

-le tourmente dans une salle des pas perdus/sur un lit de fer. -> des éléments qui font encore penser au décor 'clinique' ou ''orphelinat du Mal venu

- tendrement torturée-> Terrifiante oxymore

-un enfant/d’adolescent/ du jeune homme ->  ce cauchemar poursuit notre jeune héros (excusez du parti pris)  

(Alors qui est cette femme mystérieuse et qu' y a t'il dans sa nature qui obsède et poursuive à ce point l' enfant ?  d' ailleurs pourquoi cette 'attirance-répulsion' ,et la Poésie lui servira t il d' exutoire sinon d' exorcisme ?....)

Edited by Filae77

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Diane
Posted (edited)

Moi J’aurais tendance à dire ,et pour paraphraser  Duras..

«  la mère...forcément la mère »..

Seul l'auteur le sait dont la toile est une prison .

 

Texte fort.

Edited by Diane K.
  • Aimé 1

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Gilliatt

Bonsoir @Outrehorizon, voilà un beau poème en prose, poignant, profondément relié à une souffrance et une angoisse liées  à la venue au monde et, comme le dit Diane, à la mère.

Le texte est prenant, parfois surprenant, toujours clair, un partage des plus intimes, ou une fiction (nouvelle) digne d'un maître du genre  ''drame psychologique''.  Quoi qu'il en soit un grand bravo !

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Gabriel Montigny

J'ai pour coutume de fuir  les poèmes dédiés aux mères, ou pire que les mères dédient à leur progéniture avec ce contentement carnassier des bonheurs insoutenables. J'ai pour principe de ne pas répondre aux poèmes en règlements de comptes quand on a la faiblesse de croire qu'on peut réparer.

 

  Je n'aime pas les poèmes de mères pour des raisons évidentes et personnelles.

 

Celui-là fait exception.

 

Je connais trop bien ce genre de toile. Et l'arachnée polymorphe a des patiences qu'une vie ne saurait défaire.

Il n'y a juste pas de solution à l'énigme du Sphinx. Pasolini l'a dit.

 

Après avoir lu ton poème Claude, j'hésite entre me crever les yeux et lire et relire encore Bataille.

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Eathanor

Un  poème de haute volée, intense et dense.

Vous signez encore ici un petit chef d'oeuvre Claude. Ne rougissez pas mais je m'incline devant votre plume.

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Joailes

Comme mes mots à côté des vôtres me sembleraient fades ! J'ai relu plusieurs fois et un cœur me paraît plus parlant que tout ce que je pourrais dire. 

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Outrehorizon

Je suis heureux de l'intérêt que certains (es) portent à ma poésie et son contenu. Mais le temps me manque pour être plus souvent sur le forum. Disposer pleinement de son temps est un luxe.

 

Mais encore merci à Fillae77 dont l'interprétation et l'attention qu'elle prête à mes poèmes me touchent beaucoup.

 

Diane, toujours présente, dont les interprétations sont des poésies nouvelles. Diane vous êtes une poétesse vivante au jardin de l'enchantement et de la poésie. Vous voyez la mère dans mon poème en évoquant Duras que j'aime énormément et qui, dans un temps lointain, m'a réconcilié avec le roman qui peut contenir une grande poésie. Tout comme les œuvres de Modiano ou de Le Glézio. En parlant de la mère vous êtes à la fois proche et loin de mon poème. Il ne s'agit pas de la mère, la maman, mais de la Mère Universelle, la Magna-mater, Erda de la tétralogie. En fait la Mère Nature que j'aime et que je n'aime pas. Si la Nature est belle, source de joie et de jouissance intense, elle n'en demeure pas moins froide, hostile et indifférente aux destins des humains. Un peu comme Vigny, je ne ressens que peu d'affection pour elle...

 

Merci Gilliatt, pour vos judicieux et encourageants commentaires.

 

Voyons, Gabriel, il n'est point nécessaire de se crever les yeux... si ce n'est pour y voir plus clair. Mais je suis toujours heureux de te lire et j'aime la cascade de tes mots. Je te renvoie à ma réponse faite à Diane. Car, finalement la mère de mon poème n'est que l'interprétation et la re-création de Diane.

 

Je suis très flatté, Eathanor, de vos compliments, venant de vous cela me réconforte et me rassure de mes prétentions d'être un poète.

 

Non, Joailes, vos mots ne sont aucunement fades. Il faut toujours éviter la comparaison en art. Votre richesse c'est la différence. Et là réside votre beauté d'écriture qui demeure unique.

  • Merci 1

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