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Outrehorizon

Négritude Blanche

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                                                                                          Négritude Blanche


 
                                                                                                                                                                            à la mémoire de Léopold Sédar Senghor et de Aimé Césaire

 

 

 

 Cathédrale humaine, eucharistie noire à la coupe d’amertume, à la table de sang des

gestes  blancs.
 Étoile noire, visage aux reflets de soleil, lumière blessure au fond de la nuit.
 Une douleur, rouge sang, se pose fraternelle sur la mémoire palimpseste.
Senghor, Césaire, j’ouvre une porte d’écume, de fumée, sur vos souvenances que le

temps n’efface.
 La lyre délie des mots endoloris, des mots criés sur les terres violées par l’homme blanc. 
 Du plus lointain de la flamme, je trouve des reflets, la source des rencontres avec mon

rachat d’immaculé.
 Mes yeux délavés cherchent vos larmes, vos révoltes, l’odeur de vos peuples. La

poussière des savanes monte dans la crise du jour, sous la crinière fauve des lions.  soleil

endormi dans les draps de feu.
 À l’outre horizon brûlent nos souvenirs déchirés, nos mémoires perdues, nos images

atrophiées jusqu’au seuil de la chair, jusqu’au tremblement des choses perçues.
 Dans un monde qui n’existe pas, je vous accueille, avec vos frères sacrifiés à la barbarie

blanche. Je vous lave de la honte au fleuve de ma révolte, quand je lève mon poing de

haine à la violence de l’homme.
 Je vous cherche, hommes de paix, en filigrane parmi les mots, les pierres du poème.
 Senghor, Césaire, loin des tumultes désertiques, j’ouvre mes mains parchemin à l’encre

noire de vos mains.
 Je vous retrouve aux labyrinthes des phrases. Je n’ai pour bagages que mon île, où la

femme aimante me tient sur le fil du rivage, m’éloigne du large au voyage sans retour.

Native me tient debout. Son visage dessille mon regard au-delà l’horizon, quand la

pirogue touche à la lune. L’homme noir dépose l’enfant du rêve sur l’astre d’or. Le tam-

tam du cœur traverse les forêts de la mort, les paroles que vous ne prononcez plus

reviennent sur les ombres de mémoire.
 La mémoire est un mur où l’on écrit avec des ombres qui s’effacent.
 Vers l’effacement je glisse ma présence, je touche le reflet au travers du miroir. Tel,

chasseur des savanes, moitié nu, poing fermé sur la sagaie, poursuit le vol des gazelles.

Tel encore, antique Atalante, sans souci des pommes d’or. Ah ! la course à l’horizon,

comment traverser la ligne qui nous sépare, homme noir, sans passer le bras dans le

miroir, sans briser le leurre des frontières, des apparences, le mensonges des races, quand

sur la pierre d’oubli sèche le sel des mêmes larmes, le rouge du même sang.
 
 

  • Aimé 4

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Marc Hiver

@Outrehorizon,

 

Très belle prose poétique qui nous fait revivre Césaire, Senghor... Et puis la négritude blanche renvoie au thème innervant les luttes pour les droits civiques sur un autre continent : la figure du nègre blanc, quand Blancs et Noirs se sont rassemblés sur la musique des anciens esclaves. Quand le blues et la country se sont réunis pour former le rock' n roll. Et encore le très beau film de John Cassavetes : Shadows.

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Gabriel Montigny

Vous rendez hommage à deux de mes poètes les plus aimés. J'ai toujours été subjugué par la beauté universelle de leurs combats. Et cette langue sublime, vous leur rendez justice par votre poème et surtout par l'émotion où résonnent tant de cris sans fin.

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Seawulf
Il y a 14 heures, Outrehorizon a dit :

À l’outre horizon brûlent nos souvenirs déchirés, nos mémoires perdues, nos images

atrophiées jusqu’au seuil de la chair, jusqu’au tremblement des choses perçues.

 

Il y a 14 heures, Outrehorizon a dit :

Je n’ai pour bagages que mon île, où la

femme aimante me tient sur le fil du rivage, m’éloigne du large au voyage sans retour.

Native me tient debout. Son visage dessille mon regard au-delà l’horizon, quand la

pirogue touche à la lune. L’homme noir dépose l’enfant du rêve sur l’astre d’or. Le tam-

tam du cœur traverse les forêts de la mort, les paroles que vous ne prononcez plus

reviennent sur les ombres de mémoire.

Très beau texte pour deux Géants de l'humanisme et de la littérature.

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Diane

Humilité. Bienveillance.Admiration.

Votre texte est imprégné de ces trois qualités de coeur.

Le mien en échange.

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Eathanor

Énorme coup de cœur pour cette superbe prose  à la hauteur des talentueux Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

Je l'ai relu plusieurs fois et ce texte figure parmi mes préférés de votre part.

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Outrehorizon

Merci, Marc, pour vos commentaires qui laissent à réfléchir.

 

Nous sommes souvent proches, Gabriel, car Senghor et Césaire, sont pour moi les égaux des plus grands poètes du siècle passé. Senghor et Césaire m'ont bouleversé en tant que poète et en tant qu'hommes engagés dans un humanisme profond.

 

Merci, Seawulf, de citer les passages qui vous plaisent

 

Je ne sais, Diane, si je possède les qualités de cœur  que vous m'attribuez. Mais merci pour votre cœur.

 

Merci, Eathanor, vos compliments me font rougir.

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