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Nomal' sland

Elle était ; elle fut ; elle sera

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Nomal' sland

Elle resplendissait, exonérée des plaies de sa génération. Elle avait un boulot, du fric, un mec, une baraque, pas de gosse. A quoi bon développer d’avantage ? Un sort favorable l’avait gratifiée des attributs du bonheur domestique.

Pour nombre, elle était un sourire dénué d’ambiguïté. Sa personnalité solaire, généreuse, énergique, compensait son aspect biscornu et mal échelonné ; elle avait le TRUC, le je-ne-sais-quoi d’indéfinissable proche du charme ; Elle plaisait aux hommes ; elle plaisait aux femmes.

Dotée d’un fond de méchanceté récréatif, elle polissait ses haines ordinaires par quelques facétieux mots d’esprits, partageait les détestations décomplexées de son époque et en charriait les vices les plus populaires : Elle aimait chanter, elle aimait danser, elle aimait manger, elle aimait boire ; Elle incarnait la fête, l’amusement.

Dans ce portrait interdit aux diabétiques, Il eut manqué du sel à ce sucre si elle eu été une arête sans volume.

Ce qui est caché n’existe pas : bien souvent on estime à boule-vue l’arbre à l’écorce.

Combien de ses sectateurs soupçonnaient que derrière la légèreté grondait une nature rembrunie, affligée de son image obreptice, jouant à contre emploi le théâtre de la légèreté.

Avoir tout ne mène à rien, des lors que la somme des privilèges opère la soustraction de soi. A l’abri des contingences communes, il se développe l’écueil usuel de demeurer en sa surface ; l’absence de nécessité invente des obligations accessoires par lesquelles le secondaire gouverne le principal. De là naissent les convenances.

En ce cas d’espèce, la crainte intime d’être convoquée au tribunal des incivilités falsifiait le caractère de l' adorable demoiselle.

Championne des faux-semblants, elle marivaudait en Marianne des apparences sa superficialité devant son parterre caudataire. Son enthousiasme impétueux, sa spontanéité éthérée ne départait pas de ce que ses thuriféraires escomptaient d’elle ; son masque de gaîté conservait la pose publicitaire du mannequin encotonné dans la vitrine des bonheurs ouates. Ajoutons à cela, pour doubler son impuissance à dépasser sa périphérie, qu'elle confondait la profondeur et la gravité. En quelque sorte, Elle avait bon fond mais n’y plongeait jamais.

Une plume façonnée dans un courant d’air lui faisait office de compagnon. Elle l’appelait l’homme de sa vie bien qu’il fût l’homme de son vide.

C’était un garçon curieux, non des choses, mais en sa personne. A le fréquenter, on n’aurait su déterminer si on n’avait passé un bon moment ou perdu son temps. Pour dire vrai, on oubliait qu’il était là en sa présence : il était sympathique comme une encre ; matière exemplaire à palimpseste,il épousait la cause de celui qui le collait.

Ils formaient un couple moderne, adeptes du ensemble séparément, n’empiétaient pas sur l’autonomie de l’autre et respectaient leur espace vital : Chacun vivait dans son coin ; Ils semblaient logique qu’ils achetassent une maison d’angle.

Véritablement, Ils se construisirent par l’espace qui les séparait. Ils réussissaient l’exploit de vivre à la marge en étant à la page. Ce côte à pote horlogea leur couple comme une orfèvre helvète… tant que la mécanique festive du mouvement échappatoire auquel elle s’adonnait régulât son grondement intérieur.

Les eaux dormantes jaillissent au premier trou d’air, c’est entendu. Considérons une autre vérité proverbiale : Les dieux nous vendent ce qu’ils nous donnent. Vous ne déchiffrerez pas le dedans l’arcane d’une introspection miraculeuse.

Un jour, un soir, un matin, qu’importe ! un moment d’inadvertance fit basculer ce trop plein de vide. Il se ne produisit aucun événement extraordinaire, aucun épisode traumatique explicatif : pas d’illumination ou de buisson ardent. Avait-elle atteint la frontière de sa négation ? Était-ce un acte irréfléchi, une pulsion subversive, un pari absurde, la conséquence d’une lente et invisible maturation, un coup de fatigue, un malencontreux déséquilibre, un ras le bol-ras le verre ? Les thèses se confondent. Le résultat ne souffre pas de remise en cause : Se penchant sur son problème, elle tomba dans un trou de mémoire.

De son voyage intérieur, je ne chercherai pas à en disséquer les méandres. Qu’elle ait ou non, pour se hisser au delà d’elle-même, gravi le charnier de ses souvenirs inaccomplis ou ouverte les hypogées de ses désirs apostasiés lui appartient. Je resterai aux portes de sa catharsis. Il suffit de savoir qu’en ce point instantané de son existence, le spirituel remplaça le spiritueux. La chute des graves provoqua le cahot libératoire de ses atermoiements. En un sens, elle trouva l’essentiel, son ataraxie, quand elle cessa d’être quelqu’un de bien pour être quelqu’un d’humain.

 

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Eathanor

La chute nous laisse un peu sur notre "faim". Vous nous mettez en appétit pour en savoir plus.

Que se passa-t-il quand elle devint humaine ? 🙂 

  • Merci 1

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