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Joailes

Jours de pluie

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Joailes

C'était un soir de pluie. Il pleuvait sur yesterday, sur la ville et en mon cœur.

La pluie c'est joli à Cherbourg, avec la musique et un type qui fait des claquettes dans les flaques avec un sourire comme un parapluie et une voix à te faire entrevoir le soleil.

Sur le boulevard, un soir de pluie, de rancunes diverses et accumulées, je sortais du bureau.

Je, c'est moi.

Je fais de la poésie.

 

Je n'étais pas programmée pour sortir sous la pluie, surchargée de dossiers, de hurlements encore en vrille dans les oreilles, juchée sur mes petits chaussons roses à talons aiguille achetés la veille au printemps, en relisant cette fameuse maxime : « en mai, fais ce qu'il te plaît » sur mon fond d'écran en trois dimensions où j'attendais un message important, ne sachant que faire de cette migraine douloureuse comme une graine entière,

j'ai soudain rêvé de tout envoyer en l'air

comme ça, en un éclair.

 

Quand il m'a tamponnée, tout a voltigé, comme dans une valse de Strauss 

j'ai vu des plumes blanches sur ses tempes et puis trente-six chandelles

J'ai tout de suite senti qu'il était confus et que c'était l'homme de ma vie.

La première chose qu'il a ramassé, c'est un de mes chaussons roses.

 

 

Il ne pleuvait plus et j'ai regardé avec une joie indicible les dossiers s'échapper dans les caniveaux, en faisant des bulles, les stylos danser la gigue et mon autre petit chausson rose disparaître dans le fleuve noir de la foule.

Tout ceci en quelques secondes.

Il a plongé son regard dans le mien et nous avons nagé de l'autre côté des rives, sans parler.

J'aimais bien son silence qui couvrait le bruit de la pluie. 

 

 

C'était un matin de pluie. Il pleuvait, surtout en mon cœur, comme sur la ville et comme sur yesterday,

Cherbourg était loin.

En ramassant mes dossiers, mes stylos et mes bottes achetées l'avant-veille au printemps, en relisant cette fameuse maxime : « en mai, fais ce qu'il te plaît » sur mon fond d'écran fêlé, j'avais la gorge serrée 

 

Quand il m'a tamponnée, tout a valsé au ralenti

perdu l'espace temps

l'espace pour l'espace

la douleur encore

et tous les membres de mon corps

aux limites de l'indolore

 

je vois un long couloir blanc

parfumé de muguet

et surtout une fenêtre sans volets

pour retrouver l'espace

où il y aura sûrement un nid

 

On m'a dit beaucoup plus tard,

que j'avais eu de la chance

ce n'était qu'un petit camion étourdi

un soir de pluie, à Cherbourg.

 

Je, c'est moi.

Il pleut toujours sur mes écrits. 

(J.E. Mai 2019)

  • Aimé 2

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Frédéric Cogno

Le bonheur c'est du chagrin qui se repose disait Léo Ferré...même en rêve. Un texte touchant avec un final à la Chaplin qui fleure bon les feux de la rampe !...

Superbe Jo!

  • Merci 1

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Papy Adgio

Que dire sinon que ton texte est d'une beauté infinie. Merci à toi.

  • Merci 1

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Eathanor

Ce texte,et tout particulièrement son final, est un ravissement à lire. Onirisme et surréalisme le disputent à une douce mélancolie.

  • Merci 1

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Gabriel Montigny

On dirait peu de chose, les choses de la vie.

  • Merci 1

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