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Nomal' sland

Les lamentations d'une grande Dame

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Nomal' sland

Le métier disparaît ; je n’y crois plus !

 

Je ne me leurre plus, mon commerce périclite, c’est foutu. Oh ! je pourrais encore faire illusion jouer de mon prestige d’antan ; j’ai été si longtemps dan l'air du temps qu'on me prête une particule d'éternité assise au banquet du vent.

 

Au siège d’Alésia, j’avais déjà ma chaise.

A qui la fricoteuse d’allemand doit-elle sa coupe 44 ?

On me m’a jamais prise en défaut :

  • On cherchait du templier bien fagoté, ? j’ étais là !

  • Du Cathare papétisé, ? J’ai fourni !

  • Du protestant barthélemyste ou éditnantiste ? Pas de problème !

  • De l’athée inquisitionné ? J'en ai trouvé !

  • De l’aristocrate, pro vendéen ou libéral ? Itou

  • Les furieux révolutionnaires ? Égalité pour tous ! J'en ai jeté du jacques au bain ; chacun a eu sa part : montagnards, girondins, bonapartistes, communards, j’ai rempli quelques charrettes.

  • Du poilu récalcitrant qui voulait plus crever dans les tranchées, du porteur d’étoile rose ou jaune : j’ai aligné !

  • J’ai même mis quelques soixante huitards dans le S.A.C.

 

j’ai écrit l’Histoire sans parti pris.

J’ai été l’amante et la muse de Shakespeare, il ne faudrait pas l’oublier.

 

Hélas nous sommes entrés par effraction dans une nouvelle ère. Cette modernité nuit à mon entreprise ; Elle végète dans le temps présent ; elle  n'est qu'un perpétuel aujourd'hui qui n'enfantera aucun demain. Mes plus fidèles clients ont succombé à l'exotisme : Il n’y a plus de religion, plus de croyance, plus d’idéologie ; il n'y a plus que des avis : Les trois sœurs d’embrouilles ont changé de continent. Je n’ai hélas  pas l’âme voyageuse : je ne me sens chez moi qu'en terres conquises.

 

Pourtant j’’ai encore ma place en notre société de nain où rutile la mesquinerie.  On se déteste personnellement mais on ne s’entretue plus collectivement. On préfère un mépris sourd à une injure frontale, un conflit larvé à un affrontement ouvert, une tape dans le dos à un coup de poing dans la gueule. On a la lâcheté léchée: plus personne n’assume sa bassesse. Chacun calfeutre son amertume et refoule son étroitesse derrière des semblants de dignité qui ne font que masquer des abandons de caractère. On ne rassemble plus pour lyncher, on se divise pour condamner. Où sont en mes territoires d'affection les élans de barbarie d’antan ? Adieu masse aveuglée, foule vociférante, populace guerrière et émeutier de naguère! L’individu a dégommé la tribu. Avoir a remplacé être. On ne pourra plus rien détruire puisqu’on ne pourra plus rien construire.

 

C’est fini, bien fini ! Je ne supporte plus cet univers pasteurisé : ce monde ne me mérite plus. Je déclare forfait pour la forfaiture.

 

 

 

  • Aimé 1

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Gabriel Montigny

Ou la nostalgie de la barbarie! Fallait oser! 🙂

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Eathanor

Ah ! Voilà enfin un texte sur Notre-Dame qui change quelque peu des lamentations trop convenues que nous pouvons lire ces derniers temps. Avec cette personnalisation de la cathédrale, vous faites preuve d'une belle originalité. Qui plus est, l'écriture est bien menée. Bien joué Nomal' sland.

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Joailes

Hélas nous sommes entrés par effraction dans une nouvelle ère. Cette modernité nuit à mon entreprise ; Elle végète dans le temps présent ; elle  n'est qu'un perpétuel aujourd'hui qui n'enfantera aucun demain. Mes plus fidèles clients ont succombé à l'exotisme : Il n’y a plus de religion, plus de croyance, plus d’idéologie ; il n'y a plus que des avis : Les trois sœurs d’embrouilles ont changé de continent. Je n’ai hélas  pas l’âme voyageuse : je ne me sens chez moi qu'en terres conquises.

 

cette longue phrase est pleine  de paraboles je suis en admiration devant votre verve. 

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Muriell
Le 28/04/2019 à 23:45, Nomal' sland a dit :
  • On cherchait du templier bien fagoté, ? j’ étais là !

  • Du Cathare papétisé, ? J’ai fourni !

  • Du protestant barthélemyste ou éditnantiste ? Pas de problème !

  • De l’athée inquisitionné ? J'en ai trouvé !

  • De l’aristocrate, pro vendéen ou libéral ? Itou

  • Les furieux révolutionnaires ? Égalité pour tous ! J'en ai jeté du jacques au bain ; chacun a eu sa part : montagnards, girondins, bonapartistes, communards, j’ai rempli quelques charrettes.

  • Du poilu récalcitrant qui voulait plus crever dans les tranchées, du porteur d’étoile rose ou jaune : j’ai aligné !

  • J’ai même mis quelques soixante huitards dans le S.A.C.

 

j’ai écrit l’Histoire sans parti pris.

J’ai été l’amante et la muse de Shakespeare, il ne faudrait pas l’oublier.

Merci pour ce texte dont l'éloquence me rappelle la longue tirade du diable joué par Al Pacino dans "l'associé du diable", superbe !

 

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