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Joailes

Lettre à grand-mère

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Joailes
Posted (edited)

Il m'a dit veux-tu vivre avec moi sur une galère ?

Sans réfléchir, le cœur aussitôt emballé,

j'ai dit oui ! Ô Vivre sur la mer !!

j'ai rapidement fait mon baluchon

et je l'ai suivi, par le pouvoir d'un mot .

 

J'avais emporté mon dictionnaire

mais j'ai vérifié trop tard.

 

Sa galère était sur la terre

quelques mètres carrés

qui sentaient la marée

certes,

mais la mer était si loin.

 

J'ai échangé mon baluchon

au premier cerf-volant de l'aube

quand jouent encore les violons

dans le pli des robes.

 

Vogue la galère !

 

Je suis retournée chez grand-mère

respirer ses cheveux mauves

ses confitures d'orange amère

et lire ses poèmes qui sauvent

 

Grand-mère, mère- grand, sans questions

a de petites boîtes avec toutes les réponses

avec la laine des moutons,

elle m'a tricoté un nouveau baluchon.

 

Elle m'aimait tant qu'elle me faisait valser

en défaisant mes ficelles

au milieu de ses dentelles blanches d'ombre

pour ne pas que je m'encombre,

elle absorbait mes larmes pour les mettre dans ses yeux.

 

Quand Il est revenu, elle m'a dit : « fonce » !

 

Et il m'a fait prisonnière de sa galère

j'avais mis les voiles, il m'a ramenée sur terre.

 

Ô vivre sur la terre

près du petit débarcadère avec lui !

 

Grand-mère qui es au ciel,

garde mes rêves engloutis.

 

Peux pas aller chez toi, maintenant

me lover dans ton peignoir lavande

je suis trop grande,

c'est interdit.

Alors, je t'écris.

 

Dans notre studio, à l'entresol

j'ai mis des posters sur tous les murs

tu avais raison, d'une lucarne

on peut faire des portes-fenêtres.

 

J'ai mis des sachets de lavande partout,

des flacons mystérieux, mystiques,

tu avais raison, d'une fragrance

on peut oublier les odeurs d'égouts.

 

Pour le bruit, je suis sur écouteurs

et j'écoute ces valses de Vienne

autant que je m'en souvienne

elles me faisaient peur.

 

Tu avais encore raison, avec des sons

on peut oublier le bruit.

 

C'est une mouette, un matin,

sortie d'un poster,

qui a posé son aile sur ma main,

je crois que c'est toi, grand-mère

qui m'a élevée dans tes dentelles

pour me montrer toujours le ciel

qui m'as enlevée.

 

Maintenant je suis bien

mais j'ai perdu mon baluchon.

Si tu pouvais …

tu tricotes encore ? 

envoie-moi un message privé

 

je pense à toi en mangeant mes oranges amères.

 

Et vogue la galère !

(J.E. Avril 2019)

Edited by Joailes
  • Aimé 1

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Gabriel Montigny

On pressent l'intime du texte.  Ce qu'il a coûté en écriture et en pudeur.

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Frédéric Cogno

Elle absorbait mes larmes pour les mettre dans ses yeux....Un gros bisou à ta grand-mère. Magnifique Jo!

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Eathanor

Dans ces lignes, l'amour porté à cette grand-mère est une évidence.

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