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Nomal' sland

De la douleur, et après la douleur.

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Nomal' sland

Ça ne pouvait pas t’arriver.
Oh ta vie filait sur les rails
D’un bonheur fermement rivé !
Aucun obstacle, aucune faille,
N’achopperait ton devenir.
Tu t’es écroulé ébahi ;
Tu n’as vraiment rien vu venir.
Qui s’attend à être trahi ?

 

Je te répondrais qu’il existe
Des natures guettant la chute,
Des assemblements égoïstes
Que rien n’émeut ni ne rebute.
Ces couples nourris de  méfiance
Sont, eux, à l’abri du vertige.

 

« On ne peut pas faire confiance
A ce point à quelqu’un, tu piges ? »
Oui, c’est bien ce qu’elle t’a dit ;
Oui,  tu l’as vraiment entendu.
Tu restes encore interdit
Par cet implacable attendu.
La sentence claque, raisonne,
Te crucifie, te nargue et scande
Cet air auquel tu t’abandonnes,
Qui telle une obsédante bande,
Tourne et retourne son refrain
Maléfique dans ta caboche.

 

Tu t’enivres de ton chagrin ;
La douleur t’agrippe et s’accroche,
Se désaltère de tes larmes,
Marque et  imprime sa morsure
Dans ta chair, distillant ses charmes
Pour se nourrir de tes brulures.
En entier  elle te domine,
T’aspire, te sèche, te lape.
Tu es soumis  à sa doctrine :
Elle te gouverne, te happe.

 

Tu décolles sous son soleil
Noir  qui te dévore la peau.
Tu cauchemardes dès l'éveil ;
Tu ne trouves plus de repos.
Tes jours ressemblent à tes nuits :
Tourmentés, hoquetants, roides,
Tu les enquilles, les conduis,
L’âme remplie de cendres froides.
Tout t’ébranle,  cris ou murmures.
Tu voudrais que cela s’arrête ;
Tu te jettes  contre les murs
Pour taire l’orage en ta tête.
Tentes-tu de rester debout,
Tu tombes recroquevillé,
En proie à un délire fou.
Ventre tordu, l’esprit vrillé,
Tu t’imagines avec un flingue,
Cerné par des ombres de sang,
Acculé, pris dans la seringue,
Bouche dans le canon, pressant  
Pour en terminer la détente ;

 

Ou ton arme tournée tu vises
Ce blond fantôme qui te hante,
Te poursuit, t’obsède et attise
La furie dévorant tes tripes,
Érinye gloutonne et vorace,
Munie d’un dard de Guêpe  guipe.

 

Tu y penses quoi que tu fasses ;
Tu cours dans ta prison mentale
Sans frein, sans fin, sans fond, sans cesse.
Ta désolation s’emballe
Dans  cette effroyable kermesse.
Chaque jour se creuse le gouffre
Dans lequel hagard tu t’enfonces.
Ce mal atroce dont  tu souffres
Aux mains d’orties, aux dents de ronce,
Ce vautour qui rejoue avec
Toi le drame de Prométhée
Tu sais où il trempe son bec,
D’où surgit  le pus sécrété  :

 

Orgueil blessé, amour perdu.
Les deux s’épaulent, se chevauchent,
S’épient, bataillent, s’évertuent
A réclamer leur tour de chauffe.
Ils sont à eux seuls l’armada
Parfaite, quasi invincible,
Valent mille Torquemada
Et ne ratent jamais leur cible.

 

Pourtant tu vois, je te l’intime
Tout moment à son apogée
Son plafond, son sommet, son cime
Le menant à son hypogée,
Son sépulcre, son trou, sa tombe.
Oui tout s’efface,  tout s'occis,
Tout se décompose, tout tombe.
La douleur trépasse elle aussi.

 

Tes nuits reformeront des nuits ;
Tes jours rattraperont leur cours ;
Tu goûteras même l’ennui,
Pour son plaisir ou son secours.

 

Elle ? Allons donc ! Je t’informe
Que tu te perds sur une plaine :
Brûle cette figure informe.
Je te livre, va,  son domaine :
Entre l’au revoir et l’adieu
Se loge son ombre diffuse ;
Dans quelque recoin insidieux
Plane sa présence confuse.

 

Je vais t’affirmer autre chose,
Tu en seras très étonné :
Dans peu, l’affaire sera close.
Ce spectre sera cantonné,
Cloitré, muselé, contenu
Tel un cheval pris au lasso.
Je te dis la vérité nue.
Indifférent à ses assauts,
Tu ne craindras plus ses sacs ;
Affranchi, enfin à labri
Des remugles de son ressac,
Tu te déblayeras des débris     
Torpide de ta vie d’antan
Dissous en écume vétille.

 

J’en resterais là en mentant
Sur ces lendemains qui scintillent,
Si je négligeais d’apporter
Un léger bémol tout de même
A cette harmonie colportée :
Tu n’en sortiras pas indemne,
Pérorant sur un char narquois.
Croiras-tu  ton cœur amnésique ?
« Ton cœur qui bat pour qui pour quoi ? »
Tu connais l’air et la musique,
La rengaine de la chanson.
La survie réclame sa note
Elle aussi, son dû, sar rançon
Avec la foi d’une dévote.

 

Tu  proscriras les mouvements
De ce cœur las en asthénie.
Tu banniras ses battements,
Les rejetant jusqu’au déni.
Tu ne joueras plus l’équivoque
Et lamineras un sourire.
On te verra dur comme un roc ;
Sur toi rien n’aura d’empire.
Le désir tu le toiseras ;
Tu ne t’abandonneras plus.
C’est le prix. Quand tu croiseras
Une femme qui t’auras plu,
Tu réfréneras ton élan,
Tu dénonceras l’imposture,
Annihileras ton allant
Pour cette vilaine figure,
Cette silhouette bossue.
Tu te forceras à louper
Cette douceur entraperçue
Dans sa démarche chaloupée.

 

Oui, je sais : au premier abord,
C’est verser un tribut bien lourd
 Pour consacrer un  triste sort.
Garde-toi d’un regard trop court
Ou d’un myope visionnage !
L’œil est souvent incompétent
Qui ne dépasse pas l’image.
Rappelle-toi  donc que le temps
Est juste : S’il prend, il rembourse
Sa créance aux êtres qui savent
Attendre et respecter sa course.
Lui seul limera tes entraves,
Et absorbera tes brulures.
Par cols, par sentes, par étapes
Lentement ou a tout  allure,
Il fixe le rythme et le cap.

 

Je peux te parler de la sorte.
Entends-moi, je te suis de près.
Car j’ai franchi les mêmes portes :
Je suis toi quelques moi après.

 

Edited by nomal' sland
  • Aimé 4

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Marcelin

Force, émotion, rythme. J'aime beaucoup. Merci.

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Ladouce

Superbe ! Je ne saurais en écrire plus. Superbe donc un coeur .Merci. 

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Gabriel Montigny

Un poème n'est jamais aussi fort que quand il est vrai.

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Diane

Votre texte est très personnel et très fort.

Chacun réagit à sa façon face à un chagrin d'amour.

Je serais plus proche de cette citation :

 

Un authentique chagrin d'amour enferme en lui-même celui qui l'éprouve ; c'est comme une seconde cristallisation, plus solide que la première, et plus durable car, dans ce domaine, contrairement au proverbe, les absents ont toujours raison. L'être aimé vous eût-il dit adieu à jamais, vous eût-il accablé des plus grandes cruautés, on ne parvient pas à lui être infidèle, on est d'autant plus enchaîné charnellement à lui qu'il est invisible. 
Citation de Jean Dutourd 

  • Aimé 1

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Marc

 

@nomal' sland Ta poésie m'a fait penser à Jacques Brel mais avec plus de colère et moins de résignation.

 

Allez, hop, un cœur !

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Eathanor

Votre poème respire à pleins vers une authenticité douloureuse. Si tel est le cas, vous avez parfaitement su rendre compte de la douleur. C'est donc une réussite. Si tel n'est pas le cas, que j'ai pu le penser confirme bien cette réussite 🙂 

  • Merci 1

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Joailes

J'ai beaucoup aimé ce long poème qui regorge de sentiments, comme les paroles apaisantes d'un ami. 

Il y a 17 heures, nomal' sland a dit :

D’où surgit  le pu sécrété :

petite erreur de frappe. 😉 

  • Merci 1

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Nomal' sland

@Marcelin

@Ladouce

@Gabriel Montigny

@Diane K.

@Marc

@Eathanor

@Joailes

 

bonjour à chacun,

Je vous remercie pour votre lecture et vos commentaires. je ne m'attendais pas  à une réception aussi  forte. Ce poème est particulier pour moi. Il est en effet autobiographique (comme le sera le prochain" l'homme reculé" dont  "la douleur" est la réponse,  la prolongation et l’achèvement).  je précise que j'ai écrit  durant une période révolue de ma vie. Ce "je" n'est pas le je qui me gouverne aujourd’hui. j'ai recouvré un équilibre et une sérénité auxquels je ne pensais plus accéder  lorsque j'ai aligné ces vers. J'ai mis beaucoup de temps pour  composer ce poème car plus j’avançais plus je m’enfonçais, et il m'a fallu jouer sur la durée pour obtenir son bénéfice  cathartique. j'en suis sorti vidé mais libéré. j'ai attendu des années avant sa première publication. Aujourd'hui j'en suis totalement détaché, je le livre sans douleur ni souffrance.W

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Frédéric Cogno

Touchant poème. Il fallait oser l'exprimer. Bravo!

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Guest

J'ai beaucoup aimé cette impression que vous vous adressez à un ami. Donc il s'agit de votre propre douleur que vous décrivez avec une précision chirurgicale sans omettre ni la part de l'égo ni la part de la perte, ni la guérison, ni les sequelles. Bravo et merci pour cette plume qui nous livre une part d'intime avec talent.

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