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Outrehorizon

Tentative de Saisissement

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Outrehorizon

                                                                                                                     Tentative de Saisissement


  Ce n’est plus la poussière, mais la cendre des jours sur les visages.
  Les soleils du souvenir déclinent. Les vagues de la nuit, comme celles de la mer,

étouffent l’écho des heures lointaines.
 
 Des cris d’oiseaux rayent la vitre du jour, brisure à la limite du regard, quand l’œil trace

la ligne d’horizon. Vision du temps, éclair ouvrant la nuit présente en pleine  clarté.     La

lumière découvre le nu dans l’incidence du rêve.
 
  Le dormeur se meurt sur le mur de l’éveil, sur l’éclat des violences. Vertiges du plongeur

qui remonte trop vite. La pression liquide module l’ondulation du cœur. Dans l’air brutal,

le sang frappe aux tempes, creuse le malaise traversant les lianes du vent.
 
 Le vent, le vent chante, provoque le désordre des grandes mouvances à l’orée des forêts.

Un arrière silence cache le sillage vers la béance du monde. Ultime saveur pressentie aux

confluents de l’ombre. Le ciel soulève d’invisibles colères. Des orages s’achèvent en actes

d’amour, en larmes qui consolent jusqu’aux sangles rompues de l’âme.  Des  vaisseaux

meurent d’inutiles départs.
 
 Il eut fallu que l’on tendît la main pour saisir l’impossible.
 
  Une fraction trop tard et l’image floue retourne à l’oubli. Une trace survit encore au

fond de mémoire. Une ombre sans forme, un âpre goût de braise froide en la nuit du

désert, et l’hiver traverse l’heure, les dunes du solitaire.
 
  Mais là, dans l’égarement du sable, la main se blesse à l’insecte noir, scarabée des Dieux,

battements qui libèrent vers les vierges terrasses.
 
  La vie chavire, semble remonter comme une sève à l’aube des grands lys, étoiles en fleur

sur la présence du front, le suspens du regard tendu soudain vers la promesse de fruits

inconnus, comme un pressentiment des statues revenues de l’enfance. Leur regard

traverse le mutisme d’aveugle, nos yeux percés par l’aiguille de la peur.
 
  La fêlure de l’émoi entrave la course, l’entêtement du rêve à l’ombre du jour où se cache

la lumière.
 
 Mais tombés du cadran les chiffres annoncent la rupture, l’écartement d’un passage vers

le jardin perdu.
 

  • Aimé 2

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Frédéric Cogno

Comme une lente traversée de couloir qui mène au paradis...J'aime beaucoup cet art des phrases courtes  qui sont autant de marches d'escalier qui montent au ciel vers une contrée heureuse mais encore suspecte. De très belles images. Bravo!

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Gabriel Montigny

Encore une marine. Comme une impérieuse nécessité à unir la nature et le sentiment, le décor avec l'action et le vent avec le tourment.

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Eathanor

La tentative de saisissement est particulièrement... saisissante. Ce poème en prose est une ascension  en douceur vers un Eden que le narrateur, me semble-t-il, n'ose encore percevoir.

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Mohè

Jolie tentative... qui se solde, pour ma part, par une victoire ! 

Le passage vers ce jardin perdu ouvre votre poème plus qu'il ne le clos. J'ai trouvé ça très chouette, un cœur pour vous ! 

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Seawulf

Belle tentative poétique, particulièrement réussie.

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Outrehorizon

 Les phrases courtes, Frédéric,  sont ma respiration, le battement de mes veines. Je suis dans un couloir, mais vers le paradis, je ne suis pas certain.... Car je ne crois ni au paradis, ni à l'enfer non plus. Mais votre analyse est très juste. Ce que je perçois est toujours suspect. Merci

 

 Bonsoir, Gabriel, en lisant vos commentaires je suis toujours ébloui de votre " voyance", car je suis dans le vent  qui révèle la rumeur des feuilles d'arbre, dans le parfum des végétaux, dans le parfum des femmes, dans le regard des animaux. Je suis dans l'air du temps, l'air que l'on respire comme le poisson dans l'eau. Je suis l'oiseau-poisson qui nage dans l'espace. Merci de notre rencontre poétique.

 

 Là aussi, Eathanor, je suis étonné de la qualité poétique de nos amis poètes, ici, sur accents poétiques. Vous aussi vous êtes, comme Gabriel, Voyant. Cet Eden, dont vous parlez, ce n'est pas que je n'ose encore y pénétrer, mais c'est que j'ai un doute. J'avance, l'horizon recule et laisse des traces suspectes, comme dirait Frédéric.

 

 Merci, Mohé, mais pour moi ce n'est pas une victoire, c'est une défaite, celle de l'homme dans sa condition tragique. Le héros reste debout sachant qu'il sera vaincu. C'est la victoire tragique de la défaite qui nargue le destin, la condition humaine. Cela finit toujours mal. Comme dans l'opéra, après la dernière note des chanteurs, c'est l'orchestre qui triomphe. La musique-destin étouffe le chant de l'humain.

 

 Merci, à vous, Seawulf, d'aimer ma tentative poétique.

 

 

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Diane
Le 14/04/2019 à 18:58, Outrehorizon a dit :

Il eut fallu que l’on tendît la main pour saisir l’impossible.

Cette phrase est le synonyme de l'impuissance d'empêcher que les choses arrivent.  Elle est terrible

 

Et le retour au réel est poignant de désespoir.

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Outrehorizon

 Votre interprétation, Diane, me touche , car elle est très proche de ma vision des choses, de mon interrogation devant la condition humaine sans réponse à nos questions. On ne peut empêcher ce qui doit arriver. Où fuir, où se cacher pour fuir l'azur qui nous nargue et nous laisse son silence... Merci de votre visite.

 

Poétiquement votre.

 

Claude

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