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Poésie des rues

J'en reviens pas

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Poésie des rues

Vidéo réalisée en collaboration avec l'association NX, diffusée à l'occasion du direct des 3A de Centrale Paris, de retour de leur année de césure. Les images sont celles capturées par la promotion 2018 au cours des voyages et expériences internationales qui ont occupé leur année de césure.

Texte raccourci pour la vidéo, texte entier disponible sur mon site dans écrits collatéraux.

 

 

Je sais pas vraiment par où commencer
Si je t’écris, c’est en mémoire d’un bout de chemin
De nos années partagées
Et de nos différences gommées par un sentiment commun
Idéalistes et insouciants
La démesure pour emblème
Et les poches des parents pour résoudre les problèmes
On avait l’énergie et la soif de vie
Qui portaient nos projets les plus démentiels
Et nous tenaient éveillés des nuits entières, dans notre obstination à contempler le ciel
Comme pour faire apparaître nous-mêmes l’étoile
Dont on cherchait la lumière sans cesse, partout

 

C’était y’a pas si longtemps
Cet univers
Né de nos mains et d’une folie passagère
Où l’on proclamait chaque soir l’abolition des frontières
C’était y’a pas si longtemps, et pourtant
Tout semble si loin
Les couleurs éclatantes dont on bombardait nos cadres quotidiens
Virent déjà au sépia

 

C’était y’a pas si longtemps
Depuis y’a comme un écho,
Un rythme que j’ai gardé dans la peau

 

Est-ce que tu crois toujours à l’horizon ?
Est-ce que tu penses qu’il pourrait y avoir quelque chose
Derrière ces images, ces écrits, ces théories
Qu’on tamisait comme des passionnés
En quête d’une pépite de vérité oubliée
Est-ce que tu crois toujours qu’il existe une réalité
A l’image de ces récits
Qu’on jouait à esquisser dans la marge
Des pages de nos vies ?

 

Fallait que je vérifie
Alors je suis partie escalader les murs du quotidien
Et j’ai du mal à trouver les mots pour te raconter
Ça m’a emmené si loin
J’en reviens pas

 

J’ai pris le large
Pour aller gratter sous ces quelques pas qui séparent le seuil de la naissance et celui de la mort
Gratter jusqu’à déterrer ces infinités de possibles à faire éclore
Gratter aux carrefours de cette immense voyage
Qu’on a nommé vie
Je suis partie gratter au fond de moi aussi
Consciente qu’on ne peut pas soigner une plaie dont on refuse de voir la profondeur
Consciente que les larmes qui ne coulent pas ne s’évaporent pas
Elles nous noient de l’intérieur
J’ai passé trop de temps à regarder par la fenêtre,
A subir une vie qui n’était pas la mienne,
J’ai détourné les yeux trop de fois
De ces instants où un « je t’aime », un « merci », un « pardon »
Expirait dans le silence que j’imposais à ma voix

 

Alors je suis partie, après m’être levée brusquement
Car si la vie est une traversée,
Je veux franchir la ligne d’arrivée essoufflée,
Les poumons en feu, le cœur prêt à exploser
Les cheveux ébouriffés par une course folle avec le vent
Les vêtements déchirés par l’étreinte des bourrasques du vivant
Je veux franchir cette ligne d’arrivée
Et m’effondrer en riant

 

Je suis partie sans faire exprès
Un pouce levé au bord d’une route pour seul projet
Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie grandir
Minuscule, dans des paysages grandioses s’étalant à perte de vue

 

Je suis partie et j’en reviens pas
Pas tout à fait
J’ai laissé une part de moi entre les mains
De ceux qui m’ont offert mille raisons de continuer à croire en l’humain,
Ceux qui m’ont ouvert leur vie avec une bonté sans limite
Se moquant éperdument de savoir si la société avait classé mon nom parmi ceux d’une élite
Ou bien parmi ceux des pires parias
J’ai gouté à la force des échangés épurés
Où tout ce qui importe c’est ce qu’on vit ensemble juste là, dans cet instant particulier

 

Je suis partie le cœur battant
Remplacer la notion de semaine, de week-end et d’horaire
Par celle de la seconde brute de vie,
Celle de la seconde infinie

 

Si je te répète sans cesse que j’en reviens pas
C’est parce que je suis partie des milliers de fois
Chacun de mes départs était un aller simple
Aujourd’hui il ne reste de moi
Qu’un irrépressible besoin de mouvement
Une obsession pour l’horizon
Il ne reste de moi qu’une gratitude infinie
Et l’envie incontrôlable d’aller offrir à mon tour
Ces trésors légués par des inconnus éclatants d’Amour

 

A défaut de vivre à crédit
J’ai emprunté des milliers de routes
J’ai demandé mon chemin des centaines et des centaines de fois
A des inconnus, aux embruns des récifs,
A la chaleur dorée d’un rayon furtif
Se fondant dans ma peau,
Aux trainées de lumière qui constellaient mes nuits
Dont le silence profond m’emmenait loin des rivages
Effleurant mon esprit
Quand quelques vérités s’y frayaient un passage

 

C’était comme un réveil
C’était comme ouvrir un coffre aux merveilles
Ouvrir de nouveaux yeux face à la vie
Des yeux qui sourient

 

J’te jure, j’en reviens pas
Et une bonne partie des schémas dont on m’avait rempli le crâne
N’en reviendront jamais non plus
Enfouis sous quelques pas
Dont l’empreinte s’efface déjà

 

J’ai fini par me dire qu’un appel résonnait pour chacun
Quelque part entre les bribes des refrains quotidiens
Et je t’écris pour te dire que si j’en reviens pas
C’est parce que j’ai fini par trouver le mien

 

  • Merci 1

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Pierre Brandao

cet appel au retour à l'essentiel sonne comme une invitation au départ, non pas pour aller devant, mais pour au contraire revivre notre origine, notre "primitivité" si j'ose dire... Très belles images aussi, bref, un bel ensemble. Merci, @Poésie des rues

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Eathanor

Plus une réflexion qu'une poésie, ce texte résonne néanmoins fortement comme une demande impérieuse de retour aux sources.

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Poésie des rues

Merci à vous deux !

Oui je l'ai écrite pour une occasion spéciale, c'était l'opportunité pour moi de faire passer un dernier message à une école où j'ai vécu de très beaux moments, mais à la sortie de laquelle il est facile de se perdre de vue. 

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Mohè

J'ai beaucoup aimé le message (que je partage), merci pour cette vidéo qui fait voyager

  • Aimé 1

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