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Le sommeil des laches

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La chambre à coucher était classique, le lit grand et profond. Hier soir ils étaient fatigués, mais bercés par la rumeur du conseil.
La rumeur allait en s'amplifiant puis s'atténuant. Il n'y avait pas eu d'altercation, de prise à partie, aucune invective pour une fois. C'est comme cela que cette fois-ci, ils avaient été bercés par le Conseil municipal. Il avait eu lieu juste en dessous de la chambre.
C'est souvent ainsi à la campagne, quand l'institutrice dispose d'un logement de fonction, l'appartement est situé à l'étage au-dessus de la mairie école.
La veille, l'institutrice et son mari avaient pris la résolution d'accompagner une partie du conseil et le directeur de l'école pour le défilé.
Mais au petit matin, la chambre à coucher était "à coucher dehors" : l'air y était glacé.  C'est que l'institutrice avait cette habitude, même en hiver, de laisser les fenêtres ouvertes. C'est vrai, on respirait mieux, cependant en cette nuit du 10 au 11 novembre il gelait déjà bien fort.

Le mari était frileux alors la couette était épaisse et amplement remplie d'un duvet de canards sauvages.

Ces deux enfants du bon dieu s'encanaillaient, monsieur se réchauffait le nez, il l'avait plongé dans les doudounes de madame. Le lit s'était transformé en un champ de bataille. Ils avaient entendu que l'on hissait le drapeau sur le bord de leur fenêtre alors que commençait à retentir les premières notes de la fanfare. Depuis la place de la mairie un petit défilé allait parcourir les rues par ce froid glacial pour aller au monument aux morts à la sortie du village.
— Chérie le jour de gloire est arrivé entends-tu dans la campagne mugir ce féroce soldat ? il vient jusque dans tes bras.
— Je me rends mon beau militaire, ne tirez pas, du moins pas tout de suite. Elle agitait sa petite culotte en signe de reddition.
Il leur avait fallu plus d'une escarmouche avant de retrouver le sommeil.

Dehors soufflait une bise qui ne faisait pas dans la tendresse. Sur ce coup-là, ils avaient été lâches, ils avaient biaisé, la bise emportant leur résolution.
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Version 2
Petite histoire au village.

La chambre à coucher était classique, le lit grand et profond. Hier soir ils étaient fatigués, mais bercés par la rumeur du conseil.
La rumeur allait en s'amplifiant puis s'atténuant. Il n'y avait pas eu d'altercations, de prises à partie, aucune invective pour une fois. C'est comme cela que cette fois-ci, ils avaient été bercés par le Conseil municipal. Il avait eu lieu juste en dessous de la chambre. 
C'est souvent ainsi à la campagne, quand l'institutrice dispose d'un logement de fonction, l'appartement est situé à l'étage au-dessus de la mairie école.
La veille, l'institutrice et son mari avaient pris la résolution d'accompagner une partie du conseil et le directeur de l'école pour le défilé. 
Mais au petit matin, dans la chambre à coucher l'air était glacé. C'est que l'institutrice avait cette habitude, même en hiver, de laisser les fenêtres ouvertes. C'est vrai, on respirait mieux, cependant en cette nuit du 10 au 11 novembre il gelait déjà bien fort.

Le mari était frileux alors la couette était épaisse et amplement remplie d'un duvet de canards sauvages. 

Cependant, depuis la place de la mairie un petit défilé allait parcourir les rues par ce froid glacial pour aller au monument aux morts à la sortie du village. 

Ces deux enfants du bon Dieu s'encanaillaient, monsieur se réchauffait le nez, il l'avait plongé dans les doudounes de madame. Le lit s'était transformé bientôt en un champ de bataille. 

Dehors au pied de leur fenêtre, Guiseppe l'employé de mairie ronchonnait :
Quel pays et quel froid, pourquoi ai-je quitté mon Frioul natal et le sud pour venir ici ?
Il grimpait une échelle pour aller fixer un drapeau bleu blanc rouge.
Cet air vif ne lui faisait tout de même pas peur, il avait connu pire dans les Dolomites.
Après avoir quitté l'Italie et travaillé comme maçon dans le sud de la France, il avait suivi sa compagne qui était revenue en Champagne auprès de sa mère et il s'était fait embaucher par la mairie. 

Il arriva en haut de l'echelle.
Mais qu'est-ce que j'entends, ma parole c'est Lolo l'institutrice avec son mari. Oh la belle femme que voilà, hé bé, avec cette ardeur ils vont repeupler la france... Après ça il faudra ouvrir une nouvelle classe et ce sera encore du travail pour Guiseppe. 

Guiseppe entendait plus qu'il ne voyait.
— Chérie  le jour de gloire est arrivé entends-tu dans la campagne mugir ce féroce soldat, il vient jusque dans tes bras.
— je me rend beau militaire, ne tirez pas, du moins pas tout de suite. Elle agitait sa petite culotte en signe de reddition.
Dehors soufflait une bise qui ne faisait pas dans la tendresse. 
Sur ce coup-là, ils avaient été lâches, ils avaient biaisé, la bise emportant leur résolution. 

Enfin, Guiseppe remobilisa toute son attention et fixa le drapeau qui lui s'agita tout seul dans le vent mais cela fit du bruit.
Mince je crois qu'ils m'ont vu. Il entendit derrière les volets :
— Alors Guiseppe, espèce de vieux coquin tu l'as accroché le drapeau ?
—  oui Lolo, c'est fait maintenant. 
— bon ben, reste pas au froid et viens prendre le café avec nous. On à besoin de reprendre des forces après nos efforts patriotiques. 
Guiseppe alla ranger l'échelle et fit le tour du bâtiment pour rentrer par la cour de l'école. 

Dans le salon devant un mug de café, Guiseppe parlait de ses souvenirs du sud.
Lui qui aimait le travail bien fait il avait été déçu par les entreprises qui l'avaient employé. Il racontait : 
— Vous vous rendez compte, dans les fondations on ne mettait pas de ferrailles et si il y avait une visite de chantier on en mettait une qu'on devait retirer après la visite, quelle honte !
Le mari de l'institutrice acquiessait.
—  A propos de travaux, quand il ne gèlera plus, on va avoir besoin de tes services. Tu sais la maison qu'on a achetée,  on a fini de retaper l'intérieur. On veut enduire le petit muret extérieur. Tu avais commencé à me montrer comment faire l'autre jour quand tu faisais des retouches sur le mur de l'école. Mais je n'ai toujours pas ton geste pour projeter le ciment à la truelle. Je ne comprends pas, quand c'est toi qui le fait ça s'étale sur le mur, quand c'est moi tout retombe au sol. 
—  Hé hé c'est un métier. Je te remontrerai ça.
En échange de quoi j'aimerais que Lolo fasse faire quelques dictées à mon fiston, il n'est plus en primaire mais il fait encore beaucoup de fautes. J'aimerais qu'il fasse un autre métier que moi et plus d'étude que j'en ai fait.
Lolo accepta.
— Je me souviens que ton fils était appliqué dans son travail, il avait d'ailleurs une belle écriture. Je vais lui faire revoir les règles de base, il ne devrait pas y avoir de problème. Je peux te dire Guiseppe, que tu as su lui transmettre le gout du travail bien fait. 

Ainsi allait la vie dans ce petit village ou tout le monde se connaissait. Le fils de Guiseppe qui est maintenant adulte, est devenu paysagiste et a l'amour de son métier. 
 

  • Aimé 1

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Eathanor

Qu'il est dommage que ton texte ne comptabilise que quatre visualisations au moment où je rédige ce commentaire. Cette nouvelle tranche de vie savoureuse -et sans doute vécue - que tu nous offres en mériterait bien plus. C'est sans doute le triste sort des textes qui atterrissent dans cette section. Alors, tout comme tu pris le temps de commencer "Zoé", j'ai pris du mien pour m'arrêter sur ces lignes. Au vu de ma lecture, ne pas le faire aurait vraiment été dommage 🙂 

  • Merci 1

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Muriell

Je me suis régalée à lire cet instant de vie, un texte où j'ai souris mais aussi qui m'a émue, bravo et merci.

  • Merci 1

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Cisco

Merci pour votre lecture @Eathanor et @Muriell

Et votre appréciation 🙂

 

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Joailes

Ces tranches de vie sont si savoureuses que je ne puis que me régaler en les lisant. Merci @Cisco

  • Merci 1

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