Jeannine B

Fragments de voyages - Le Népal (4)

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Jeannine B

 

 

            Très tôt le lendemain matin, à bord d'un bus déglingué et avec une pointe de tristesse, il est déjà temps de quitter la ville de Katmandou pour prendre la route vers Pokhara. Le bus et ses passagers arriveront très tard dans la soirée. Tous les voyageurs sont éreintés par la longueur du trajet et les mauvaises conditions de voyage dues à la route en pitoyable état. Une bonne nuit de sommeil est vraiment la bienvenue. Ce sera aussi la dernière nuit dans un vrai lit...

 

 

***

 

                Jour 1 : Au matin, frais et dispos, mes amis et compagnons de voyage, ainsi que moi-même, nous sommes prêts pour le départ de notre trekking.

Après le petit déjeuner, l'ambiance est à la fête, nous faisons tous la connaissance des sherpas, des cuisiniers et des porteurs. La bonne vingtaine d'hommes va nous accompagner durant douze jours dans notre progression vers le sanctuaire des Annapurnas.

            Un immense tas de bagages est accumulé sur la place de la petite ville. Plusieurs népalais distribuent les sacs qui sont portés à dos d'homme. Les porteurs prennent souvent plusieurs charges sur le dos pour pouvoir gagner plus de roupies. Plus le poids est élevé, plus ils gagnent de l'argent. Les premiers jours, j'étais très choquée par la pauvreté des Népalais et j'avais des scrupules face à ces hommes qui portaient nos affaires, mais j'ai ensuite compris qu'ils étaient très contents d'être engagés pour ce travail car les douze jours de portage permettaient à la famille de manger à sa faim pendant quelques temps. Je crois me rappeler qu'un porteur était payé un dollar par jour et par charge, c'est pourquoi, il était très courant de les voir porter deux sacs marins qui pesaient chacun environ quinze kilos. En sachant que ces hommes mesurent souvent moins de 1m60 et qu'ils marchent fréquemment en tongs ou carrément pieds nus, le choc est encore plus grand. Mais c'est leur façon de vivre et dans la culture bouddhiste, un mortel se contente de ce que la vie lui apporte. Si elle apporte le manque, les gens ne perdront pas leur sourire et leur joie de vivre. Les gens croient à la réincarnation, c'est pourquoi, jamais ils ne se plaignent de leur condition actuelle de vivant. Dans une autre vie, ils auront peut-être l'opulence...

***

            La mine réjouie, toute la troupe s'ébranle. Les porteurs en avant, [1] le sirdar et deux sherpas, puis le groupe suit en chantant à tue-tête. Deux autres sherpas ferment la marche afin d'assurer sécurité et bon itinéraire à tout le monde.

            La première pente s'amorce. Très vite, j'ai le souffle court, les muscles sont encore froids et mon sac à dos est peut-être un peu trop lourd pour cette première journée de marche. La bonne humeur règne, je suis heureuse de pouvoir quitter Pokhara et la chaleur.

            Le sentier grimpe encore et je débouche bientôt sur un petit promontoire où je peux jouir du spectacle d'un paysage de cultures maraîchères et de rizières en terrasses. Le panorama est vallonné, très vert et les moyennes montagnes aux sommets arrondis, sont surplombés par d'autres cimes plus hautes et recouvertes de neige. Il fait beau, l'air est doux, le ciel est limpide, quelques nuages moutonnes sur les plus hauts sommets.

            Le sentier aux dalles inégales monte en inclinaison douce vers la forêt de bambous. Un dernier regard derrière moi pour admirer la vallée et lorsque j'émerge sur la crête du premier col, le dôme majestueux du [2]Machhapuchhare inonde mes yeux de sa blancheur. À côté de ce mastodonte, les fabuleux monts de [3]l'Annapurna Sud et du Hiunchuli exposent leurs merveilles naturelles sculptées par le vent, la neige et les siècles passés. La marche continue ainsi, cahin-caha, avec la compagnie des immenses pics recouverts de nuages. Le cortège des népalais et des ânes qui montent ou redescendent dans la vallée escorte la file indienne du groupe dont je fais partie, et qui s'étire avec lenteur au rythme des pas de chacun. Tout au long de la journée, les yeux rieurs, les sourires qui croisent les miens, les « [4]Namasté », lancés à chaque regard échangé, me font oublier les petites appréhensions ressenties depuis le départ.

            Je marche doucement en avançant à petits pas. La file s'étire de plus en plus et au bout de quelques temps, je me retrouve loin du peloton de tête. Les deux sherpas terminant la marche parlent un peu l'anglais et nous échangeons quelques mots tout en allant de l'avant. Ma respiration est saccadée, les escaliers biscornus en sont les coupables ! Nous sommes aussi à environ 2500m d'altitude, mine de rien le dénivelé est tout de même ardu.  

            Au cours de cette journée de trek, le défilé humain marche dans un environnement fait de champs en terrasse et de collines boisées, où se blottissent les petits villages aux maisons en bois et torchis.

            Le premier campement est monté non loin du camp de base du Machhapuchhare, dans une prairie qui fait face aux montagnes enneigées. Chaque trekkeur choisit sa tente et son matelas qu'il va garder tout le temps du cheminement. Les tentes sont prévues pour deux personnes et sont assez vastes pour être à l'aise. Un peu à l'écart des tentes, une plus grande, appelée « Mess », sert de cuisine pour confectionner les repas. Multifonctions, elle sert aussi de salle à manger et de dortoir pour les guides sherpas. Les porteurs dorment dehors, à l'écart, sous une grande bâche. L'intendance est très hiérarchisée et les sherpas ne se mélangent pas avec les porteurs. Encore une fois, je suis très choquée par cette hiérarchie qui me fait penser aux castes indiennes. Mais il ne faut pas intervenir, les hommes n'ont pas l'air de s'en plaindre, pour eux, c'est normal. J'ai beaucoup à apprendre de leurs coutumes...

            Comme souvent en Asie, les Népalais sont végétariens et les repas du soir ne feront pas une très grande place à la viande. Les premiers jours du trekking, de la nourriture venant de France et emballée sous vide, sera un plus au quotidien qui se compose essentiellement de riz, de légumes secs ou frais, ingrédients de base de l'alimentation des himalayens. Dans un des villages traversé, les sherpas achèteront des poulets et un petit bouc qui seront tués sur place. Les maigres volatiles seront mangés le jour même et la viande du mouton sera découpée, salée et rangée dans un tonneau, qu'un des porteurs aura la charge de porter sur son dos. Les poulets, au nombre de quatre pour dix huit personnes affamées, sont durs comme du bois. Sans doute trop vieux ou pas assez cuits. Pourtant, les convives ne laisseront rien du « festin ». Les belles cornes du bouc seront emballées dans une couverture en plastique et le trophée sera trimballé durant tout le trekking, puis, jusqu'en France. Le « paquet » aura son préposé attitré et, tous les soirs, il aura sa barre chocolatée et ses deux cigarettes, qu'il s'empressera de faire disparaître dans ses poches. Les cornes sont toujours accrochées au mur de la personne qui avait acquit ce trophée original !


[1] Sirdar : responsable népalais de toute l'intendance

Sherpa : Guide Népalais

[2] Machhapuchhare : est une montagne de 6 993 m d'altitude dans l'Himalaya au Népal. Le nom signifie « queue de poisson » en népalais en raison de son double sommet. Il est vénéré et considéré comme sacré par la population locale. Par conséquent interdit aux alpinistes. Il est un des plus beau sommet du Népal.

[3] Annapurna Sud 7219 m, Hiunchuli 6441 m

Annapurna Sud, est un sommet de trekking considéré comme un des plus difficiles à cause des dangers de chute de pierres, et aussi de la raideur des pentes.

[4] Bonjour en népalais

DSCN0721.JPG

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Modifié par Jeannine B

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Cisco

"la viande du mouton" après avoir tué le bouc ? Tu devrais dire le belier, Je sais je pinaille 🙂

encore merci pour ce partage et les photos, J'aime beaucoup. 

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Eathanor

Toujours ce plaisir intact que de te suivre dans ce trekking agrémenté de ces quelques photos.

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Joailes

Quel régal @Jeannine B que de te suivre dans ce fabuleux périple ! Merci ❤️ 

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