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Papy Adgio

Oradour sur Glane

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Papy Adgio

Un étrange frisson parcourt le corps malgré l’absence de frimas. Les pas deviennent frileux, les voix frêles, les gestes fastidieux dans l’air fourbu de l’après midi.

 

Voilé et pourtant tolérant, le soleil hésite à poser sa lumière sur ce qui reste de vie. Vertébrale, elle avance vers nos regards hébétés. Nous étions avertis certes, mais nous n’imaginions pas.

 

Nous n’imaginions pas qu’un simple nom sur une plaque puisse murmurer des sanglots dans les profondeurs de soi. Nous n’imaginions pas qu’un arrêt sur image puisse peindre des souvenirs et des haut-le-cœur sépias.

 

Nous ignorions qu’une table inerte dans un café absent soulève des tonnes de rancœur aux entrailles. Nous ignorions qu’une rue déserte dans le vent d’hiver murmure des hymnes mortuaires aux oreilles.

 

Nous  n’imaginions pas que la connaissance puisse s’effriter dans les récits froids offerts à nos yeux. Nous n’imaginions pas que la rouille pénètre si aisément les pores pour lester des carènes de pleines brassées de larmes inertes.

 

Parvenus à l’église nous sommes happés par la mélodie absente d’un orgue. Orgue de barbarie qui encense le vallon des souvenirs mécaniques de la cruauté. Orgue aux cartons perforés étalés sur les murs, les pierres, les êtres envolés.

 

Partout, dans le silence, s’égrène la litanie des tables fredonnées devant le tableau noir. Un corbeau parachève la multiplication des morts, des âmes infantiles dans le souffle d’une histoire absurde, absconse et démoniaque.

 

Nous avançons, poussés par le désir irrépressible de savoir. Nous avançons vers le marbre où s’alignent les patronymes absents dans leur nécessité expresse d’exister, de vivre et de survivre.

 

Des noms sans nom, des portes sans portes, de l’inertie inerte. L’insupportable s’installe dans les errances du lance-flammes. Là-bas, le nom du médecin n’a plus de raison d’être et attend que le temps lui patine le temps.

 

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Photo Papy Adgio - Oradour sur Glane (87)

  • Aimé 3

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Cisco

J'ai également parcouru les rues de ce village et comme toi j'ai eu ce ressenti "Un étrange frisson parcourt le corps malgré l’absence de frimas. "

Toutes les armées du monde sont capables des pires horreurs. 

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Eathanor

Je ne me suis jamais rendu à Oradour-sur-Glane. Il le faudra, un jour. Mais je redoute la charge émotionnelle qui doit naître là-bas.

Une fois n'est pas coutume, plus que vos lignes, votre photo dit tout de ce lieu.

  • Merci 1

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Frédéric Cogno

Tu sais planter le décor, les ambiances, les frissons, les rayons, les brises, la température sous la canopée des âmes. Je ne connais pas ce lieu tristement célèbre...Mais j"ai été impressionné par tes mots."Nous n'imaginions pas"...sans cesse répété  comme une sinistre liturgie impose le silence avec un souffle coupé. Je me dis que Malraux aurait très bien pu lire ce texte à haute voix...

Chapeau Papy!

  • Merci 1

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Joailes

Cette histoire tristement célèbre est rendue magnifiquement par cette photo et puis, après, les mots ... 

  • Merci 1

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Yguemart

@Papy Adgio J'ai parcouru ce lieu, il y a longtemps, avec la nausée comme compagne. Ton texte est sublime, j'en ai les larmes aux yeux.

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Seawulf
Le 06/02/2019 à 10:36, Papy Adgio a dit :

Nous n’imaginions pas que la rouille pénètre si aisément les pores pour lester des carènes de pleines brassées de larmes inertes.

 

Parvenus à l’église nous sommes happés par la mélodie absente d’un orgue

 

J'ai parcouru ces allées du silence forcé où une partie de l'humanité s'est déshonorée. J'aime le ressenti du passage cité. J'ai plus de cœur, je repasse demain. 

  • Merci 1

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