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Papy Adgio

Regards

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Papy Adgio

Le retard de ce train sera peut-être béni.

 

L’avenir le dira. Ou ne le dira pas…

 

Tuer l’attente vaut mieux qu’occire l’agent qui renseigne au bout du quai. Se retrancher vers le buffet de la gare.

 

Le temps étale sur ses murs un laps tentaculaire. Un café, odorant c’est déjà ça, patiente sur la table.

 

Sans abuser de ses vapeurs débonnaires, j’observe mes congénères. Leurs activités sont aussi sottes et oisives que les miennes.

 

Après une lente investigation circulaire de l’espace, mon regard s’immobilise sur son visage. Vague, il flotte dans une nostalgie évanescente.

 

 

Offrir le temps aux ondes de musarder entre nous.

 

 

Après quelques minutes de fixité, l’atome de regard soulève un léger frisson sur le corps de l’observée. Gagné ! Elle manifeste une gêne soudaine !

 

Mon œil scrutateur conserve son insistance. Lentement, les yeux espérés ne manquent pas de se présenter dans son axe.

 

Emoi immédiat. Envoûtement soudain.

 

La lueur de l’iris, embuée de nuages obséquieux manifeste un vieux souvenir de pétulance. Enigmatique.

 

Je lis de la tristesse, je devine de l’espoir, de l’agacement, du questionnement. J’insiste.

 

Le regard soutient mon regard. Le temps s’allonge sur une conquête mutuelle.

 

 

Notre horloge biologique attend la seconde d’après.

 

La sienne semble s’imprégner de mon impudence. La mienne voyage déjà sur les flots ambigus de ses possibles.

 

Un paysage nouveau s’esquisse. Un ciel vaste sur des promesses de noisettes, de troncs ridés, de haies discrètes.

 

Le visage se détourne.

 

J’absorbe ma tasse de café afin de revenir prestement à la découverte en chemin.

 

Le visage est revenu.

 

Les yeux, désormais secs, installent leur horizon dans les miens avec permanence et précision.

 

 

Œil dessus œil dessous nous cheminons ensemble.

 

 

Les fossettes se tendent pour m’envoyer un signal de connivence épanoui. J’en ai le cœur qui bat.

 

Elle se lève et avance. J’en ai le cœur qui flanche.

 

Je me prépare à accueillir cette escale bienvenue avec le détachement nécessaire.

 

J’ouvre grand mes poumons. Je plisse les yeux.

 

 

La porte claque. Elle a disparu.

  • Aimé 3

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Seawulf
il y a 14 minutes, Papy Adgio a dit :

Notre horloge biologique attend la seconde d’après.

La sienne semble s’imprégner de mon impudence. La mienne voyage déjà sur les flots ambigus de ses possibles.

Un paysage nouveau s’esquisse. Un ciel vaste sur des promesses de noisettes, de troncs ridés, de haies discrètes.

Le visage se détourne.

 

Un beau passage où l'imagination gamberge!

  • Merci 1

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Yguemart

@Papy Adgio Quel dommage qu'elle soit partie ! Tu n'as pas cherché à prendre le même train ? Peut-être l'as-tu fait et tu vas nous raconter la suite, n'est-ce pas ?

 

Ton texte m'a fait penser à un passage d'une nouvelle que j'ai écrite "Cligne-musette" (comme tu as visité mon blog, tu l'as peut-être déjà lue)

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Papy Adgio

Non, je n'ai jamais été très doué pour les transports ! C'est en fait la version adulte d'une version potache que j'avais écrite jadis et que je te glisse en catimini :

Au passage à barrière

Une garde niveau

Faisait des ronds de lièvre

Avec un bec de fesses

A un jeune bout en cour

Jouant dans l'arrière train...

Il n'y aura pas de suite, à notre âge, nous laissons courir !!!

Je vais aller lire ta nouvelle car je n'ai pas tout lu sur ton blog.

  • Merci 1

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Papy Adgio

@Yguemart Je viens de lire ta nouvelle et je me dis que j'ai eu de la chance qu'il reste des places au buffet de la gare !!!

Je ne connaissais pas le cligne-musette : est-ce un de ces jeux qui poussent à la roumègue ?

  • Haha 1

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Yguemart

@Papy Adgio C'est un jeu de cache-cache : cligne-musette

Edited by Yguemart

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Pulpito

C'est fou le nombre de non-dits qu'il peut y avoir entre deux regards. Heureusement pour nous, vous les avez écrits. Belle escale intérieure que voilà 😉

  • Merci 1

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Alcibiade

Immortel thème de la passante !

On est pris, on aimerait que ne claque pas cette porte mais peut-être que la beauté du regard ne survivrait pas à la réelle rencontre.

J'aime ta poésie fugitive. Merci !

  • Merci 1

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Fleur de poème

Très intéressant ce jeu de regards, cette complicité du moment avec une inconnue que l'on ne reverra probablement jamais, toutes ces sensations physiologiques qui assaillent le poète narrateur, nous aimerions que le voyage se prolonge, que l'inconnue ne disparaisse pas, mais le poème alors n'aurait pas cette intensité.

  • Merci 1

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Notabene

Un gros coup de coeur pour cette formule-là " Œil dessus œil dessous nous cheminons ensemble. " ...

Je suis triste que tu repartes avec un regard éclopé, clopin-clopant sur les quais de la gare! Mais il en est souvent ainsi dans les histoires de regards.

  • Aimé 1

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Papy Adgio

En fait, ça ne m'a pas fait très mal, il y a au moins vingt ans que je n'ai pas mis les pieds dans une gare ! C'est juste sorti de la tête, alors que la porte claque ou pas... le résultat pour moi était le même, mais, tu as raison, pas pour le lecteur...

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Myrtille

Je m'attendais que ce regard soit pour un autre juste derrière vous 🙂

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Papy Adgio

Ah ! Je n'y avais pas pensé ! Vous avez de l'imagination : ne seriez-vous pas poétesse durant vos heures de loisirs ? !!! Je plaisante, évidemment. Merci pour le commentaire.

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Eathanor

Que celui qui écrit de la poésie et n'a jamais laissé sa plume divaguer sur une passante lève le doigt. Non, personne ? 🙂

Vous lisant, j'ai forcément pensé au poème posté de ma part il y a peu de temps 

 

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Joailes

Bravo @Papy Adgio j'aime beaucoup ce texte dont le thème m'est cher : une rencontre éphémère qui fait battre le cœur ! 

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Papy Adgio

Lorsque j'ai mis mon texte en ligne, j'ai effectivement fait le parallèle avec le vôtre Eathanor et je rejoins votre analyse sur le thème. Merci à @joailes pour le commentaire.

Eathanor, lorsque je tape sur @ puis la lettre E, mon ordinateur écrit € ! Comme dit je ne sais quel chanteur : Et ça m'énerve !!! Existe-t-il un remède, docteur ?

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Joailes

@Papy Adgio : c'est qu'il faut taper sur la lettre à et non pas E ! 🙂 

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Eathanor
Il y a 5 heures, Papy Adgio a dit :

Eathanor, lorsque je tape sur @ puis la lettre E, mon ordinateur écrit € !

@Papy Adgio, il vous faut taper sur la touche @ pour l'inscrire à l'écran mais il vous faut ensuite relâcher cette touche avant de taper sur la première lettre du pseudo. Et vous verrez que la lettre "e" passera bien mieux 🙂 

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