Jump to content
Eathanor

Le pendule de l'esprit

Recommended Posts

Eathanor

Ce soir, en revenant chez moi, j’ai choisi de faire quelques détours afin de ne pas me trouver à la porte de mon immeuble trop rapidement. La marche stimule ma réflexion et ma créativité. Ce n’est pourtant pas grand-chose à bien y penser. D’un point de vue strictement physique, il s’agit simplement de mettre un pied devant l’autre. Quoi de plus commun ? Pourtant, chaque pas me mène un peu plus en moi, me livre à moi-même. À flâner sans but précis dans les rues, j’en arrive à déambuler dans les méandres de mon esprit, plus tortueux que les grands boulevards Haussmanniens, mais surtout, plus torturés. Je m’isole de cette grise réalité qui m’entoure, me détache d’un monde d’illusions matérielles pour toucher du doigt la réalité existentielle de mon âme.

 

Marchant donc dans la rue pour parvenir au pas de ma porte, je vous observais comme on s’imprègne d’une nature morte dans un musée. Je vous voyais, mais vous étiez aveugles. Je vous entendais, mais vous étiez sourds. Des rythmes électroniques tribaux me martelaient le cerveau. Des mélopées orientales copulant avec des boucles synthétiques dans un tourbillon sonore incessant… Sans doute est-ce là ce qui se nomme le brassage des cultures. Le son de mon walkman n’était pas encore assez puissant. Il me fallait m’isoler encore plus,  me couper de vos bruits, de vos pensées qui me frappaient au visage. Vous vous traîniez sur le bitume tandis que je prenais mon envol.

 

Je vous dévisageais, accablés par le poids de la Vie. Vos esprits sont des livres ouverts dans lesquels je me sers. L’humanité n’est qu’une immense bibliothèque qui s’enrichit jour après jour de nouveaux manuscrits. Regardez-moi ; je viole vos âmes depuis longtemps souillées par la médiocrité ambiante. Je vis dans un songe patiemment construit sur les débris de vos propres rêves.

 

Ne jamais s’arrêter…

Toujours marcher…

Que le pendule de l’esprit ne cesse jamais d’osciller.

Où en est le vôtre ? Vient-il se briser contre les murs de la bienséance ?

 

(à suivre)

Share this post


Link to post
Share on other sites
Cisco

Oui on peut côtoyer du monde de près sur les boulevards de Paris et se sentir seul et différent. 

Pour marcher un peu le matin je vais à pied à la boulangerie qui est à 2 kms et ceux que je croise dans le village je les connais un peu et ils me disent, bonjour. 

Share this post


Link to post
Share on other sites
Frédéric Cogno

Se poser dans le silence n'est pas mal non plus pour approcher et écouter son âme.

Edited by Frédéric Cogno

Share this post


Link to post
Share on other sites
Guest

C'est loin de ces bruits, ces parasites urbains que je me suis isolée en campagne. J'attends la.suite....

Share this post


Link to post
Share on other sites
Joailes

Je fais appel à un ami : le fameux professeur Tournesol qui s'y connaît en pendule. Et j'attends la suite ... 😉 

Share this post


Link to post
Share on other sites
Eathanor

Ces personnes qui vont s’enfermer dans des musées, se gargariser du Beau à l’état brut ont-elles conscience d’être elles-mêmes les pièces d’un musée nommé monde ? Savent-elles que certaines âmes éveillées les observent en silence, les dépeignent dans leurs créations ? Éprouver et embrasser des vertiges confinant au mystique devant un tableau est un premier pas sur le chemin initiatique de cette supériorité d’esprit. Mais se sentir tomber dans les abîmes angoissants du questionnement incessant en dévisageant son prochain, c’est commencer à vivre pleinement sa Vie en acceptant de la soumettre aux aléas permanents du chemin de la souffrance métaphysique.

Balancer le pendule de son esprit jusqu’aux extrêmes limites,

Le voir frôler ces murs de la pensée consumériste sans pour autant s’y encastrer,

Sans cesse, préserver cette oscillation qui nous tire vers le haut.

 

Je me souviens. Dans la musique, je me suis jadis enfui. Toute une jeunesse en quête d’Absolu dansait devant moi, au beau milieu d’une forêt. Disque après disque, je leur racontais une histoire, les emmenant au-delà d’eux-mêmes, dans des contrées où leurs rêves prenaient forme. Les yeux fermés, ils tendaient les bras vers leurs fantasmes. Leurs pulsions refoulées se libéraient et ils s’abandonnaient au rythme syncopé d’une mélodie engendrée par la technologie. L’homme ne retournera plus à la nature. Je voyais prendre vie l’homme de demain, celui qui, pour sublimer ses propres limites, s’appuiera sur des auxiliaires qu’il aura lui-même élaborés. Quand l’homo sapiens accouche de l’homo sublimus.

Je menais la danse. Chaque enchaînement musical était programmé pour les emmener un peu plus vers ce nirvana de l’électronique et de l’artificiel. Les corps éperdus dansaient sans jamais s’arrêter et à travers mes neurones dopés aux drogues de synthèse, je voyais cette masse fusionner pour ne former qu’un seul et même corps, immense animal d’une beauté terrifiante. À coups de stroboscopes, de lanières sonores claquantes, j’étais le dompteur incontesté régnant dans toute sa supériorité.

Certaines musiques, pleinement ressenties, ne constituent rien de moins qu’un acte de subversion. Il suffit de savoir sortir hors des chemins battus que nous propose une société prête à l’emploi.

 

Des pensées pré formatées, où faire son marché, des mots aseptisés, chloroformés ou l’on ne parle plus d’aveugle, mais de mal entendant, de pays pauvre, mais de pays sous-développé, des émissions télévisées n’étant rien d’autre qu’un retour aux sources de la Rome antique avec ses arènes où un public assoiffé de sang décidait d’un simple pouce baissé de la mort d’un combattant. Les temps changent... Aujourd’hui, ce public ne veut plus du sang, mais du sexe. À une pulsion primaire a succédé une autre pulsion tout aussi primaire. La ligne audiotel surtaxée a remplacé le pouce mais le principe reste le même. Merveille de la technologie qui permet là encore de retrouver notre homo sublimus.

Aussi le pendule de l’esprit doit-il continuer de se mouvoir.

Envers et contre tout, à propos de tout.

 

Ne jamais avoir de certitudes ni de vérités absolues pour continuer à avancer, voilà sans doute la seule certitude. Garder en mémoire l'adage latin de Plaute: homo homini lupus.

 

(à suivre)

Share this post


Link to post
Share on other sites

Association régie par la loi du 1er juillet 1901, Accents poétiques vise à promouvoir les auteurs littéraires méconnus ou peu connus à travers la publication de recueils à compte d’éditeur. En offrant un forum de poésie à toutes les personnes désireuses de partager leurs muses, nous souhaitons également permettre à toutes les plumes de s'ébattre librement en ligne dans un cadre ouvert mais néanmoins garant d'une certaine qualité littéraire à travers les sélections de notre comité de rédaction.

×
×
  • Create New...