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Papy Adgio

En souvenir d'Hilaire...

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Papy Adgio

Dans son regard, Edith promène les ciels d’Artois : bleu soleil lorsqu’elle s’amuse, blanc linceul lorsqu’elle s’empeine, gris anthracite lorsqu’elle approche du coup de grisou !

 

Les miens arborent les couleurs des forêts sombres des Vals du Dauphiné : cuivre roux lorsqu’ils cherchent un bon mot, brun châtaigne lorsqu’ils s’agacent, ocre coquille de noix la plupart du temps.

 

Lorsque nous nous sommes croisés sur le plateau de l’Isle Crémieu, ce sont les pigments plantés sous l’épiderme qui se sont d’abord agités. Puis ils se sont mélangés dans le galop de nos ventricules.

 

Depuis, les nuances du temps se sont apprivoisées et nous sommes venus déposer le tapis de notre dernière vie sur le pays des Couleurs.

 

Venez le découvrir, vous l’aimerez. Et vous pourrez ainsi tenter de découvrir notre Graal.

 

Le débusquer relève de l’enquête policière et le rejoindre se mérite.

 

Essayez un peu.

 

Débusquez Baix.

 

Détroussez Boulieu.

 

Souvenez-vous d’Hilaire dont je vous parlerai plus tard.

 

Lorsque vous avez situé le périmètre, avisez un parking de chasse pour y poser votre véhicule.

 

Ici, le bruit de l’eau vous indique que vous approchez. Si vos yeux sont experts, vous décèlerez une mince sente qui se glisse entre les fils de fer barbelés et une haie d’arbustes deux fois adultes.

 

Il faut vous y engager, oser le slalom dans l’étroit passage sous le regard en coin de génisses interloquées.

 

A l’oreille, les vocalises sourdes de la chute voisine se précisent. Le balbutiement devient emphase et le sentier chemin de pierre.

 

Descendez en évitant la chute.

 

Le sous-bois se fait sombre et mystérieux. Qu’importe, le spectacle s’annonce. Un petit pont métallique vous propulse au pied de la cascade, fière au printemps comme en automne, modeste en hiver, souvent absente en été.

 

Les ruines d’un moulin sommeillent à proximité.

 

Le rideau vertical invite à glisser en coulisse, à observer le monde en sécurité derrière les hallebardes et à braver les éléments dans la lumière timide des rochers. Nous voilà Indiana Jones, pionniers de l’au-delà, dompteurs de l’impossible.

 

Pour quitter l’endroit, il convient de longer le mince cours d’eau en écoutant l’histoire d’Hilaire :

 

 

Qui se souvient d’Hilaire de Chardonnet ?

 

 

Ce franc-comtois touche-à-tout avait travaillé avec Pasteur sur le difficile problème de la maladie des vers à soie. Pour régler leur sort aux bombyx et autres lépidoptères, l’homme inventa la soie artificielle.

 

Tout auréolé de sa juteuse découverte, il s’enticha de la fille d’un notable de Charette et il l’épousa. L’homme se fit construire une solide demeure au hameau du Vernay et devint maire du village.

 

Curieux de tout, passionné par tout, on le trouvait partout, jusqu’aux Amériques où il ne manqua pas de présenter sa trouvaille textile.

 

De là, il rapporta l’emblème de la Louisiane, le cyprès-chauve. Enthousiaste à son retour, il choisit l’étang de la Roche pour y créer sa cyprière.

 

Lorsque l’année décline, il faut venir communier au bord de l’étendue d’eau. Il faut retenir son souffle. Laisser le soir absorber le soleil et ouvrir grands les yeux.

 

Sveltes et douces, des âmes s’envolent en spirales fauves sur l’étang.

 

Vous y croiserez Derain, Gauguin, Braque ou Matisse. Vous pourrez y entendre leurs rires comme leurs plaintes.

 

Il faut revenir un peu plus tard, lorsque la nouvelle année balbutie et que les rayons de janvier s’éduquent à l’envol.

 

Laisser faire le jour, laisser le gel emplir le regard et la matérialité du liquide encenser l’entendement…

 

Dans la gamme infinie des gris blancs, noirâtres ou bleutés, c’est le spectre de Nicolas, celui du fort carré d’Antibes, qui viendra vous chahuter.

 

La nuance, universelle, s’installera au centre de la palette et vous grandira les sens jusqu’à ne plus appartenir à vos poumons, votre respiration et vos neurones.

 

Aspirez, aspirez le monde évanescent des cyprès chauve et mesurez le bonheur de posséder l’art pour jalonner son chemin.

 

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Photo Papy Adgio - La cyprière de l'étang de la Roche - Charette (38)

Edited by Papy Adgio
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Guest

Ah ! Le peintre que je suis est complètement envoûté par votre prose aux nuances iridescentes, chatoyantes... Mon terroir n'est pas le vôtre, @Papy Adgio , mais je le peins avec même amour, furieux et charnel ; j'en souhaite contaminer la pensée et la vision de chacun avec même verve que vous. Et puis, j'ai du sang breton dans les veines, dilué, mais point tant que ne me parle vos ébauches. Et puis, et enfin, vous invoquez, les grands anciens, ces fous furieux, pinceaux en main, qui défièrent ( la Grande Nature), et défièrent (l'ordre établi). Merci à vous de tisser toile d'honneur à ces parages et de le faire avec toujours pareille virtuosité et poésie !

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Frédéric Cogno

Avec toi je retrouve mes 7 ans donnant la main à mon père, l’œil vif émerveillé en partance pour une chasse au trésor. Le verbe toujours aussi savoureux, odorant comme un champignon sous la souche. Un vrai régal Papy!

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Joailes

J'aime tes histoires @Papy Adgio qui racontent les paysages et nous entraînent dans de beaux voyages ! 

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Eathanor

Vos histoires sont toujours aussi envoûtantes @Papy Adgio.

Par contre, n'en prenez pas ombrage, j'ai déplacé votre prose sur la section "Plume errante" où elle trouve sa pleine dimension.

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Cisco

Ce n'est pas très courant comme prénom Hilaire et je ne connaissais pas ce personnage ni sa découverte. Merci pour cette belle promenade près de la chute d'eau et du vieux moulin.

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Papy Adgio

Merci à vous tous. Vous avez compris que j'aime partager mes impressions d'escapades et mon regard en coin : alors, si on est réceptif, j'exulte !!!

Eathanor, je vous laisse organiser les choses à votre guise sur ce site, l'endroit où mes textes atterrissent m'importe peu puisqu'ils atterrissent ! Je suis habitué à être l'inclassable : dans tous les concours auxquels je participe, le jury hésite à me classer du côté des poètes, du côté du nouvellistes ou du côté des riens du tout ! Généralement, ils s'en sortent en m'attribuant un prix pour inclassables : prix de la municipalité, prix de l'humour... ! Mais puisqu'ils me priment... !!! Et je ne vous parlerai pas de mes professeurs de jadis...

  • Merci 1

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Seawulf
Le 30/01/2019 à 15:24, Papy Adgio a dit :

Laisser faire le jour, laisser le gel emplir le regard et la matérialité du liquide encenser l’entendement…

 

Comme d'habitude je suis sous le charme de cette écriture voyageuse, aux anecdotes épatantes mises en valeur par un récit envoûtant.

  • Merci 1

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