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Y avait-il un curé dans l'avion ?

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" Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui. Comme ces âmes errantes qui cherchent un corps, il entre, quand il veut, dans le personnage de chacun. " (Baudelaire)

 

 

En montant dans la carlingue, j'avais aperçu un curé à l'ancienne, recueilli, recroquevillé sur son siège, une Bible sur les genoux.

Je me suis dit qu'il devait prier pour nous.

Nous ne risquions rien.

D'après les statistiques, l'avion est un moyen de transport sûr.

Les accidents sont rares.


 

C'est quand même flippant.


 

Mais alors, dans ce cas, pourquoi être montée à bord, me direz-vous, non sans une certaine perspicacité.

Tout simplement parce que d'ici 3 heures, je serai arrivée à destination.

Si j'avais pris la diligence du village, cela m'aurait pris trois semaines.

Trois semaines dans la poussière, avec des haltes pour faire boire les chevaux, et puis avec le risque d'être interceptée par des bandits de grands chemins qui n'hésitaient pas à détrousser les voyageurs.

Je m'assis confortablement sur le siège et attachai la ceinture.

Il y avait très peu de monde, si ce n'est une dame âgée qui lisait le journal en faisant scintiller une grosse émeraude à son doigt,  un monsieur tout de noir vêtu, maigre, qui semblait fort mécontent d'être là, avec un coffre sur les genoux, une pie et un curé. 

Le décollage se passa bien.

Nous nous retrouvâmes rapidement derrière le coton hydrophile, et je contemplai l'au-delà avec un certain émoi.

Je jetai un coup d’œil discret au curé qui n'avait pas bougé, mais dont le regard était tourné à présent vers les cieux.

Son air paisible me rassura une nouvelle fois.

Je farfouillai dans mon sac, à la recherche du temps perdu et tombai par hasard sur un cœur de plastique rouge qui ne me quitte jamais.

Je l'avais eu dans un drugstore au Texas, dans un distributeur de rêves, il y a longtemps.

C'était une machine dans laquelle on insérait une pièce de monnaie et, après avoir appuyé sur une touche, « Amour » « Travail » « Argent » ou «  Chance » , on recevait dans un tiroir une petite boîte en carton « Plaisir de rêver », avec un objet à l'intérieur.

Mon amie, Zoë, qui rêvait de devenir institutrice, avait appuyé sur « Travail » et quand la boîte était tombée de la machine, elle avait trouvé un stylo avec une inscription : « School ».

Nous avions bien ri, sans comprendre.

Quant à moi, j'avais appuyé sur la touche « Amour » et j'avais trouvé ce cœur en plastique rouge. 

J'appris beaucoup plus tard que Zoë était devenue directrice d'une grande usine de stylos de luxe, qu'elle avait appelée « SCHOOL ».

Hasard ?

Coïncidence ?

Je n'ai jamais revu de machine similaire depuis …

Ni Zoë, d'ailleurs.

J'en étais là de mes pensées lorsque soudain mes yeux furent attirés par une lumière très vive sur le côté gauche de l'avion.

Un des réacteurs était en feu !

Qu'allais-je donc pouvoir faire ?

Le signaler rapidement, en gardant mon sang froid, à l'hôtesse ?

Elle s'était endormie.

Je ne pus ouvrir le hublot.

 Il semblait coincé.

 

Monsieur le Curé tapotait gentiment mon épaule avec son sourire apaisant.

« Mademoiselle, nous sommes arrivés ! »

Je m'ébrouai, écarquillai les yeux et lui souris à mon tour.

Trois heures de rêves au-dessus des nuages.

Rêves cotonneux sans doute.

Je serrai très fort dans ma main mon petit cœur de plastique rouge …

(J.E. Petites histoires ordinaires - * première partie d'un texte en cinq épisodes* )

Edited by joailes

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Cisco

Petite histoire qui se termine bien, c'est étrange de passer de la diligence à un avion dans le choix d'un transport. J'imagine que c'est une manière de parler, l'imagination de l'auteur. 🙂

 

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Comité de rédaction

Bonjour @joailes. Pour les prochains épisodes, afin de les centraliser au sein d'un seul sujet, veillez à les poster ici-même.

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Joailes

Merci. Je continue donc ... 😉 

 

2.  Y avait-il un cow-boy dans la diligence ? 

 

Après ce petit roupillon impromptu au milieu des brochures d'agences de voyages, j'hésitai encore entre avion et diligence.

Un ami adepte du saloon, et des longues brèves de comptoir, m'avait parlé d'une compagnie aérienne qui venait de se créer, la Vasyvite.

Les avantages de ces petits avions comme des maquettes, écrits en crottes de mouche sous de gros titres accrocheurs au parfum de pétrole, ne m'avaient guère convaincue.

Je préférais les odeurs du crottin des chevaux, de la poussière et de la sueur, à celles de ces carburants qu'ils avaient appelé érogène, ou avec un k, ou un z, je ne sais plus trop .

Les rencontres inattendues avec de gentils bandits, qui devaient ressembler à des acteurs de cinéma, pourraient être amusantes  et me donner matière à écrire ; cela me semblait plus proche de mes zones érogènes.

Je me suis décidée à prendre la diligence.

La "Malle-Poste" ne partait qu'une fois par semaine et affichait souvent complet, il me fallut attendre pour avoir mon billet, mais au fond je n'étais pas du genre pressé et mes rêves me prenaient beaucoup de temps. 

Le souvenir de Germaine qui partait souvent en diligence, juste pour se faire détrousser, me revint.

Elle avait voulu m'emmener une fois, mais j'avais refusé parce que mon cœur était encore trop petit.

 

Le grand jour arriva !

Mon gros sac, qui sentait la peau de zébu, pesait sur mon épaule, mais il fut vite arrimé sur celle d'un géant avec des bottes à faire pâlir d'envie mon ami John Wayne, dont, par ailleurs, je n'avais plus de nouvelles depuis notre chevauchée fantastique.

Ce géant soulevait nos bagages avec une grâce infinie pour les jucher sur une sorte d'impériale derrière le cocher.

Je pris place sur la banquette de cuir avec un sourire, à côté d'une dame qui se présenta comme la Comtesse de Bécu .

Elle brillait de mille feux verts et je voyais bien quelques pies en folie qui tournoyaient au-dessus de ses bijoux, mais le cocher veillait.

A l'aide d'une sorte de manche tourné vers le soleil, comme un tournesol, avec une ampoule laide, il les faisait fuir courageusement en poussant d'étranges cris qui dénotaient d'un long apprentissage et qui mettaient en confiance immédiatement. 

C'était un beau cocher, empli de prestance, avec une sorte de queue de pie, un joli nœud papillon et une fine moustache dont les poils se confondaient avec ceux de son fouet.

Je ne l'avais pas vu, mais à côté de la Comtesse, il y avait un valet de pique, tellement petit et silencieux qu'il s'était lui-même complètement oublié.

En face, sur la banquette rude du T.G.V. (Transport non Garanti sans Vols) , il y avait une espèce d'Harpagon avec une cassette sur les genoux, et je me disais :

« il me semble l'avoir déjà vu quelque part »

La Comtesse, qui semblait en savoir un bout, (je venais d'apercevoir « Moisi » dépasser de son réticule - un vieil hebdomadaire de l'époque du Far West -) et vouloir me mettre à l'aise, me fit un signe élégant de sa jolie main gantée de dentelle rose fluo et me chuchota :

"C'est Louis de Funès !

- Ah, bon et qui c'est celui-là ? " répondis-je, assez niaisement.

 

A ce stade de l'histoire, il faut que je vous dise, à côté d'Harpagon, il y avait aussi un moustachu ( son nom était brodé sur sa veste) : Pierre Vassiliu, et lui non plus , je ne l 'avais pas vu !

Nous nous reconnûmes comme même passagers d'un même voyage, et nous saluâmes d'un air entendu.

Après ces très sommaires présentations d'usage, nous partîmes, aussitôt bringuebalés, le cœur battant ; les paysages étaient déjà prometteurs, la chaleur et les odeurs aussi.

Chacun desserra les fesses et se cala du mieux qu'il put contre celles de son voisin immédiat.

Pour ma part, j'étais ravie : les fesses de la Comtesse de Bécu étaient confortables ; je pense que c'est en les voyant que quelqu'un inventa le sac d'air, appelé de l'autre côté de la Manche « airbag ».

L'aventure allait commencer !

(J.E. Petites histoires ordinaires – épisode 2.)

 

Edited by joailes

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Guest

On dirait que les poètes ont le coeur léger ! Merci @joailes très amusant ! 💙💙💙

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Yguemart

@joailes Parfaits comme textes inclassables, j'adore ce "délire" rempli de références et très drôle. Je suis moins fan du curé dans cette histoire, mais c'est personnel.

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Joailes

3.Y avait-il un cow-boy dans la diligence ?

 

 

Au bout de quelques minutes, la comtesse de Bécu enleva sa lourde perruque blonde dans un nuage de poudre.

Dessous, elle était encore blonde, mais beaucoup moins bien coiffée.

Son valet velu dormait, tout nu.

Harpagon suait, et ses mimiques incessantes, à elles seules, valaient le voyage.

Il essuyait sa cassette tendrement, en un geste presque amoureux ; il avait une grosse boîte de kleenex achetée à bas prix dans une supérette discount, posée sur ses genoux.

Et Pierre continuait de chanter, « qu'est-ce qu'il fait, qu'est-ce qu'il a … », avec un petit frissonnement dans sa moustache et son air espiègle.

Je voyais par la fenêtre sans vitre aux lourds rideaux rouges, qui n'étaient pas complètement tirés, les incroyables gesticulations du cocher, qui manipulait toujours son tournesol, et devait, en outre, conduire les chevaux, dont le sens de l'humour assez développé les amenait à s'arrêter brusquement, pour manger un trèfle en riant ...

(je me souviens à ce moment là, quelqu'un a dit : « Ouais … le cocher, c'est un joueur, je l'ai vu au P.M.U ! (- le pari mutuel unique -), je ne sais plus qui c'était.

Bien qu'encore aujourd'hui, j'ai gardé des soupçons sur la Comtesse. Je l'avais constaté, elle parlait beaucoup, trop, comme tous ceux qui croient tout savoir parce qu'ils ont lu « Moisi ».

J'avais jeté ma montre Carpier avant de monter à bord - au moins je ne tenterai pas le diable - mais du coup j'avais quelque peu perdu la notion du temps.

Je crois que tout le monde a dû somnoler à ce moment là.

Peut-être même le cocher, et j'eus une pensée très forte pour les chevaux.

Avaient-ils été munis d'un G.P.S. ("Global Positioning System", en français dans le texte : Système de positionnement par satellite) au

moins ?

J'avais très soif.

Mais j'avais oublié ma petite fiole de Vicky ; et dans mon réticule ridicule, je ne trouvai rien d'autre qu'un galet à sucer.

Enfin, nous fîmes une halte.

Le cocher descendit à terre, -ou bien était-il tombé ? - et d'un geste mondain, il flatta quelques croupes à portée de sa main.

Enfin, l'heure de la récréation des chevaux !

Ils l'avaient bien méritée !

Tandis que nous fûmes parqués sous des chapiteaux, avec des rafraîchissements et des brumisateurs Lévian, pour eux, ce fut la fête !

Ils riaient de toutes leurs dents jaunies par la nicotine, faisaient leur petite pause cigarillo, en se racontant des histoires drôles de juments et de jockeys, d'hippodromes illustres, de cavalcades sur des rivières rouges …

A cette époque, la cigarette était strictement autorisée dans les écuries et le cigarillo très prisé, comme le tabac qui faisait chic.

Ils étaient sympathiques comme tout, ces chevaux, avec leur bonne tête de Fernandel, surtout le timonier qui riait sans cesse. Un buffet vite dressé leur fut offert, bien achalandé, avec des sandwiches de foin et de céréales qui venaient d'un commerce équin ou équitable, ou les deux. Ils firent une belote.

Je farfouillai dans mon réticule à la recherche de ma boussole, lorsque soudain, je tombai sur un cœur en plastique rouge. Je ne me souvenais pas avoir vu cet objet.

Etait-ce le cocher qui profitait de la situation en me glissant quelque babiole anonymement, pour essayer de me séduire ?

Il m'avait jeté quelques regards lubriques, aussi je me méfiais.

La Comtesse fit diversion à mes questions existentielles.

Elle m'offrit nonchalamment une de ses émeraudes pour l'accompagner faire un petit besoin bien naturel.

Elle avait une peur bleue des insectes en tous genres, me dit-elle , - alors pourquoi avoir choisi ce valet qui ressemblait à un gros cafard ? - et n'avait pas encore repéré la fosse d'aisance.

Elle chuchotait, comme si c'était un secret.

Pourquoi ?

A cet instant, je pensais à ce brave Colombo, qui aurait résolu l'énigme en deux temps, trois mouvements ...

Mais lui, il avait dû prendre l'avion.

Il avait l'habitude des voyages inédits.

C'est sa femme qui nous l'a dit.

(J.E. petites histoires ordinaires - épisode 3)

 

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Eathanor

Si Raymond Devos avait écrit des nouvelles, sans doute se serait-il égaré dans ce genre de contrées totalement déjantées. Je ne sais pas s'il y a un cow-boy dans la diligence mais il est certain que cette histoire est totalement à l'ouest, le grand ouest forcément 😉 

  • Haha 1

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Joailes

4 - Y avait-il un cow-boy dans la diligence ? 

 

Je ne comprenais pas.

Pourquoi m'offrir une émeraude pour aller aux toilettes ?

J'avais programmé un périple avec un ami, Mickaël, (à la recherche d'un diamant perdu) au Mexique, pour le mois prochain ; et, comme je l'ai dit, je ne voulais aucun objet de valeur pour ne pas tenter les éventuels bandits.

Je lui répondis cependant que je l'accompagnerai volontiers, juste par solidarité.

Elle fit tourner ses yeux globuleux dans leur orbite, mais, sans doute sous l'emprise de sa vessie , elle prit mon bras sous le sien sans insister.

Nous ne fîmes pas cent mètres, qu'elle s'appuya très fort sur mon poignet, releva sa robe de façon charmante, et fit pipi au nez d'un cheval solitaire que cela réveilla en sursaut.

Ce faisant, elle se mit à chanter très fort, et je compris que ce n'était pas son premier voyage en diligence, et qu'elle devait en connaître tous les rouages et les parades.

Elle jeta sa culotte, qui vaudrait aujourd'hui une fortune au salon des antiquaires, assez loin dans les buissons ; elle riait à gorge déployée et, pour la première fois, je m'aperçus qu'elle était plus jeune qu'elle ne paraissait.

Je lui serrai la main, un peu gauchement, mais je ne pus m'empêcher de lui faire un bisou sur la joue, qui sentait bon la poudre de riz, comme ma grand-mère.

Je me dis encore une fois que ces voyages en diligence valent vraiment la peine d'être vécus, et que dans ce petit avion dont on m'avait parlé, il ne devait pas arriver tant de choses, puisque c'était fait pour les gens pressés


 

Pierre Vassiliu, comprenant enfin à quel point il était incongru, avait quitté la diligence en nous disant au-revoir en chantant.

On ne sut jamais qui c'était, celui-là.

Louis de Funès, et puis aussi d'autres personnes que j'ai rencontrées lors de ce voyage, sont des inconnus et je ne les revis jamais après.

Combien avait duré cette première halte ?

Plusieurs jours, me semblait-il …

Alors, on nous aurait menti sur la brochure ?

C'était moins loin qu'on ne croyait, les haltes étaient plus longues que le trajet en lui-même.

Je pensai à mon amie Monique qui m'avait parlé d'un certain Club Merde, où tout est compris :

le transport, le séjour, la réception, et avec un D, la déception.

Malgré tout, si je lui parlais de ma petite aventure en diligence, je suis sûre qu'elle me regardera avec ses yeux de chatte, réfléchira un peu, et me dira :

-Oh, darling ! Tu me donneras l'adresse du site ! Qu'est-ce que c'est chou ! »

Je finis par me demander si je n'étais pas en train d'écrire des fadaises, et si le voyage en avion aurait produit un texte plus concis … et moins mouvementé !

« Tu as choisi ! » me susurra une petite voix moqueuse.

Dans un nuage de poussière, nous repartîmes enfin.

Je continuai à consigner mes impressions sur mon bloc notes.

Le cocher ne me semblait pas plus lucide, mais il avait perdu son tournesol pour les pies, donc il avait les deux mains libres.

- Ah, mais non, spécifia la Comtesse, il a besoin de sa main droite pour boire ! »

Et en effet, je le vis vider une bouteille de whisky en claquant, non pas du fouet, mais sa langue.

Cela ne me rassura pas sur sa condition, mais en regardant les chevaux, je fus sûre qu'ils savaient ce qu'ils faisaient.

D'ailleurs, celui de devant, le plus mince, tenait un guide Michelin entre ses œillères, et je sentais bien que c'était un sacré cheval.

Lorsque soudain …

Tout s'est passé très vite.

Personne n'a eu le temps de sortir son portable, et puis, en plus, la plupart étaient déchargés ; qui aurait pensé, en montant dans la diligence, à emporter un chargeur ?

Ils étaient trois, et dans le pays, c'est pas facile de faire des portraits robots, me dis-je, parce qu'ils ont tous la même tête, les bandits, cachée derrière un joli bandana, dont l'usine prospérait à quelques kilomètres de Winterset, dans l'Iowa.

Ils stoppèrent la diligence et ouvrirent les portières avec une rapidité incroyable.

Rapides comme l'éclair !

Ils s'en prirent tout de suite à Harpagon, dont les dents claquaient ; ils lui arrachèrent sa cassette des mains.

Il se mit à pleurer, mais malgré tout, je puis en témoigner, il faisait un gros effort pour rester digne.

C'est à ce moment là, sans doute, qu'il a su choisir entre ses bourses et la vie.

Il s'échappa, courant dans la direction opposée et nous ne le revîmes plus .

A mon avis, le pauvre homme riche avait dû être dénoncé.

Par qui ? Qu'y avait-il dans la cassette ?

Les bandits jetèrent un œil sur le toit.

Il me semble les avoir entendus rire quand ils virent le cocher recroquevillé entre mon sac et des valises qui appartenaient à un certain Louis Buitton, ce que je trouvais curieux puisqu'il n'était pas sur la liste des passagers.

Avec une certaine grâce, ils s'emparèrent de certaines babioles vertes que la Comtesse leur tendit, et firent claquer leur pistolet, repartant en poussant quelques cris de sioux.

J'ai dit :

"Il ne manquerait plus que les indiens !", non sans un certain humour et surtout pour détendre un peu l'atmosphère.

Du coup, la Comtesse m'offrit un sachet complet d'émeraudes, avec les "collector" en prime, je ne sais pas pourquoi.

Si elle continuait comme ça, j'allais devenir riche et je serai à la merci des bandits de grands chemins.

Je serai obligée de prendre l'avion, et ça ... plus jamais !

Profitant d'un moment d'inattention de sa part, je jetai le sachet par la fenêtre ...

(J.E. petites histoires ordinaires - Episode 4) 

 

Edited by joailes

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Joailes

5. La fin d'un beau voyage 

 

Le cocher battit du fouet et nous repartîmes.

Nous avions traversé la zone sensible, là où les bandits étaient les plus dangereux et le désert le plus traître, sans trop de dégâts, somme toute … Mis à part un léger accroc sur mon short, rien de bien grave à déplorer.

La Comtesse s'était enfin tue, mais elle ne me lâchait plus des yeux.

Elle avait remis sa perruque et s'était repoudré le nez.

Son valet avait disparu, volatilisé …

Nous n'étions plus que deux sur la banquette, ce qui nous permit d'allonger nos jambes sur celle d'en face.

Mon crâne était douloureux, à cause de l'intense chaleur.

J'aperçus le cocher qui fouillait dans mon sac sans vergogne.

Il en extirpait des écus qui brillaient au soleil et semblait fort amusé.

Des écus ?

D'où sortaient-ils ?

Harpagon avait-il caché son trésor dans mon sac, profitant d'un moment d'inattention de ma part ?

Ainsi les bandits étaient repartis avec une cassette vide ...

Je fus prise d'un fou-rire inextinguible qui secoua la diligence pendant les derniers kilomètres.

Nous arrivâmes enfin à destination.

John Wayne m'attendait, comme convenu.

Il était si beau, l'homme tranquille, si bourru et ... si tendre !

J'essuyai une larme sur son beau bandana rouge.

La Comtesse de Bécu et le cocher s'embrassèrent avec fougue, et j'eus la vague impression qu'ils se connaissaient avant ce baiser langoureux.

D'ailleurs, y avait-il seulement eu une Comtesse et un cocher, dans cette diligence ?

Nous nous fîmes nos adieux, non sans une certaine émotion.

Après tout, nous avions partagé trois semaines de chevauchée fantastique, je dirai même plus héroïque ... et cela crée des liens.

On a vite échangé nos adresses e-mail.


 

Quand on décide de prendre la diligence à la place de l'avion, on sait qu'on s'expose à des aventures mais au moins on tombe de moins haut.

Gros plan sur le cocher et la Comtesse qui partent ensemble finir leurs jours au Zimbabwe, les yeux pleins d'émeraudes ...

 

FIN …


 

« … Vous êtes sur le vol 747 via Sidney … Nous espérons que le film : « Y avait-il un curé dans la diligence » vous a plu et vous a aidé à passer ces trois heures de vol sans ennui …

Tout l'équipage vous remercie et espère vous retrouver bientôt sur la ligne … »

Déjà, je n'écoutais plus.

Je serrai très fort mon petit cœur en plastique rouge dans ma main, et descendis de l'avion.

J'aperçus aussitôt la bonne tête de mon frère, et … à ses côtés, le curé du village où nous sommes nés .

Il s'appelle Don Babillo, il raconte des histoires à dormir debout, et est féru de westerns !!

Et, vous savez quoi ?

De l'aéroport à la maison, on a fait le trajet en diligence !!

On a chanté, heureux de se retrouver :

« I am a poor lonesome cow-boy ... I have a long, long way from home …", notre chanson fétiche.

Jolly Jumper m'attendait devant la porte du ranch, et je suis partie le chevaucher aussitôt, histoire de me dégourdir un peu les jambes.

Un bon galop dans la poussière, nos crinières au vent.

Puis ... je suis rentrée.

Une bonne odeur de ragoût flottait dans l'air.

Je me suis déshabillée.

J'ai trouvé une émeraude au fond de ma poche.

J'ai pris une douche et j'ai jeté mon billet d'avion dans la poubelle.

Mon frère m'a dit :

"Eh bien, tu dois en avoir des choses à nous raconter !

et je lui ai répondu, le regard quelque peu dans le vague :

- Bah, non, pas grand-chose ... Ces trajets en avion, c'est d'un mortel ! J'ai dormi presque tout le temps pendant le film"

J'ai donné la belle pierre verte au curé pour la réfection de son clocher, qui en avait bien besoin depuis son dernier coup de foudre.

Il ne m'a pas demandé sa provenance, persuadé qu'elle tombait du ciel.

Au même instant, paraît-il, quelque part sur les plaines rocailleuses du désert des Mojaves, on a retrouvé un curé, perdu avec sa bible, seul survivant du premier vol de la Vasyvite.

Il était tout poussiéreux et ne se souvenait plus de rien …

Et, dans le lit où je suis née, je me suis endormie, légère, prête pour de nouvelles aventures …

(J.E petites histoires ordinaires - épisode 5 et fin.) 

 

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Eathanor

Je viens de prendre le temps de relire l'ensemble du récit. La fin, pour le moins inattendue, est très bien amenée Jo. Je suis envieux de cette folie qui habite tes écrits. Ce récit mériterait plus de commentaires que  le mien seul. J'espère donc que d'autres yeux se poseront sur ces lignes gentiment déjantées.

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Joailes

Je te remercie @Eathanor mais je reste persuadée que cette façon de publier n'est pas propice aux lectures suivies ... Ce n'est pas grave. Ne sois pas envieux car cette "folie qui habite mes écrits" est difficile à contenir ! 🙂 

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Eathanor
il y a 8 minutes, joailes a dit :

je reste persuadée que cette façon de publier n'est pas propice aux lectures suivies

S'il s'avère que notre choix initial n'est pas le plus pertinent, nous n'aurons pas de difficulté à revenir dessus Jo. Mais laissons passer un peu de temps pour en juger.

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Joailes

oui, aucun problème ! 🙂 Merci de m'avoir lue jusqu'au bout ! 

Edited by joailes

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Notabene

Je viens de me lire les 5 épisodes d'un seul trait ! (à ce rythme-là, je ne vais tenter qu'une seule plume errante par jour parce que mine de rien, c'est sacrément long!!) ... et ce que je peux dire, c'est que dans le loufoque, tu excelles! Dans la globalité, ton histoire est très bien amenée, vraiment! Après, bien qu'étant fan de loufoqueries, je pense qu'il y a un chouillas trop de sarcasme mais c'est un avis très personnel et je pense que c'est le fait d'avoir lu l'histoire complète d'une seul trait qui me fait dire cela, tes épisodes étant, eux, bien dosés.

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Joailes

@Notabene  je prends toujours note des commentaires que l'on daigne me faire ... et je te remercie ! je te rassure : j'ai peu écrit de textes aussi longs ! 🙂 

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Guest

Vous voyez les amis, je trouve que chaque épisode mérite un nouveau sujet. Parce que les lecteurs ne reviendront pas forcément sur le texte mère.

Joailes, tu as une imagination débordante et ton texte est très original.

Bravo, bravo !

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Joailes

oui, j'avoue que mon imagination déborde de temps à autre 😉 Merci ! 

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