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Abid44

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Abid44

 

A celle qui me demandait si j'étais un être spécial

J'ai répondu que j'ai vécu en évitant d'être banal.

Assez belle gueule, paraît-il sans être narcissique,

Progressiste, demeuré jusqu'à la moelle classique.

 

Galopin, mi-futé mi-polisson étant jeune puceau

Sans jamais être effronté ni canaille loin s'en faut.

A 20 ans la paperasse dans un bureau où l'on me terre

Eût raison de moi, sans être soldat je partis à la guerre.

 

Le déracinement, dormir transi sur le quai d'une gare,

Un foyer d'étudiants, quelques accords de guitare.

La semaine au pain rassis, rêvant d'entrecôte et de muscadin,

Les jours de fête, à l'une des boucheries chevalines du coin.

 

Les intermédiaires avec leurs petits travaux au noir

De mon labeur j'avais juste de pas crever de désespoir.

On me saigne à blanc, mes mains sont devenues calleuses,

Plusieurs rhumes, deux bronchites, la dépression nerveuse.

 

Fallait pas oublier les études, n'était-ce pas pour ça que j'étais là ?

Dormir peu, demander le savoir, mettre les bouchées doubles,

N'en souffler un seul mot à Maman et Papa qui étaient si loin là bas

Ne jamais leur demander un sou, ne pas les mettre dans le trouble.

 

Fallait rester d'airain, garder le moral, continuer à sourire

Ne montrer mes larmes qu'à l'oreiller, subir en silence le pire.

L'année d'après je succédais à Mr. Vermont, le vieux gérant

Je devenais ainsi la nouvelle autorité du foyer d'étudiants.

 

Du temps, j'en avais à présent, fallait le mettre à bon-escient,

Avoir plus d'une corde à mon violon, revoir mes engagements.

Fonder un orchestre, monter une troupe de théâtre.

Vorace en lectures, admirer une statue en albâtre.

 

Marcher dans la foule, dans toutes les manifestations

De Bruxelles à Bruges et de Liège à Louvain, l'agitation,

Crier notre haine au racisme, notre refus de l'oppression.

 

Il y a eu certes les guerres sournoises par procuration,

L'emblématique Oncle Sam, Le méchant gendarme

Avec ses B26 de ses retranchements à Saïgon,

Arrosait Hanoï au Napalm, et ses civils en larmes.

 

Et les femmes dans tout cela ? Me diriez-vous Madame,

Elles sont toute ma vie et les défendrai jusqu'à rendre l'âme.

Je rêvais d'un monde meilleur, fallait poursuivre la contestation,

Affronter la flicaille, les canons à eau, dénoncer les persécutions.

 

Avant le Vietnam, Russes et Américains avaient testé

Leurs forces de frappe dans la presqu'île de Corée.

Trois années de guerre, près de trois millions de victimes,

Et le retour au 38ème parallèle après une partie d'escrime.

 

Dix années après Dien Bien Phu, on commençait à oublier

Qu'en 57 à Alger, Bigeard et Massu avaient installé

La baignoire aux électrodes, les interrogatoires musclés.

 

Puis, ce fût la Baie des Cochons où il fallait faire taire

Ceux qui ont déposé Batista, ces valeureux insulaires.

Affamer tout un peuple uni et solidaire derrière son héros.

Un barbu irréductible tirant sur son cigare, Fidel Castro.

 

Les rouges sous l'étendard du marteau et de la faucille,

Avaient envahi Prague sous le crissement des chenilles.

En une nuit, prît fin le rêve du socialisme à visage humain

Dubcek et ses compagnons avaient été livrés au Kremlin.

 

Pendant qu'au Katanga, Les «  affreux » de Bob Denard

Paradaient à Lubumbashi, dans leurs tenues léopard.

Avant de regagner la Métropole via l'Angola bien peinards.

 

La tâche pour les Yankees n'était pas près de se terminer,

Il restait Allende, Neruda et le Che à traquer, à immoler.

Quoi de plus aisé, ils avient déjà réussi à éliminer

Martin Luther King Jr. et Malcolm X, rien à parier.

 

Tandis qu'au Biafra en guerre, la famine s'installe

Deux millions de morts affamés ou criblés de balles.

Alors que les Herman's Hermits chantaient très allègres

« No milk today », on se taisait, c'était chez les nègres.

 

Voilà Madame, ce jeune-homme là c'était bien moi

Le volcan s'est endormi mais je garde toujours la foi.

Il n'appartient qu'à ceux qui m'ont lu ou connu

De décider si j'ai été un Homme ou un farfelu.

 

Abid HMIDA

 

  • Aimé 3

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Notabene

Superbe!
J'ai énormément aimé le rythme de ce texte, que j'imagine tout à fait en slam.


Un immense coup de coeur pour moi: une rétrospective historique et personnelle qui à mon sens, ne peut laisser insensible.

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Seawulf

Je partage le commentaire de Notabene. C'est bien une rétrospective mais qui vient affirmer ce que vous avez été et ce que vous êtes resté. Sans doute êtes-vous idéaliste, "Voilà Madame, ce jeune-homme là c'était bien moi / Le volcan s'est endormi mais je garde toujours la foi.." C'est une sorte de rétroviseur où pointe la fidélité à ses idées. Une manière d'être cohérent avec soi-même et son parcours de vie. Ce qui n'est pas toujours bien appréhendé par certains de ses proches!

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Eathanor

Ce poème au long cours, le long cours d'une vie, est magistral, tant par la forme que par ses références.

Chapeau bas Abid.

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