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Au pays d'absurdie


Joailes
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Est-on sûr de n'avoir qu'une vie ? Il me semble en avoir eu plusieurs, tant les souvenirs savent vivre en bonne intelligence pour surgir à tout moment ; venus souvent de très loin, en distillant un parfum qui, lui-même sécrète des images secrètes …

Instants jamais plus à vivre, sans doute, mais  vivants toujours quelque part, comme gravés dans l'écorce des arbres, dessinés sur le sable ou sur les sillons d'une chanson ... 

 

Jamais plus la porte ouverte et le rideau moustiquaire en tulle cousu par grand-mère avec des perles au bout sur la terrasse ocre où dansent des bambous dans les petites brises

tièdes 

jamais plus les mésanges bleues au métal de leurs trilles chantant sous l'ondée douce  ni les babines gercées à force de baisers 

Jamais plus les rires enfantins aux échos de cristal sur les marches chaudes des escaliers fauteuils ni les coquelicots sauvages aux larmes de sang perchés çà et là sur les murs endormis

Jamais plus les goûters de brunes confitures sur les nappes joyeuses au parfum de lavande

ni le baiser guérisseur sur la joue mouillée de larmes

tout s'envole et rien ici bas ne dure surtout pas l'éphémère.

L'enfance s'est enfuie sur le gravier bruyant et il n'en reste rien sauf, peut-être, tapis sous les saules,

les parfums tenaces qui remuent le cœur et ce vélo rouillé dans les ronces des premières écorchures au bon goût de mûres 

les cicatrices visibles sont restées pour souvenir des glissades éperdues sur les toboggans vertigineux de l'enfance 

les pluies ont effacé les jeux de craie jamais plus la marelle ne montera au ciel et la balançoire non plus.

Toujours, les tempêtes et les naufrages aux marées des songes ... Après le beau temps, la pluie et après tant de jours bénis comment se plaindre de la nuit noire ? 

Les petits chemins tenaces gardent encore quelques traces de pas que les vents n'ont su effacer ; des silhouettes familières ont disparu à jamais et sont toujours revenues sans qu'on les ait conviées en annonçant leur arrivée dans une odeur, un son, une vision sans âge. 

Il faut tout remettre en place pour reprendre pied dans la réalité mais en a-t-on envie, seulement ? 

La fontaine chuchote encore dans le jardin défait et envahi de ronces, de la bouche d'un ange noirci aux ailes cassées : « il ne faut jamais dire jamais »

Mais peut-on dire toujours ?

 

Dans la ronde des jours je n'ai jamais vu rien ni personne partir et revenir.

Jamais.

Quoique …

(joailes – 16 novembre 2022)

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