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Herbe


Aubussinne
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Humiliée, dérisoire ou simplement risible, vieille

âme embarquée

par la brise, le vent, l’eau, le grain, le sable, elle traîne

derrière elle, antique, une terre d’exil

et assume, lucide,

ce qu’elle est, qu’elle désire, là

où elle est, où elle dérive.

 

Sans cesse, elle suit son espoir à la trace,

s’envole, s’en emporte, s’élève, retombe,

avance, détourne, contourne, se perd, se taille

une place en survie et se meut

toujours vive.

 

Vagabonde à la ville ou au champ, le long

de la voie qui trépide ou du chemin discret,

entre les pierres anoblies ou les parpaings en ordre,

l’ardoise ou les friches d’acier,

au hasard de l’uniforme, du minéral, du propre, du tondu,

elle guette la fissure, trouve

l’ombre profonde, humide qui nourrit.

Elle prospère.

 

Sous une pluie battante, dans la fournaise,

piétinée, arrachée, elle avale

le poison, le métal lourd,

mille fois martyre,

par ses racines profondes et ses graines impatientes,

elle revient, agile et insolente, s’obstine, revient

toujours, s’installe encore.

 

Par la faim et la soif, le stérile, l’inerte, l’obstacle, l’ennemi,

farouche et sacrifiée, sans une arme,

elle se bat.

Modeste, révoltée, royale sans royaume,

dans des mondes sans nom, des lieux sans volonté,

patiente, âpre, elle prend, elle gagne.

 

En majesté, tenace, elle résiste,

jugée et mal nommée,

la folle, la mauvaise, l’invasive, la sauvage,

dérangeante, inutile,

elle balaie, bannit l’ordre établi,

échappe aux services et fuit la servitude

et jusque dans ses blessures ne se laisse retenir

ni par l’affliction, ni par le regret.

  

L’herbe salie, brisée, la putain botanique refuse

de pousser dans le rang. En l’enjambant

avide et curieuse,

elle saisit l’univers, s’en empare, en tout sens.

 

Herbe libre assoiffée de lumière, de hauteur,

dès l’aube, elle colore.

Autour d’elle, la réalité grise, lasse et morne,

noyée

dans ses dénis et ses désirs accoutumés,

se dilue chaque soir dans l’ordre commandé

et indifférent du monde.

 

Volonté, défi d’être ou vertu d’exister,

elle vit. La mort

n’arrête rien, ne l’arrête jamais,

elle prend son élan pour tout recommencer.

 

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