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Confession sur le divan : que penser de Totophe ? (1)


H. Mériadec

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Début (ou non ?) d'une série de confessions et d'anecdotes purement peu-fictionnelles. J'irai quoi qu'il arrive jusqu'au bout de Totophe. Je ne m'interdirai pas de changer certains noms si cela me paraît adéquat, ainsi que certains lieux ou périodes. Je ne sais pas ? Nous verrons bien. Toujours est-il que si fiction il y a, elle ne changera jamais le fond du propos, longue divagation qui s'éparpillera dans tous les sens comme à mon habitude lorsque je suis sobre. Avec mes mots de tous les jours, mes fautes de grammaires, parfois intentionnelles, mon langage fleuri, mes mauvaises manières et mon caractère de cochon.)

 

 

Docteurs (et doctoresses), il faut que je vous parle de Totophe. En ce moment, Totophe, c'est « mon » clodo. Avant, c'était Saïd, mais il a disparu. Petit retour en arrière.

 

J'ai sans doute un tropisme. Un fétichisme bizarre et malsain ? Toujours est-il que depuis plus d'une décennie, je passe énormément de temps (et tant par choix que par plaisir) avec les « clodos », les « clodingues », les « sans-abris », les « SDF », les « vagabonds », les « pouilleux », les « punks à iench » et autres gars ivres morts qui mendient la plupart de la journée. La résilience qu'ils ont su me donner par leur abandon total de la plupart des conventions, souvent malgré eux, est un des plus précieux enseignements que j'ai pu apprendre.

Probablement également est-ce parce que j'ai rarement été en cours depuis que j'ai commencé à sécher le lycée de manière plutôt assidue (puis la prépa, parce qu'ils m'ont rendu vraiment fou, eux) et ai toujours su me démerder en me procurant les cours la veille ou avec de bonnes intuitions en partiel (ou tout simplement car je ne voulais pas LA décevoir), ou ce genre de trucs, mais quand même, Je n'ai jamais lu que des livres que je voulais lire. In vino veritas. Infiniment plus que mes diplômes, ils ont été mes précepteurs, ce sont ces gens qui m'ont appris les choses les plus importantes (et les plus douloureuses). (*1)

Chacun son spot, on n’empiète jamais chez un autre sinon c'est la guerre. C'est une règle tacite. Pourquoi vous donnez plus facilement au mec ivre et fou qui hurle devant votre supermarché qu'à la pauvre Syrienne qui a trois enfants à nourrir et qui traîne entre deux lignes de métro où tout le monde est méga pressé ? Tout simplement parce que lui, il a un meilleur spot. Il y a une hiérarchie, des clans souterrains insoupçonnés. Et voilà pourquoi les migrants-SDF (encore pire s'ils parlent pas la langue) gagnent moins que nos bons clochards bien de chez nous. (*2)

En somme, j'ai appris à frayer parmi ces gens-là, par curiosité, par envie d'aider dans les assoc's aussi, mais également par nécessité pour ne pas vivre trop violemment et consciemment l’alcoolisme naissant et l'ostracisme causé par mes particularités (mentales, d'orientations lkopplopolitiques ou sexuelles, etc... ayant été élevé dans un milieu très catholique et moyen-bourgeois) dans mes cercles familiaux et étudiants (prépas, puis Lyon III en même temps...). En apprenti ethnologue et en quasi-fan, je tentais de m'intégrer, alors que tous savaient bien que j'étais un « étranger » toujours logé, au pire chez quelqu'un ou dans des squats très tranquilles quand mon père m'avait coupé les vivres. Et croyez-moi, ils sont dangereux. Extrêmement dangereux même. Mais pas avec vous, si vous les traitez avec dignité.

Par contre, j'ai entendu que des mecs que je connaissais s'étaient faits poignarder par d'autres mecs que je connaissais pour des raisons de racket de Kinders. Sans déconner. Des barres de chocolat, deux gars poignardés. C'est ça aussi, « la rue ». Une autre fois, il y avait eu une bagarre parce que quatre SDFs du clan de Perrache avaient voulu voler une des tentes du Serbe qui pionce sous la boucle de l'A7 Quai Gailleton, dans le terrain vague à côté duquel passent les vélos. Mauvaise idée. Je le connaissais bien celui-là, on avait bu pas mal de coups ensemble et mangé des sandwichs, je sais plus son nom mais il avait fait l'armée et la guerre en Bosnie. A chaque fois qu'on causait (ou qu'on essayait de communiquer plutôt, parce que son français était vraiment vraiment pourri, et qu'il ne connaissait ni l'anglais ni l'espagnol ni l'allemand), il finissait toujours par vouloir m'apprendre à déboîter un pouce, apparemment c'était une technique dont il était très fier. Il parlait tout le temps de l'armée, de sa fierté de soldat et en arrivait toujours à dire « la guerre », avant que son visage se ferme, qu'il reboive une gorgée et semble avoir oublié l'intégralité de notre discussion. Il a gardé ses 3 tentes, plus personne n'est jamais venu l'emmerder et personne n'a voulu parler de cette histoire à part que « ça s'est mal passé ». Ne jamais insister.

 

Les gens qui sont à la rue souffrent principalement de la solitude. Celle-ci est liée à leurs troubles mentaux, à leur alcoolisme, mais peut en être également la cause. C'est une boucle de rétroaction positive. Si vous voulez leur parler sincèrement, ils seront intarissables et bavards comme jamais. Mais ce qu'ils taisent, il ne faut JAMAIS, JAMAIS, JAMAIS, redemander.

Bref, tout ça était une petite introduction. (Fin page 1 du word)

 

*1 : A l'exception notable de mon directeur de recherche complètement dingue, dont je tairai parfaitement le nom, mais que je respecte et admire plus que n'importe qui au monde (si ce n'est ma mère et ma sœur) et qui m'a laissé faire ce que je voulais comme je voulais alors qu'il savait que j'étais en HP la plupart du temps et que je n'avais absolument rien, pas même un plan ou un début d'analyse structurée ou de statistiques deux mois et demi avant ma soutenance. Alors que j'étais en crise d'angoisse incontrôlée, il m'a appelé spontanément pour me dire : « J'ai confiance en vous. Même en deux mois et ivre, vous êtes capable de faire mieux que l'immensité des autres mémoires que l'on m'a rendu depuis mon HDR. Votre sujet est bon, vous le connaissez et n'avez pas besoin de faire beaucoup de recherches. Faîtes de votre mieux, suivez votre instinct. ». J'ai raté de très peu la mention Très Bien (et suis toujours un peu dég, même si je sais que mon travail n'était pas abouti, et certaines parties à peine rédigées). Peut-être que cet IMMENSE professeur à la vie fascinante pourrait être le fruit d'une autre confession sur le divan. Mais vous voyez pourquoi je fais des rimes de mirliton et écrivais ivre ? J'ai toujours tendance à me disperser.

 

 

*2 : qui clairement gagnent que dalle, faut pas croire que les mendiants se mettent bien, à part ceux qui ont les spots devant les églises des quartiers riches, il paraît qu'en un dimanche tu peux faire plus de cent euros. Il paraît aussi que les gens donnent de moins en moins : les « vieux » (plus de dix/quinze ans de rue, peu importe l'âge) disent toujours aux « jeunes » comme un mantra ou une légende dorée, que dans les années 80 ou 90, on te lâchait assez souvent des billets de 50 ou 100F, bien loin des quelques centimes d'aujourd'hui... Peut-être l'utilisation plus massive de la carte bleue ? Mais je me disperse encore.

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