<?xml version="1.0"?>
<rss version="2.0"><channel><title>Plume errante derniers sujets</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/forum/15-plume-errante/</link><description>Plume errante derniers sujets</description><language>fr</language><item><title>Blason meurtri</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24611-blason-meurtri/</link><description><![CDATA[<p><strong><em>                     Blason meurtri</em></strong></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    A pas d’heure</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    un bras là-haut étend le drap des ténèbres visière du malheur</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    pressés les nuages fument sur la balafre lunaire</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    au toit stupéfait la lucarne prend peur – malgré les murs verts en fleurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    bien que perles aient pâli les aréoles gonflées de pleurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    on se soulagera de silence bientôt</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    en attente le miel embaumeur coule en douce sur la litière de velours la livrée d’amour</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    on rêve d’être élu à l’élite – lanterne ameurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                    mais la main ne suit pas rien n’existe derrière – tout éternel suspend son souffle par-dessus les profondeurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   et le sang qui affleure s’affole puis meurt</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   n’est qu’offrande de vent</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   à l’oreiller des douleurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   alors la tête se cache – une grimace au cœur</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   les jambes vous lâchent aux rets d’or de vaines douceurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   on se retrouve nu – les pieds d’une incomparable blancheur</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   c’est dommage aux noirs visages</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   précipités des cavernes où la paume a hurlé</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   où est-il le temps où voletaient les oiseaux dans nos crânes sonores et serpents à plume nous jetions des sorts sur les bouches fontaines</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                  aux degrés de violence attentifs ô tavernes ô sœurs</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                  tout ce qui s’axait au nombril sans distinction de saveur</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                  puis volée de moineaux nous éparpillâmes aux quatre coins des déserts en but à de sordides guerres</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   - dors</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   va tu dors</em></p><p style="text-align:justify;"><em>                   saute animal – ta case d’argent t’attend d’éternel hiver à l’ivoire des âges d’or que nul plus n’espère.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24611</guid><pubDate>Sat, 16 May 2026 16:55:39 +0000</pubDate></item><item><title>Aux bras de ma m&#xE9;moire</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24604-aux-bras-de-ma-m%C3%A9moire/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          « Tiens ! Bonjour… »</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Je fus surpris, ce bon matin. Ma plume venait à mon chevet.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          « Eh bien, l’endormi ! Encore dans les bras d’Artémis ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          - Le sort d’Endymion n’a rien d’enviable, repartis-je, puisqu’il dort lorsque le visite son amante.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Toi, au moins, je te vois, quoique tu sois un bien étrange Protée, ma belle !</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Je ne te savais pas si blonde, les yeux si bleus.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais qui donc me figures-tu, ô muse ?</em></p><p><em>        </em></p><p style="text-align:justify;"><em>         Je mis un temps à rêver ce souvenir impromptu.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Tu ne te souviens plus ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Nous sommes au pays où les fermes ont la cheminée</em> sarrasine<em>, dans leur écrin de plaine aux champs de maïs bordés de bois charmants.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Oui, oui… Je parcourais tout cela avec ravissement. Il y avait… Pérouges, Trévoux, les Dombes et puis la rivière qui serpente du Jura et frôle la Suisse…</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Tu étais bien jeune : sept ans !</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Toi-même, mémoire, te voilà bien rajeunie, telle cette fillette que tu cherches à me rappeler, n’est-ce pas : gracieuse et malicieuse. Une charmante enfant sous le préau de l’école qui accueillait la garderie.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          C’est cela, à Viria, l’été. Regarde-moi : je suis elle !</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Vous me persécutiez au début, toi et quelques drôles. Cela vous amusait.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Oh ! cela n’a guère duré, mon joli. Je suis vite devenue gentille avec toi.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Denise ! Denise à la chevelure d’or, aux yeux d’azur !</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Tu vois que j’ai bien fait de te chauffer la mémoire !</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Oui. Quand suis-je tombé amoureux ? Avant ou après l’aveu ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Il y a le rêve, t’en souvient-il ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Elle y était malade, alitée dans un chalet. La voilà qui bondit de sa couche et se jette au-dehors en dansant parmi les vaches qui paissent. Elle pousse des cris.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          En chemise de nuit. Je ne suis pas psy, mais…, ton rêve…</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Elle est folle ! pensais-je. J’étais inquiet pour elle.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Ce n’est pas commun de se souvenir d’un songe fait à cet âge.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le clou…</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          C’est la déclaration.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Entassés devant les portes de l’autocar qui doit nous ramener à nos parents, on nous appelle à monter par ordre alphabétique. Denise est à côté de moi : « Je t’aime », déclare-t-elle avec son adorable minois. Aussitôt : « Moi aussi ! »</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Ton premier « je t’aime », dans une jolie bouche ! Veinard ! Les yeux dans les yeux.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Nous n’avions que sept ans. Tout s’est arrêté là. Que faire de plus ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Chiffre magique : tu cessais d’être petit, Poucet !</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais dis donc, moi, ta muse, te l’ordonne : pousse un peu…</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Tu veux donc que je passe du car au train de la fiction ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Ajoute dix révolutions. A dix sept ans, n’étant pas sérieux… Ne suis-je pas ton égérie prédictive ? Allons : vos langues se mêlent, vos quatre mains font connaissance, deux corps se cherchent, éblouis… Un bébé, peut-être deux ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>           Ah ! je sens la larme… C’est à ton âge – revenons au réel – que, pauvret, les beaux souvenirs font le plus rêver !</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24604</guid><pubDate>Thu, 14 May 2026 17:00:56 +0000</pubDate></item><item><title>Les Deux &#xEE;les (Sc&#xE8;ne finale)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24594-les-deux-%C3%AEles-sc%C3%A8ne-finale/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Scène finale</span></strong><span style="font-family: inherit;"> – Selkirk, Stradling, le marin, l’aubergiste, des clients</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Des clients commencent à entrer. Ils jettent un regard curieux sur Selkirk, Stradling, le marin et l’aubergiste installés à la même table mais ne disent rien et vont eux-mêmes s’installer un peu partout. Le silence reste toutefois assez pesant.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Pourquoi ? Pourquoi ? Deux fois pourquoi ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Parce que moi, je veux retrouver le M. Selkirk d’avant ! Vous aviez beau avoir votre caractère de cochon, vous étiez tout de même bon camarade et ça me manque !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Parce que, pour ma part, maintenant que j’ai toute l’histoire en tête, du moins si je puis me permettre plus de la chair vivante qu’un simple récit, je comprends le geste que vous avez eu à cause du choc que cela a dû provoquer en vous.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et pour ma part, parce que je me suis juré que plus jamais je n’abandonnerais un homme derrière moi. Beaucoup ont payé de leur mort mon orgueil et je me dois de réparer ce que j’ai fait. Vous pouvez y voir une autre forme d’orgueil, M. Selkirk, cela ne me dérange pas. Je connais vos compétences, je sais que vous ne manquerez pas de noter en moi ce… comment l’exprimerais-je ?, ce manque disons.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (à Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui, je l’avais remarqué. Dès le début d’ailleurs, dès votre arrivée, dès que nous nous sommes croisés. Mais, en cet instant, je ne sais pas pourquoi mais c’est comme toutes mes facultés me tombaient du corps et de la tête, toutes, d’un coup sec !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est votre caboche, M. Selkirk, c’est pour ça que c’est une bonne idée de la part du Capitaine de vous proposer ce retour sur votre île. Et j’espère bien en être aussi !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (au marin) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’y comptais, mon brave, j’y comptais.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (en se levant) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je vous prie de m’excuser, Messieurs, mais le commerce me réclame. M. Selkirk, je suis à vous si besoin : ma proposition tient toujours.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (le regardant pendant qu’il va voir les autres clients) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Merci, mon ami.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous êtes un chic type, M. Selkirk. Si je m’y connais en regards, je m’y connais aussi en tons et je peux vous garantir que votre phrase, là, elle est bien belle.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je plussoie. Alexander, si je puis me permettre de vous appeler par votre prénom, je sens également en vous un changement. Et c’est ce changement que je suis venu chercher. Alors, répondez-nous : êtes-vous d’accord pour que nous retournions sur votre île ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais pourquoi ? A quoi cela servirait-il ? Cette île, je la connais par cœur. Je me souviens encore de l’emplacement du premier rocher sur lequel je me suis affalé, après avoir tant et tans supplié. Et je ne vous parle pas des nombreux chemins que mes pas ont fabriqués d’eux-mêmes au sein de la forêt quand, après un an à peu près sur la plage, j’osais enfin m’aventurer dans ces ténèbres de soleil.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est votre rhétorique qui recommence à parler, M. Selkirk, ou, si vous préférez, votre œil d’expert. Vous n’oubliez aucun détail, c’est votre force… mais aussi votre plus grande faiblesse. Revenir sur cette île, parlons simplement : ce n’est pas y revenir en vous y laissant seul à méditer encore une fois sur vous-même, c’est y revenir avec vous pour y réfléchir ensemble à ce que nous allons faire. Je dis bien : « ce que nous allons faire » car, hélas, personne ne peut réparer le passé !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Revoir et revivre, M. Selkirk, c’est toujours la même question.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ce serait donc pour… réparer ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui, puisque vous appréciez les termes techniques. Mais j’ajouterais un pronom si vous le permettez : </span><em><span style="font-family: inherit;">vous</span></em><span style="font-family: inherit;"> réparer.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais je n’ai pas besoin que l’on me répare. Je suis en bonne santé, j’ai de l’aisance, j’ai une compagne qui doit d’ailleurs se demander ce que je fabrique depuis quelques jours avec ces provisions qui n’arrivent pas !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est encore votre expertise qui parle, M. Selkirk. Ce besoin de contrôle, ce besoin de compter, ce besoin de comprendre… Si je puis me permettre un autre conseil, laissez donc l’analyse de côté et regardez votre vie avec un regard de vivant.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> De vivant ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je suis bien d’accord ! J’aimerais vous voir rire un bon coup ! Avec votre tête à réveiller un mort, vous donnez pas envie de pousser bien loin la discussion !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (se saisissant d’un verre de lait de chèvre) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais je suis vivant ! J’aime ma ferme, j’aime mes chèvres, j’aime contempler la plage de l’horizon depuis mon fauteuil.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> « La plage de votre horizon » ? Je ne vous comprends pas.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est pourtant simple. Je m’installe, parfois des heures, et je regarde la plage. Vous savez bien, vous qui êtes marin, cette plage pleine d’herbes à faucher, cet horizon plein de champs à moissonner. C’est beau, cela me plaît, j’aime vivre.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Stradling et le marin se regardent un temps.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Excusez-moi M. Selkirk mais je crois que notre discussion vous fait plus de mal que de bien. Je vous propose de reprendre cela plus tard, à tête reposée. Je suis déjà en tort de ne pas être parti ce matin avec mon navire, je peux bien être en tort d’être encore en retard d’un jour ou deux. Je mentirai à l’Amirauté… et cela nous permettra de rediscuter.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Une cloche de navire résonne. Personne ne l’entend sauf Selkirk qui réagit vivement.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (se levant avec force) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Entendez-vous ? La cloche des </span><em><span style="font-family: inherit;">Cinq Ports</span></em><span style="font-family: inherit;"> nous appelle !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Tout le monde regarde Selkirk avec des regards d’incompréhension. Stradling lance un regard en direction de l’aubergiste.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne comprends pas ! C’est la première fois que je le vois dans un état pareil ! Et les habitués de mon commerce pourront le jurer !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (se levant et se mettant à la hauteur de Selkirk) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alexander, qu’avez-vous ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Moi, ce que j’ai ? Mais je vais bien, je vais même très bien ! La cloche sonne, c’est l’heure du départ ! Le navire est là, brillant sous le soleil, ses voiles gonflées sous le vent comme un bébé joufflu ! Le gouvernail est solide, je le sais car j’ai fait mon inspection avant le départ, hier au soir ! Tout est paré, mon Capitaine : nous sommes prêts pour le départ ! Il faut venir, mon Capitaine, il faut venir ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il saisit les mains de Stradling qui ne bouge pas.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Nous allons rater la marée, l’avez-vous oublié ? Vous venez vous-même de dire que vous alliez mentir à l’Amirauté mais ce n’est pas bien, mon Capitaine ! Si vous souhaitez que nous discutions, ce sera avec plaisir… mais sur le pont ! Partons, oui, partons ! Ô Mer, comme je t’ai attendue ! Je me suis toujours défini comme un fils de la terre mais tu m’as adopté, en bonne mère que tu es, protectrice pour tes petits même quand ils subissent une tempête ! Et si nous faisons naufrage, tes eaux nous emporteront sur la plus belle plage que je n’ai jamais vue ! Je l’ai tant contemplée, cette plage ! Je l’ai tant discuté, cet horizon ! « Du bateau ! Oh ! Du bateau ! » Telles étaient les paroles que j’ai plus d’une fois prononcées ! Il ne faut plus que je les prononce, elles me font mal : alors je pars. Tant pis si vous ne me suivez pas mais je pars ! Adieu, Thomas !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (tentant de le retenir) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alexander…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Selkirk fait le tour des tables de la salle, essayant d’entraîner avec lui les autres clients. Certains ne disent rien, d’autres le repoussent. Il finit par sortir en courant. Le silence dure un peu après son départ.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ce n’est sans doute pas le moment mais je crois que nous ne le reverrons pas.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mon Capitaine, si c’est pas trop indiscret, vous qui avez gardé contact avec nous autres, on est encore combien de 1704 ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je dois vous avouer que je vous ai menti. Les contacts… n’existent plus. Nous ne sommes plus que deux… </span><em><span style="font-family: inherit;">(en regardant la porte d’où est sorti Selkirk)</span></em><span style="font-family: inherit;"> mais je pensais trois.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (après un temps) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous savez mon Capitaine, y’a des gens, ils quittent jamais leur île.</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Rideau</span></strong></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24594</guid><pubDate>Wed, 13 May 2026 16:00:06 +0000</pubDate></item><item><title>Journaliste improvis&#xE9;e</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24591-journaliste-improvis%C3%A9e/</link><description><![CDATA[<p></p><p>Ce matin, alors que je revenais du lavoir, ma bassine sous le bras, j'eus la surprise de voir Prudence et Elmer Desureté, rédacteurs en chef de la gazette locale, en train d'agiter la cloche de mon portail, l'air plutôt désemparé.</p><p><em>- Ah te voilà !</em> rugit Elmer, soulagé, et faisant preuve d'une grande sagacité.</p><p><em>- Oui, c'est bien moi,</em> répondis-je, <em>que se passe-t-il ?</em></p><p><em>- Figure-toi qu'Amandine Ozor est malade !</em></p><p><em>- Et alors ?</em></p><p>Ils se mirent à parler tous les deux en même temps et je ne compris rien, tout d'abord.</p><p>Je les fis asseoir dans le jardin et tandis qu'ils essuyaient gentiment la bave du chien Démonstratif, j'allai chercher du café et quelques biscuits afin d'apaiser quelque peu leur esprit.</p><p>Prudence prit la parole :</p><p><em>- Oui, Amandine est malade, et nous n'avons rien à publier, c'est elle qui s'occupe des reportages dans la région. Ne pourrais-tu la remplacer quelques temps ?</em></p><p><em>Tu nous sauverais la vie !</em></p><p><em>- Vous savez, le festival de Cannes et tout le tralala je n'aime pas trop ça.</em></p><p><em>- Tu as carte blanche, </em>me dit Elmer en se tordant les hanches.<em> Il nous faut du sensationnel !!</em></p><p>Les voyant suspendus à mes lèvres, attendant ma réponse, je sus à cet instant précis que j'allais encore m'embarquer dans un truc de folie.</p><p><em>- Très bien</em>, dis-je, <em>je vais faire mon possible.</em></p><p>Ils m'embrassèrent avec chaleur et finirent les petits beurre, puis repartirent sur leur cyclomoteur.</p><p>C'est ainsi que je dus faire démarrer à la manivelle ma vieille camionnette, sans aucune idée derrière la tête.</p><p>Démonstratif, heureux de mettre sa truffe au vent, me fit les mêmes yeux que Prudence et Elmer auparavant.</p><p></p><p>J'arrivai devant le manoir du Comte Philémon Banylon, mort d'une étrange maladie dans les années quatre-vingt dix.</p><p>Curieusement, les grilles étaient grandes ouvertes et de toute évidence on y donnait une fête.</p><p>Des gens, pour la plupart vêtus de peaux de bête, faisaient des galipettes ou dansaient le cha-cha-cha tandis qu'un orchestre de chats jouait du hautbois et de la clarinette un air que je ne reconnus pas, mais fort entraînant.</p><p>Ils ne firent pas attention à moi, je pris nombre photos et même une vidéo.</p><p>Dans une des dépendances, je surpris des canards en train de s'accoupler avec des canes.</p><p>Je sifflai Démonstratif qui en avait profité pour voler un rosbeef.</p><p>J'avais mon article.</p><p>Rentrée à la hâte dans mon cottage, en nage, j'écrivis ce qui suit :</p><p><br></p><p><strong><em>Festival de canes au manoir du Comte Philémon Banylon</em></strong></p><p><br><em>Note de la rédaction :</em></p><p><em>Cette année, nous ne pourrons pas couvrir le festival de Cannes, notre grande journaliste Amandine Ozor ayant contracté une allergie sans doute dûe au pétrichor, est remplacée à main levée par Joailes dont ce n'est pas le métier, aussi, indulgents soyez !</em></p><p><br></p><p><em>Oyez braves gens, à deux pas de chez vous, figurez-vous que le manoir abandonné du pauvre Comte Philémon Banylon vient d'être repris par une famille de gens sans histoire, sans doute issus de la préhistoire et qu'ils s'adonnent à des orgies ....</em></p><p>Là, je collai mes photos pour alléger le poids des mots.</p><p>Quelques retouches, et hop ! j'envoyai le tout à mes amis Prudence et Elmer, espérant sincèrement que ça les tirerait d'affaire.</p><p><br></p><p>Je ne reçus pas de réponse et je dormis assez mal cette nuit-là, en plus c'était la pleine lune et Démonstratif avait pris possession de mon matelas acheté à prix d'or au château d'If , où avait dormi le Comte de Monte Cuistot, fameux cuisinier dont le talent tardif m'avait fait rêver et avec qui je m'étais liée d'amitié ; nous échangions nos recettes.</p><p>Je me suis allongée dans le jardin, sur une botte de foin.</p><p>Je ne sais pas si je l'ai imaginé, mais il me semblait entendre dans le lointain le son de la clarinette.</p><p></p><p>J'ai dû dormir un peu, d'un sommeil agité et c'est le facteur qui m'a réveillée en me lançant la gazette.</p><p>Tout de suite, le titre en gras et en italique fit tilt dans ma tête. Mon article était paru !</p><p></p><p>Le facteur, ce brave Salim Cezongle, descendu de son vélo, me donna l'accolade et je vis de plus près sa moustache et la tache de café qu'il avait sur le dos.</p><p>Démonstratif aboyait comme jamais et je vis tous les voisins, en file indienne, se diriger vers le manoir du Comte Philémon Banylon, vêtus de peaux de bête, fumant des calumets.</p><p>Aujourd'hui, le courrier aurait du retard, mais tout le monde s'en foutait, ils voulaient tous voir le fameux manoir.</p><p>Quand Salim enfourcha <em>aussi</em> son vélo, je montai dans ma camionnette, consciente du fait qu'il fallait un nouvel article pour la gazette ...</p><p>Toujours sans idée préconçue, je partis en sens inverse.</p><p>Démonstratif, la truffe au vent, me fit un clin d'œil.</p><p><em>- Je connais un endroit qui pourrait te plaire</em>, me dit-il, et il prit le volant en allumant sa pipe qui sentait bon l'amsterdamer.</p><p>Bercée par les ornières je m'endormis en confiance, et lorsque j'ouvris les yeux, je compris avec satisfaction que j'avais matière à l'article suivant.</p><p>Brave et fidèle compagnon, tellement intelligent !</p><p>En rentrant, je remplis sa gamelle de boulettes à l'airelle dont il est très friand et tandis que je m'apprêtai à écrire, il vint me lécher la main.</p><p>Démonstratif, sans toi, je ne serais rien !</p><p><br></p><p>(joailes -) 11 mai 2026 - 22h 30</p><p><br></p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24591</guid><pubDate>Mon, 11 May 2026 20:30:13 +0000</pubDate></item><item><title>Les Deux &#xEE;les (III, 3)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24589-les-deux-%C3%AEles-iii-3/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Scène 3</span></strong><span style="font-family: inherit;"> – Selkirk, Stradling, le marin, l’aubergiste</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (bâillant, tout en ayant un air amusé quand il aperçoit les trois hommes à table) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais c’est que vous êtes bien matinaux, tous autant que vous êtes ! Bonjour mon Capitaine ! Bien le bonjour Monsieur l’aubergiste ! Salut M. Selkirk !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je n’ai même pas le droit à un peu de politesse ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (à Selkirk) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Faut pas m’en vouloir, Monsieur le navigateur, mais j’ai comme dans l’idée que notre petit retour dans le passé vous a pas plu ! Attention : quand je dis ça, c’est pas pour hier ! Oh que non : c’est pour ce que je vois sous les yeux ! Trois hommes à table comme si c’était un cercle des Enfers ! Vous avez de cette rigidité, c’est pas possible ! Faut apprendre à vous détendre, vous savez !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (souriant) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je reconnais bien là mon vieux compagnon.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (souriant malgré lui) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je dois reconnaître que sous ses airs de fanfaron, ce marin a le discours juste.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (tout en fixant le marin) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je suis d’accord avec vous sur deux points : il est vieux et il fanfaronne. Quant à la justesse, je demande à voir.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (prenant une chaise pour se mettre à côté de Selkirk) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est parce que vous et moi, nous avons pas la même idée de la justesse ! Vous, votre justesse, elle s’arrête à avoir le compas dans l’œil ; moi, la mienne, elle pique là où ça fait le plus mal.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je reconnais que notre conversation d’hier m’a quelque peu décontenancé. J’ai eu aussi mes moments de faiblesse : après tout, la nostalgie, ça peut vous user un homme aussi bien qu’une lame de scie coupe du bois. Mais, contrairement à vous Monsieur le marin, je ne me laisse guère aller à mes émotions et contrôle mon comportement autant que je le puis.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et moi je crois que c’est pas une bonne idée que vous avez là.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et pourquoi donc ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Parce que le passé, c’est ce qui nous construit notre présent ! Voilà la bonne vieille sagesse populaire dans la bouche d’un pauvre marin qui va bientôt repartir briquer les ponts ! </span><em><span style="font-family: inherit;">Les Cinq Ports</span></em><span style="font-family: inherit;">, M. Selkirk, c’était un très beau navire et vous aviez raison et nous avions tort, c’est entendu ; mais ce navire, à l’heure où je vous cause, à l’heure où on vous cause nous tous, trois idiots à vouloir faire avancer un âne, il est au fond de l’eau pour une moitié et pour l’autre moitié… j’en sais rien et je m’en moque ! Alors, je vois bien que vous vous demandez où je veux en venir avec toutes mes histoires car c’est vrai que j’ai pas la parole facile comme vous mais je vais essayer d’être clair, d’être tranchant puisque c’est comme ça que vous faites depuis qu’on s’est tous retrouvés : votre passé, il s’est détruit et votre présent, vous le détruisez aussi ! Voilà : je suis clair, maintenant ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’ai une ferme que je tiens à merveille. Mes chèvres me donnent du lait, mon blé se vend comme il faut.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui… et que voulez-vous que ça me fasse ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (élevant la voix) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Pardon ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je me souviens de votre dispute avec le Capitaine au sujet de l’état du navire, surtout du gouvernail : un moment pareil, ça s’oublie pas ! J’ai pas non plus oublié notre attitude à tous quand vous nous avez appelés à la mutinerie mais qu’on a pas voulu répondre ! On aurait dû, mes excuses mon Capitaine ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Stradling hoche de la tête.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Mais je me souviens aussi que vous aimiez beaucoup parler de la terre car vous en venez, pas comme nous deux, le Capitaine et moi. Alors, M. Selkirk, il va peut-être falloir arrêter de jouer l’opposition entre la terre et la mer parce que moi, ça me gave ! Tiens, je vais me faire poète : la mer, c’est que le prolongement de la terre, un peu comme un bras qui prolonge le corps ou le corps qui prolonge la tête. Vous voyez ce que je veux dire ? On est tous à deux pas de la Tamise, vous voulez qu’on sorte pour regarder, vous qui avez l’œil si expert ? On verra quoi ? De la terre d’abord et de l’eau ensuite ! Vous voulez que je vous la fasse dans l’autre sens ? Eh bien on verra d’abord de l’eau et de la terre ensuite ! Ça s’appelle le monde, M. Selkirk, et c’est tout. Vous y pouvez rien et nous non plus, d’ailleurs !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je gère ma ferme depuis mon retour de… l’île. Je l’ai rachetée pour une bouchée de pain mais je l’ai reconstruite, tout seul !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Bravo à vous ! Et je dis ça sans malice, croyez-le ou non ! Mais si un gars intelligent comme vous, avec les talents qu’il a, peut réussir à faire repartir sa ferme, son moulin, ses chèvres et ce que je sais quoi encore, il peut bien faire repartir sa sale petite caboche toute cabossée, non ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ne dépassez pas les bornes.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais M. Selkirk, c’est vous qui les dépassez, pas moi ! Quand je parlais de vous devant Monsieur l’aubergiste, qu’est-ce que je disais de mal ? Vous pouvez me le dire ? Et vous arrivez, droit comme un poteau, et vous me lancez sans me regarder ou si peu « Quatre ans, quatre mois, quatre jours » ! Un vrai métronome que vous êtes ! Faudrait vous utiliser comme sextant, vous seriez plus utile !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’ai rajouté « pour être exact ».</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (riant) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ciel ! Mais c’est qu’il irait me donner le fouet ! Et c’est vrai parce que vous avez rajouté juste après : « Cela vous rapproche-t-il de trois, de quatre ou même de cinq ans ? » Je me trompe ou pas ? </span><em><span style="font-family: inherit;">(Selkirk détourne le regard.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Pardi, j’en étais sûr ! Il est tombé dans le piège comme une sardine qu’il est ! Il ne vous faut pas la phrase exacte, M. Selkirk, il vous faut le dernier mot et ça, vous ne l’aurez jamais : personne ici l’aura jamais !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Il a raison… Alexander.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je suis également d’accord… Monsieur le navigateur.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (pensif) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> La mémoire, n’est-ce pas ? Ma mémoire se veut exacte, elle l’est d’ailleurs, mais elle reste… ma mémoire.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui M. Selkirk : la mémoire, chez vous, elle reste, c’est tout votre problème. Je vous en veux pas, vous nous aviez prévenus et c’est nous qu’avons pas écouté ! Mais on a su passer à autre chose ! Et je vais continuer puisque, décidément, je me sens l’âme poétique ce matin : un petit voyage au grand air, je pense que ça vous ferait le plus grand bien, peut-être même un retour sur votre île, pour de vrai, pas dans le passé comme on a fait tous les deux : un vrai voyage, avec le vent, avec les voiles, avec les embruns, avec tout, quoi !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (au marin) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est ce que je proposais.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (surpris) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oh ? Alors moi aussi je peux être capitaine !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (souriant et lui saisissant la main) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous l’êtes déjà dans mon cœur.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Merci.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je suis très touché par cette effusion de bons sentiments mais j’ai du travail qui m’attend à la ferme. Pour reprendre votre poésie, Monsieur le marin, une ferme est comme un navire : elle doit filer elle aussi, sous le coup du vent également, parce que les éléments ne lui font pas de cadeau.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je comprends. Mais vivre avec vos chèvres, c’est pas comme un peu vivre sur votre île ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne vis pas seul.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (en regardant l’aubergiste) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui, c’est ce que j’ai cru comprendre. Mais ça vous aide vraiment, d’avoir cette compagnie-là ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne vous permets pas de parler de ma compagne de cette manière.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne cherchais pas à être grossier, c’est mon langage à moi, c’est tout. Mais si vous tenez vraiment à y retourner, dans votre ferme, allez-y : moi, je vous retiens pas ! Par contre, je crois que c’est toujours une bonne idée qu’avant de reprendre la route, vous fassiez une petite escale sur votre île, la vraie. La revoir vous permettrait de l’oublier.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je m’assurerai qu’en votre absence, votre compagne ne manque de rien.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et je couvrirai les frais pour que votre ferme n’en pâtisse pas.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Pourquoi ? Pourquoi ? Quand je me répète, ce n’est pas une faute. Pourquoi faites-vous cela pour moi ? Et pourquoi devrais-je accepter de le faire avec vous ?</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">A suivre.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24589</guid><pubDate>Mon, 11 May 2026 16:05:02 +0000</pubDate></item><item><title>Le Petit B&#xFB;cheron dans la bo&#xEE;te &#xE0; chaussures [Deuxi&#xE8;me partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24583-le-petit-b%C3%BBcheron-dans-la-bo%C3%AEte-%C3%A0-chaussures-deuxi%C3%A8me-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Le petit Bûcheron dans la boîte à chaussures</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">Récit fantastique</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Deuxième partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">- Mais c’est invraisemblable, petit bûcheron de carton ! Je suis employée à la banque Richard &amp; Dixon, en tant qu’employée zélée et reconnue. J’ai toujours détesté la fantaisie et la fainéantise. Quant à l’imagination, parlons-en. C’est l’alibi des paresseux et des profiteurs, qui veulent faire travailler les autres à leur place. Et puis j‘ai déjà trois ans d’ancienneté dans mon emploi, je ne suis pas une fée de carnaval !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Euphony, bouleversée, était très en colère. Le petit bûcheron leva une main minuscule pour l’apaiser.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Pas encore, mais cela viendra, le carnaval, jeune dame. Bon, allez, laissez-moi travailler, à présent, je dois penser à couper du bois pour l’hiver. J’ai à faire.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La petite créature, imperturbable, reprit son travail, la scie à la main. Euphony, pour sa part, était parfaitement incrédule. Que signifiaient toutes ces révélations ? Des signes, des trouvailles, des rencontres à venir ? Elle commença à craindre pour sa raison puis ses yeux se posèrent sur le petit bûcheron qui, bien sage dans sa boîte, avait repris ses activités de bûcheronnage. Il disposait ses bûches en réduction deux par deux, avec soin, sur le sol de la clairière où il s’activait. Comme il était charmant, en fait, si sage et si déterminé ! Que d’application et de concentration pour un résultat quasi nul : des bûchettes de quelques millimètres de long.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Mais tout cela semblait tellement authentique, vrai et profond, constitutif d’une autre réalité que la réalité… Le petit bonhomme anticipait avec sagesse les rigueurs de l’hiver, voilà tout. D’autres valeurs que les valeurs du monde soi-disant réel lui étaient donc à présent proposées. Euphony réalisa à quel point le courage obstiné du petit travailleur dérisoire l’émouvait. Elle réfléchit profondément. Elle avait refermé le couvercle de la boîte à chaussure sur le bûcheron de papier, comme il le lui avait demandé.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Voilà qu’elle réalisait qu’une voie nouvelle s’ouvrait à elle, et qu’elle avait le choix : ignorer le message de l’Autre Monde, qui s’était exprimé par le truchement du minuscule bûcheron, et reprendre le cours de sa vie ordinaire à la banque, en refusant l’irrationnel. Ou devenir fée à son tour, prendre la suite de sa tante, assumer son héritage, son véritable héritage. Et garder la grande maison de feue tante Clara. Elle devinait que les rencontres étranges se multiplieraient, à présent, et que ses pouvoirs allaient augmenter de jour en jour.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La jeune femme hocha la tête. Elle avait choisi. Elle quitta le sous-sol, en prenant soin d’éteindre la lumière. Elle entendait le petit bûcheron chantonner dans sa boîte :</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:center;">Scie, cloue, cogne,</p><p style="text-align:center;">Dans la forêt du temps,</p><p style="text-align:center;">Il n’est pas de silence,</p><p style="text-align:center;">Pour les oiseaux seconde,</p><p style="text-align:center;">La minute est sciure</p><p style="text-align:center;">Et la branche retombe</p><p style="text-align:center;">Avec elle dans le noir.</p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:center;">Scie, cloue, cogne,</p><p style="text-align:center;">Dans la forêt murmure,</p><p style="text-align:center;">Le soleil s’est sauvé,</p><p style="text-align:center;">Il a laissé là-haut</p><p style="text-align:center;">Ses boutons de culotte,</p><p style="text-align:center;">Et sa ceinture dorée</p><p style="text-align:center;">En étoiles de Lune.</p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:center;">Scie, cloue, cogne,</p><p style="text-align:center;">Dans la forêt profonde,</p><p style="text-align:center;">Demain il fera jour,</p><p style="text-align:center;">Dors à présent mon cœur,</p><p style="text-align:center;">Les anges vont passer</p><p style="text-align:center;">Pour t’apporter ici</p><p style="text-align:center;">Mille songes étonnés.</p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">Euphony remonta au salon. Elle se sentait bizarrement heureuse, toute légère, elle n’avait plus peur, bien au contraire. Sa décision la remplissait de joie. La jeune femme s’installa confortablement dans le grand fauteuil en cuir du salon, là où sa tante avait l’habitude de se reposer. Elle était maîtresse à bord, maintenant, et naviguerait à son tour gaillardement sur les flots de l’Étrange. Non, elle ne vendrait pas la grande maison, elle allait au contraire la meubler à son idée, la rendre encore plus joyeuse, lumineuse et accueillante. Et elle donnerait très vite sa démission à la banque.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Elle savait que l’Autre Monde avait tout prévu. Et elle n’avait pas tort. Elle trouva en effet sur la table basse à côté du fauteuil de sa parente une grappe de raisins d’or fin. Ce merveilleux bijou valait sans aucun doute une fortune. C’était à l’évidence un cadeau d’accueil du Monde Magique. À la bonne heure ! Elle pourrait désormais se consacrer à ce qui avait véritablement du sens à ses yeux : aider et protéger les faibles et les enfants démunis, comme sa tante l’avait fait pour elle. Et bientôt viendrait l’heure des enchantements…</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">FIN</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24583</guid><pubDate>Sun, 10 May 2026 13:22:53 +0000</pubDate></item><item><title>Le Petit B&#xFB;cheron dans la bo&#xEE;te &#xE0; chaussures [Premi&#xE8;re partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24582-le-petit-b%C3%BBcheron-dans-la-bo%C3%AEte-%C3%A0-chaussures-premi%C3%A8re-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Le Petit Bûcheron dans la boîte à chaussures</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">Récit fantastique</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Première partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:justify;">La tante Clara avait veillé sur les jeunes années d’Euphony sans jamais s’impatienter. La pauvre orpheline avait perdu trop tôt ses parents et sa parente s’était dévouée pour s’occuper d’elle. Clara n’avait pas d’enfant, un petit chien malicieux avait remplacé pendant plusieurs années toute la progéniture que le destin ne lui avait pas accordé. Elle était veuve et, déjà âgée et bien solitaire, s’était réjouie de l’arrivée de sa nièce dans son foyer, après le terrible accident de voiture qui avait coûté la vie à ses parents.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La petite fille s’était révélée assez turbulente au départ mais l’indulgence de sa parente l’avait calmée rapidement. Les années avaient passé sans heurt, l’enfant était devenue adolescente puis adulte responsable, elle travaillait dans une grande banque au terme d’études sans histoires. Et, en ce triste jour de juin 2022, la pauvre tante Clara avait rendu son âme à Dieu. Euphony était bien désolée de perdre celle qu’elle considérait depuis longtemps comme sa véritable mère. Elle s’était chargée des obsèques de sa tante et avait versé bien des larmes auprès de sa tombe, dans le cimetière ombragé de Montebello.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">C’est mardi 16 novembre, dans la brise âpre de l’automne, que la jeune femme s’était finalement décidée à remettre de l’ordre dans la maison de sa tante. Il fallait tout nettoyer, tout vider, et sans doute, mettre en vente. Unique héritière de la vieille dame, elle ne souhaitait pas préserver son héritage. Chaque souvenir dans cette grande maison lui broyait le cœur de chagrin. Euphony explora néanmoins les lieux du sous-sol jusqu’au grenier, tout en briquant énergiquement. Dans la cave, elle tomba sur un objet bien mystérieux : une boîte à chaussure d’où montait un bruit assez bizarre, comme celui d’une petite scie.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Euphony, fatiguée par le gros ménage auquel elle s’était livrée, prit néanmoins la peine de soulever le couvercle en carton. Quelle surprise ! Un petit bonhomme d’une dizaine de centimètres levait vers elle des yeux étonnés. La jeune femme aperçut autour de lui, dans la boîte, éclairé par la lampe de la cave, tout un décor forestier en miniature. Il était là, debout, une scie à la main, sous un arbre minuscule, et travaillait dur pour couper une branche rebelle. Le bûcheron mystérieux s’adressa immédiatement à cette paire d’yeux immenses qui le regardaient avec beaucoup de curiosité et, il faut bien le dire, de stupéfaction.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Madame ! Bonjour à vous ! C’est plein de courants d’air maintenant. Et puis, votre lumière électrique m’éblouit. Vous pourriez rabattre un peu le couvercle, s’il vous plaît ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Euh… Bonjour, jeune homme.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Euphony voulut se pincer pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Que lui répondre ? La situation était incroyable. Elle décida d’être la plus franche possible.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Vous êtes donc bûcheron ? Dans une boîte à chaussures ? C’est un peu étrange, vous ne trouvez pas ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le travailleur minuscule lui répondit du tac au tac, avec sa petite voix perçante.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- C’est votre monde de faux-semblants qui est étrange, et pas qu’un peu ! Bon, je vois que vous êtes perdue. Je vais vous expliquer. Vous êtes la nièce de Clara, n’est-ce-pas ? Elle m’a parlé de vous. Elle savait que vous me trouveriez au fond de la cave. Voilà, c’est fait. Cette maison n’est pas une maison ordinaire. Et votre tante n’était pas une dame ordinaire. Elle était fée du pays d’Outre-Monde, grade Feuille d’Or de huitième catégorie, Rubans et Dentelles de Feuillage. Elle vous l’a caché pour ne pas troubler votre insertion dans le monde dit « réel ». Mais il est temps maintenant qu’elle a disparu que vous accédiez à la Connaissance.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- La… Connaissance ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Oui. Vous allez lui succéder. Oh ! ne faites pas cette tête-là. Cela viendra progressivement. Heure après heure, jour après jour. C’est votre destin, de toute éternité. Des signes, des trouvailles, des rencontres. Le monde magique viendra à vous pour vous accueillir. Et vous occuperez alors la place qui vous revient : comme votre tante, fée du pays d’Outre-Monde, grade Feuille d’Or de huitième catégorie, Rubans et Dentelles de Feuillage.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">(<em>À suivre</em>…)</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24582</guid><pubDate>Sun, 10 May 2026 13:18:47 +0000</pubDate></item><item><title>&#xCA;tre en jet&#xE9;e ou le Chaffou.</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24570-%C3%AAtre-en-jet%C3%A9e-ou-le-chaffou/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Des bouches bleues des œillets coulaient autour des bras rouges des rubans flamboyants qui parsemaient la cheminée de leurs fulgurances diaprées, ensemençant les champs diversement fleuris de couleurs qui rosaçaient le hall de leurs réseaux lâches et mélancoliques, au point que c’était une pluie prismatique de chaudes lueurs à ruisseler sur le cœur qui battait sous chaque lien de lierre luisant d’émeraude. Une grosse bougie grenat, posée près d’une fleur de pavot éclatait d’une lumière vif orange. C’était un concert de candélabres et de chandelles, chorégraphie de flammes bleues, jaunes, blanches, vertes et roses qui léchant les murs, enivrèrent merveilleusement toute conscience voletant par là.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Alors apparut un fantôme en blouse blanche. « Bon, eh bien, où sont les nougats ? » entonna-t-il d’une voix forte-z-et railleuse. Le maître d’hôtel, du haut du plafond, lui répondit – bien entendu, il avait, à son habitude, noué un cigare de fennec autour de son cou – : « Monsieur n’a qu’à commander. Les désirs de Monsieur font désordre et la-la-li. » C’était trop tard, car le fantôme venait de se rompre le cou, ce qu’il comprit à son air contrit. « Bleues les rages des losanges du saphir mou dans le ciel bleu ! » ajouta-t-il en guise d’épitaphe.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Au chapitre II, nous voyons le spectre se révéler dans les dessous de tables mises à l’enchère en dépit des jachères, pendant que la Rousse fait des slaloms dans son album photos (ce qui a toujours pour effet de la porter aux combles de la félicité sans escalier). L’horloge, jugeant cela sans aménité, avait fermé ses volets de résine sapinée. Et moi, savez-vous, je saluais ses petits pieds d’albâtre en albatros galant. La chose était plus capiteuse que tous les vins d’Italie et d’Espagne versés en godets d’argent de Sixmanie, le soir des noces des rois de cœur et des Folles d’Ossidou.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Or, le Chat trônait par-dessus les coussins de Champagne et récitait des rêves bleus mordorés. Le criquet, quant à lui, faisait feu de tout bois. Et moi, je comptais les incandescences folettes au feu de mes genoux. Les cierges laissaient paraître des mains transparentes qui permettaient, clandestines, de se vérifier vivant. Gouttaient les étoiles du plafond de bois chaud, tandis que la chevelure d’ébène m’enveloppait le ventre, et je cueillais au verger chatoyant la fleur sucrée de courses pantelantes. Des flots d’or me titillaient la tête où résonnaient les cloches d’une contrée assagie en laquelle on fêtait une éternelle Noël.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Enfin, je constatai, preuve tenante et éphémère, que corps, cœur et âme étaient devenus indistincts, à l’instar du branle pérenne de ces coquins de quarks plus folâtres que perce-neige, et je criai, plein de défi, que qui ne me croirait pas n’avait que bran dans le chef.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Et toc.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24570</guid><pubDate>Fri, 08 May 2026 17:38:56 +0000</pubDate></item><item><title>De bas en haut</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24569-de-bas-en-haut/</link><description><![CDATA[<p></p><p></p><p>Sous le néon bleu qui grésille comme un insecte mourant, je suis assise sur une banquette en skaï craquelé, au fond du café de la gare dont le plafond accuse vingt-trois taches d’humidité (je les ai comptées).</p><p>J'ai commandé un expresso qui a mis du temps à venir malgré son nom, le serveur semble débordé et il ne doit pas comprendre l'italien ; il me propose une corbeille de croissants et j'en prends un, le moins brûlé.</p><p>Il me demande <em>vous voulez un peu de lait ?</em></p><p>J'ai envie de lui dire que j'aurais commandé un crème, si tel était mon désir, mais je me contente d'un geste expressif de la main qu'il capte fort bien.</p><p>Il s'éloigne et l'on entend siffler le train.</p><p>Je regarde autour de moi, j'aime bien observer le peuple et je gribouille dans mon carnet quelques réflexions qui me viennent à l'esprit.</p><p>Je me souviens qu'il n'y a pas si longtemps que cela, la plupart des voyageurs lisait le journal, certains poussaient l'outrecuidance à se parler en attendant leur train !</p><p>Aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir, chacun a le nez sur son téléphone qui remplit toutes fonctions.</p><p>Le décor est quelque peu décevant, l'inspiration me fuit.</p><p>Je commande une orange pressée, par respect pour tous ces gens qui le sont aussi, qui s'accordent des pauses écran sans répit.</p><p>Le serveur est plus rapide cette fois, il me propose un second croissant, je vois bien qu'il n'a aucune considération pour ma ligne ; il a peut-être une prime chaque fois qu'il vide la corbeille.</p><p>Dans une volière, près du comptoir, s'égosillent des bengalis dont le ventre orange met un peu de gaieté dans ce décor sans joie.</p><p>Le café de la gare a perdu son pouvoir, tout est en cage et j'ai un sérieux coup de blues.</p><p>Une femme en blouse vient passer la serpillère, un enfant a renversé sa grenadine et sa mère, en gabardine, le réprimande doucement tandis que le serveur ne peut réprimer un regard désapprobateur.</p><p>J'entends le sifflet du chef de gare, quelqu'un joue du piano.</p><p>Je note qu'un clochard se confond sur le trottoir sale et gris, que ça sent la pisse et l'ennui, le vieux graillon et l'œuf pourri.</p><p>Je règle mes consommations, voici venir l'heure du sandwich au jambon-cornichon et de la bière, à vue de nez il ne doit pas être loin de midi, j'ai besoin d'air.</p><p>Je sors de mon sac mon boîtier magique et me téléporte tout en haut de la colline, sous les oliviers.</p><p>Le soleil m'accueille, me serre dans ses bras.</p><p><em>Mais quel besoin as-tu d'aller en bas ?</em> me demande-t-il, voyant ma mine déconfite.</p><p><em>C'est pour étoffer mes histoires, dire des choses que je n'ai pas encore écrites, voir ...</em></p><p><em>et puis regarde ! J'ai ramené des bengalis au ventre orange !</em></p><p>Et le soleil sourit et danse sur mes yeux qui ont trop vu ; je n'ai jamais vouvoyé quelqu'un en tutu qui fait des entrechats sur mes paupières déçues.</p><p>Il me caresse et j'oublie ma tristesse et ma déconvenue.</p><p>Un jour, je n'écrirai plus ce que j'ai vu ; je n'irai plus <em>"en bas" </em>sous les néons d'un monde las, je n'irai plus là-bas et le café de la gare ne se souviendra pas de moi.</p><p>Moi non plus.</p><p>Ce matin là, pourtant, le soleil avait disparu ; il pleuvait dru et les oliviers tout argentés n'étaient pas aussi tristes qu'un matin sur le quai, où un pianiste s'évertuait à consoler des bengalis enfermés.</p><p><br></p><p><em>(joailes -) 7 mai 2026 - 23h 36 </em></p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24569</guid><pubDate>Thu, 07 May 2026 21:36:14 +0000</pubDate></item><item><title>Faim de tout</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24565-faim-de-tout/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le château a les volets clos.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Il fut tant et tant mis en siège dans les rêves qui traversèrent mon enfance !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Les bals des contes de ma jeunesse ne s’y donnent plus au parquet des galeries, ne résonnent plus les bottes au marbre du perron et les balcons dorment en toute sérénité.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          J’enjambe les buissons, franchis les jachères. Par ce petit chemin, on quittait la poterne. Sous la voûte de l’office, reposait dans son fer blanc le lait frais tiré de la Ferme bergère.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          En cherchant bien dans les parterres, je trouverais des éclats de gloire perdue, des étoiles festives de nuits blanches, des notes d’arpèges dispersées par des orchestres, oubliées.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Sous les toits dorment des illusions perdues – ô foisons ! Les restes en sont partagés entre chouettes et souris. Par les araignées aussi, qui savent l’art de tisser des vies qui ne dureront pas.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Au jardin d’été sont cachés un bijou, une pantoufle, jamais retrouvés.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le puits est sec, sa margelle en fuite se délite.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mon ombre ne bat plus tambour, ni ne joue mirliton.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais la tour, vieux donjon ramené à de courtoises dimensions par quelque fée retournée depuis à ses grimoires, - la tour veille encore sur l’horizon, que ne dérangent plus les brigands.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Je crois que du clocher, l’on doit toujours, d’un coup de cil, happer ce bout d’aigue-marine qui ravissait: la mer!</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le soleil baigne tout cela d’un silence d’or apaisé, patiemment thésaurisé au fil des siècles dont s’égare le compte.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le printemps enfin a couronné d’émeraude les hauts chênes, les charmes n’ont rien vicié du leur, les fleurs s’ébattent et dansent libres leurs mille couleurs dans les champs sans lice.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Tout est sage. Tout dort, placide.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais là-bas, l’autant, cet ogre, tend ses pièges d’ouragan. Maître Hiver, qui bave déjà, n’a pas dit son dernier mot, le maudit – dévorateur de la poussière du monde. Et les flots verts de rage se préparent à un dernier assaut, ô tremble, sable des faims dernières !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Il sera une dernière fois, la faim de tout.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24565</guid><pubDate>Wed, 06 May 2026 17:49:14 +0000</pubDate></item><item><title>Les Deux &#xEE;les (III, 2)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24563-les-deux-%C3%AEles-iii-2/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Scène 2</span></strong><span style="font-family: inherit;"> – Selkirk, Stradling, l’aubergiste</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (d’un ton surpris) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oh, veuillez m’excuser, Monsieur le Capitaine, je ne savais pas que vous étiez là : bonjour à vous, j’espère que vous allez bien.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Bonjour à vous, Monsieur l’aubergiste. Et je vous en prie, point trop d’égards pour moi, surtout que je suis un vilain voleur !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Comment cela ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je me suis permis de prendre votre place derrière le comptoir et d’aller y récupérer deux nouveaux verres !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ah ! Ah ! Ah ! Vous avez bien raison : deux verres, voilà qui devrait valoir la corde ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il se reprend.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Oh, pardon : je ne voulais pas rappeler de mauvais souvenirs, ce n’était qu’une mauvaise blague…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ne vous en faites pas, je ne vous ferai point corriger pour insubordination ! Par contre je souhaitais que vous soyez notre témoin, à M. Selkirk et moi.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne trouve pas cela drôle.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (moins sur un ton froid mais sur la réserve néanmoins) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je dois reconnaître que, pour une fois, je suis d’accord avec Monsieur.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous me comprenez mal, tous deux. Avant votre arrivée, Monsieur l’aubergiste, nous discutions, M. Selkirk et moi, et je lui ai fait une proposition.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Un mariage apparemment ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (à l’aubergiste) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous connaissez, Monsieur, l’histoire du navire qui porte le nom de votre auberge. J’ai d’ailleurs appris comment vous l’avez su mais passons, nous aurons tout le temps d’y revenir. Ce que je proposais à M. Selkirk ici présent, c’est de l’emmener avec moi en voyage pour y faire escale sur l’île où… je l’ai abandonné.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Qu’avez-vous besoin de raconter notre histoire ? Elle nous appartient !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (sortant un livre de sa poche) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Du tout M. Selkirk et pour deux raisons. La première, que vous le vouliez ou non, c’est que nous appartenons à l’humanité et il est du droit de celle-ci de faire le récit de sa propre destinée. Je suis d’accord avec vous sur ce point que nous n’avons ni l’un ni l’autre un intérêt à figurer dans ce récit gigantesque qu’on appelle l’Histoire mais c’est ainsi. La seconde, là encore que vous le vouliez ou non, c’est que notre mésaventure, vous m’excuserez si je n’ai pas un autre mot à utiliser, a été exploitée par l’un de nos auteurs. Il s’est inspiré de votre vie sur l’île pour écrire un roman mais j’avoue que je n’en ai pas terminé la lecture…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Parce que vous n’y apparaissiez pas à votre avantage ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Nullement : je n’y apparais point du tout et j’en suis bien content, figure-vous. Non, ce qui m’a gêné dans la lecture, c’est le personnage que vous deveniez, un nom différent certes mais un personnage qui sort grandi de son aventure quand vous, vous en sortez petit.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (élevant la voix) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Qui m’y a mis, sur cette île ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (à Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> S’il vous plaît, Monsieur le Capitaine, ne le poussez pas à bout. Je sais de quoi cet homme est capable.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (tout en regardant Selkirk) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alors adressez-vous à lui en homme ! Pardonnez mon expression, je viens de me rendre compte qu’elle prêtait à confusion : ce que je voulais dire, c’est qu’il vous faut pour commencer par considérer M. Selkirk pour ce qu’il est.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (à Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je l’ai vu à l’œuvre, cela m’a suffit, je n’en veux plus.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Voilà pourquoi je parlais d’un témoin, Monsieur. Vous êtes homme de commerce, je suis homme de mer mais M. Selkirk, quel homme est-il, lui ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> L’homme qui se suffit à lui-même.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et moi je crois que non.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (même jeu) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Que savez-vous de moi ? D’un autre côté, vous m’avez fait, nous pouvons donc considérer que vous êtes en quelque sorte mon père de conscience. Cette paternité-là, je ne vous la discute pas : elle est entièrement de votre responsabilité.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je le reconnais mais un père peut parfois essayer de se corriger et, de ce fait, tenter de corriger son fils ? Ne le croyez-vous pas ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Le fils est resté trop longtemps éloigné.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (à Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je vous le répète, Monsieur le Capitaine, vous jouez à un jeu dont vous ne connaissez pas les conséquences.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (à l’aubergiste) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne les connais que trop bien ! Mais connaître n’est pas vivre ! Et c’est pour cela que je vous parlais d’être notre témoin : je serais curieux de vous entendre narrer ce qui vous est arrivé entre M. Selkirk et vous. Je précise bien de votre bouche, et avec le maximum de détails, car tout ce que j’ai appris est bien pauvre, et d’une bouche qui m’est chère mais qui n’avait, pour le coup, pas grand-chose à dire.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (à Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Eh bien…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (à l’aubergiste, en désignant Selkirk puis lui-même) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Pas qu’à moi, Monsieur, pas qu’à moi : où s’en trouverait l’intérêt ? A nous deux, je vous en prie !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne comprends pas…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Moi que trop !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Monsieur l’aubergiste, je comprends que ce souvenir vous fasse mal mais il me fait peut-être plus mal à moi qu’à vous. Et je pense sincèrement que le raconter, avec vos mots à vous, vous ferait le plus grand bien. </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il désigne leur table.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Je vous en prie : installez-vous, vous êtes ici chez vous et tous les trois sommes à égalité. Oublions les titres et les grades et parlons simplement, s’il vous plaît !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous n’y arriverez pas comme cela.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je vous saurais gré de m’en laisser seul juge. Monsieur l’aubergiste, nous sommes à vous.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (hésitant d’abord puis s’affermissant de plus en plus) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Eh bien, comme je l’ai raconté hier à ce marin qui semble votre ami, du moins qui a navigué sous votre commandement, j’ai beaucoup voyagé pour mon commerce et, par habitude, j’ai fait le choix de donner un numéro à chaque auberge que j’ouvrais dans un nouveau port. Londres était la cinquième ville car c’est qu’il en faut du temps, pour un homme comme moi, d’accéder à une telle cité ! Automatiquement, suivant mes habitudes, j’appelais donc mon auberge </span><em><span style="font-family: inherit;">Les Cinq Ports</span></em><span style="font-family: inherit;">. Les affaires avaient bien commencé, à l’époque je ne savais pas que c’était le nom d’un navire à la si tragique destinée et si je l’avais su, croyez bien que j’aurais changé mes habitudes ! Bref : cela faisait quelques semaines quand ce monsieur…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Son nom ! Son nom s’il vous plaît ! Redonnez-lui son nom pour lui redonner son humanité !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je disais donc : quand M. Selkirk est entré brutalement, un jour, alors que la salle était remplie de monde. Cela m’a sauvé, je crois, car il a marché froidement vers moi, me fixant du regard… Je ne savais pas comment réagir, c’était la première fois : j’avais toujours entretenu de bonnes relations avec mes clients, peut-être un ou deux ivrognes mais pas plus et, surtout, je les connaissais ! Mais cet inconnu qui s’avance vers moi comme le Diable, j’ignore pourquoi, je suis resté, debout, comme figé, peut-être même comme hypnotisé. Et sans rien dire, je crois d’ailleurs que c’est cela qui m’a le plus troublé, sans une seule parole !, il se jette sur moi, me serre la gorge au point de m’étouffer ! Si les autres clients, que Dieu les en remercie, n’étaient intervenus, je ne serais plus là pour vous servir, croyez-le bien. Cela vous suffit-il comme récit ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’était très bien, merci à vous. Et très courageux par ailleurs, je le souligne. Mais qu’a-t-il fait que vous n’avez pas déposé plainte contre M. Selkirk ? Une agression devant témoin, cela aurait pu lui valoir cher !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne veux rien avoir affaire avec les autorités ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il se reprend.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Je vous prie de m’excuser, Monsieur le Capitaine, je ne voulais pas me montrer irrespectueux mais je préfère rester loin des histoires judiciaires, c’est tout.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je comprends, rassurez-vous. Mais n’y avait-il pas autre chose ? Je le soupçonne : avec mon expérience, je sais lire le cœur des hommes. Il est juste dommage </span><em><span style="font-family: inherit;">(en regardant Selkirk)</span></em><span style="font-family: inherit;"> que je n’ai pas appris à lire plus tôt.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’avoue sans honte qu’il y avait aussi l’intérêt. M. Selkirk m’a bien payé et m’a proposé en plus une belle rémunération mensuelle si j’acceptais de le laisser boire son lait de chèvre quand il venait chercher ses provisions. D’après lui, c’était plus pratique car mon auberge se trouve en face du magasin où il fait ses achats.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (à Selkirk) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Comprenez-vous maintenant l’homme que vous êtes devenu ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Non. J’ai commis une erreur et j’en paye le prix encore aujourd’hui. Il ne m’a pas fallu dix-sept ans pour m’en rendre compte.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Moi, il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi vous montrez-vous violent avec quelqu’un qui ne vous a rien fait, ou si peu !, et n’en faites rien quand je me présente à vous ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> La violence résout l’incident, la rancune l’entretient.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> La violence exclut aussi l’homme, la communauté le retient… ou pas selon la gravité du cas.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Votre culpabilité est plus grave.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous avez raison et c’est bien la raison pour laquelle je vous ai proposé, et de la manière la plus sérieuse qui soit !, ce voyage jusqu’à votre île. Ce que je cherche, M. Selkirk, ce que je veux même puisque là c’est plus ma volonté que mon intellect qui parle, c’est vous ramener parmi les hommes.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est déjà fait mais ce sont des pirates qui m’ont ramené.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et moi je ne crois pas. Ils n’ont fait que ramener l’enveloppe corporelle quand l’esprit, lui, est encore à chercher de l’ombre sur son île !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ne me poussez pas à bout.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (calmement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Écoutez-le, Monsieur le Capitaine.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et moi je n’écoute que ma conscience ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il se saisit de la cruche qui contient le lait de chèvre.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Quand on est un homme, on ne boit pas de lait ! Même le chevreau cesse de s’allaiter auprès de sa mère et il est grand temps, M. Selkirk, que votre île cesse de porter à vous ses deux mamelles !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> N’insultez pas mon île.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Votre île ? Votre personne ? Votre conscience ? Il faut clarifier les choses car l’on s’y perd, M. Selkirk !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je suis ce que je suis devenu, je fais ce que j’ai appris à faire seul, et le goût du lait de chèvre m’est agréable : vous n’avez pas le droit de m’en priver.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Non, vous avez raison. Mais résumons-nous si vous le voulez bien : si j’analyse à mon tour, vous venez chaque mois chercher vos provisions dans le magasin d’en face puis vous passez dans cette auberge boire votre lait de chèvre, seul, à l’écart des autres, après un accrochage violent qui aurait pu laisser un mort dans cette salle. Je vous répète ce que je vous disais tout à l’heure, M. Selkirk : vous n’êtes plus qu’un automate, aussi bien remonté qu’une pendule ! Je reviens à la prochaine lune et je vous retrouve encore dans les nuages de ce nappage crémeux ! Vous dites que le goût du lait de chèvre vous est agréable, moi je dis que c’est être la chèvre qui vous fait plaisir !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (en frappant la table de la main) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne suis pas un animal !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Non, vous êtes pire : un objet sans conscience ! La chèvre, elle au moins, peut être utile par son lait ou, dans certaines malheureuses occasions, pour servir de proie : mais vous, à quoi êtes-vous utile, M. Selkirk ? Allez, répondez-moi : quelle est votre utilité ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (se levant subitement et toisant Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne suis utile à personne ! A personne si ce n’est qu’à moi, et c’est déjà bien suffisant !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et vous appelez cela être humain ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (se rasseyant) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’appelle cela être un survivant.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais Monsieur le Capitaine est aussi un survivant…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne vous permets pas.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste (à Selkirk) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Écoutez, M. Selkirk, moi aussi vous finissez par m’agacer avec vos grands airs ! Ce que l’on vous a fait est indigne, nul ne dira le contraire, pas moi du moins : quand j’ai appris votre histoire, je m’en suis voulu d’avoir donné ce nom des </span><em><span style="font-family: inherit;">Cinq Ports</span></em><span style="font-family: inherit;"> à mon auberge, croyez-le ou non. Mais je crois que vous ne voulez plus croire et c’est tout.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (à l’aubergiste) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne crois qu’en moi-même.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alors pourquoi venir dans mon auberge une fois par mois, parfois le lendemain et encore le lendemain comme c’est le cas aujourd’hui ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Puisque c’est ainsi, je pars.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous ne répondez pas à ma question, M. Selkirk.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (d’un ton doux) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Auriez-vous peur d’admettre qu’une partie de vous-même croit encore en l’être humain ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (s’essuyant machinalement ses yeux qui commencent à pleurer) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne viens que par habitude.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais cette habitude, elle vous tue !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">L’aubergiste :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Oui, je le vois bien depuis toutes ces années : vous êtes de plus en plus froid.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> S’habituer donne froid.</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">A suivre.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24563</guid><pubDate>Wed, 06 May 2026 15:50:17 +0000</pubDate></item><item><title>Histoire en vrac 2  suite : Paul Tronc</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24559-histoire-en-vrac-2-suite-paul-tronc/</link><description><![CDATA[<p></p><p></p><p>Je reviens fréquemment sur ce qu’il reste du village, au plus haut point , sur le mont coiffé de La Chapelle St Michel</p><p>J’aime revenir ici.</p><p>C’est un endroit où tous mes souvenirs ressurgissent.</p><p>Un lieu mnésique autant qu’il est  hypnotique car je ne vois jamais le temps passer.</p><p>Peut-être ne passe t-il plus à cet endroit …il s’y est peut-être arrêté pour l’éternité…</p><p>L’eau du lac qui l’encercle l’enferme sur son histoire .</p><p>Laquelle gît là au milieu de l’eau.</p><p>Lors de jours de grand soleil, elle semble se refléter à sa surface et s’écrire sur l’onde</p><p>Je n’ai qu’à me pencher un peu et reprendre la lecture…</p><p>Et quand le vent retient son souffle, je lis ces lignes comme si je retournais dans le passé</p><p>Il suffit juste de lire à l’envers car l’écriture est inversée comme les montagnes qui m’entourent se miroitent à l’envers , leurs cimes vers    le bas …</p><p></p><p>Peut-être que la vie humaine est un récit à lire de bas en haut pour nous aider à nous élever ?</p><p></p><p>Les anciens nous racontaient donc qu’à l’époque du village, au temps où ils étaient eux-mêmes enfants, vivait avec eux ce fameux Paul Tronc</p><p>Son nom qui était bien réel lui a valu bien des quolibets quand il était petit … si bien qu’ « il s’identifiait à son nom au point de penser être un véritable lâche » disait le groupe des vétérans avec un ton toujours embarrassé…</p><p>Des enfants en groupe ça se mesure, ça se compare… l’école et la maison sont leurs seules références… ils grandissent avec une image de soi qui prend son origine à travers le regard des autres… trop « à travers »entraîne une distorsion, si bien que leur image était de travers…jamais bien ajustée…</p><p>Les enfants sont tapissés de projections qui ne sont pas les leurs mais pourtant qu’ils font siennes</p><p>Paul tronc pensait être un poltron parce qu’il n’arrivait pas à se mesurer aux autres, il n’en éprouvait jamais l’envie…</p><p>Il se montrait peureux aux yeux de ses camarades, jamais engagé dans des jeux audacieux où l’objectif qu’il ressentait était de se mettre en avant , de tester sa force pour  rire des uns et des autres et de les rabaisser…</p><p>Aussi parfois lorsque un brin de révolte venait titiller ses pensées, il se demandait pourquoi ses parents adorables l’avaient baptisé ainsi…</p><p>Mais Paul était de nature pacifiste et sa rébellion ne prenait jamais racine, sa pensée passait aussi vite qu’elle apparaissait dans sa conscience et il n’avait pas besoin de lutter contre elle, tout se dissolvait en lui par la seule force d’une paix profonde dont il n’avait pas encore conscience …</p><p>Il était aussi débordant d’énergie mais comme elle ne s’accordait pas à celle des autres enfants il l’a mettait de côté… si bien caché qu’on pouvait penser que c’était un enfant apathique…</p><p>Au-dedans il bouillonnait d’idées et de grandes passions …</p><p>En grandissant il se montrait de plus en plus solitaire.</p><p>Pour autant il arborait un sourire radieux que les autres lui enviaient et le respectaient en même temps car Paul avait ce je ne sais quoi de véritable qu’aucun ne pouvait récuser.</p><p>Et aussi adolescent, il devint grand et musclé à force de nager dans le lac on aurait dit un athlète de natation calé sur deux jambes robustes</p><p>Il se rendait  également  une fois par semaine ,souvent le dimanche, à l’assaut des montagnes « Verso l’Alto » avait-il  l’habitude de dire avec son émotion enjouée ( sauf les jours d’intempéries)</p><p>Sa corpulence forçait le respect et l’admiration mais ceci ne lui était jamais exprimé sauf de la part de ses parents qui voyait en leur fils une force de la nature</p><p>Paul alliait aussi avec grâce ( car il ne s’en rendait pas compte) une force physique tranquille et un esprit déjà empli de sagesse</p><p>Il héritait peut-être de cette vertu de sa grand-mère maternelle qui était poétesse à une époque où les femmes n’étaient pas encore admises dans le milieu littéraire, son œuvre toujours célèbre et enseignée encore aujourd’hui dans les écoles fut mise à l’honneur après sa mort, et fut également la fierté du village pendant des générations avant que celui ci ne fut englouti par les eaux …</p><p>Paul était  à 15 ans rêveur, contemplatif , sportif , amoureux de l’eau, des montagnes, du ciel , de l’immensité …</p><p></p><p>Comme il n’avait pas eu beaucoup de copains petit il lisait aussi beaucoup et là c’est sa mère qui lui transmettait sa passion pour les livres.</p><p>Elle était la maîtresse de l’unique classe-école du village</p><p>C’était en effet un tout petit village perché sur un tout petit mont dont vous savez qu’il ne reste plus que la toute petite Chapelle…</p><p>Et le petit Paul grandit avec l’amour de sa mère, la passion des livres, des randonnées en montagne et la natation dans ce lac aux couleurs émeraudes</p><p>Jusqu’au jour où…</p>]]></description><guid isPermaLink="false">24559</guid><pubDate>Mon, 04 May 2026 20:46:34 +0000</pubDate></item><item><title>Il pleut en mon c&#x153;ur</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24549-il-pleut-en-mon-c%C5%93ur/</link><description><![CDATA[<p>Il pleuvait depuis plus d'une semaine, je relisais les vers de Verlaine, sans me résoudre à ranger mes petites laines, le printemps tardait un peu à venir.</p><p>Ma tante Hélène venait de partir, le chat avait marqué son territoire sur la traîne d'Elvire, l'odeur étant difficile à partir, le mariage semblait compromis ; le futur mari ayant des allergies, je pressentais le pire.</p><p>J'avais dû annuler mon voyage à Agadir, n'ayant trouvé personne pour garder mes deux tapirs ; j'ai eu une conjonctivite et, très vite j'ai dû courir après un collyre, mais la pharmacie venait de déposer son bilan ; heureusement il me restait quelques bleuets dont je fis un onguent.</p><p>Le Comte et la Comtesse de Poilodent gardaient leurs petits enfants pour les vacances, ils me signifièrent leur impossibilité à me recevoir dans leur manoir.</p><p>J'ai eu un coup de mou, tout me semblait flou tout à coup.</p><p>Alors, oui, je l'avoue, j'ai mis une annonce dans la gazette hebdomadaire du<em> Dromadaire</em>, le journal qui, loin d'être austère, est spécialisé dans les faits divers, qui paraît tous les lundis dans tous les kiosques du bord de mer, entre Nice et l'Italie.</p><p>J'avais besoin d'un amant, un homme charmant ; sans pudeur, j'annonçai la couleur, prête à tout ; l'un me proposa des fleurs, un autre, s'avouant fou me fit un peu peur.</p><p>Finalement j'acceptai un rendez-vous.</p><p>Quand ? Où ?</p><p>Il s'appelait, disait-il, docteur Jekyll et ce nom me disait quelque chose.</p><p><em>Comment vous reconnaitrai-je ?</em></p><p><em>J'aurai, à ma boutonnière, une rose.</em></p><p>Ma nièce Rose est arrivée sur ces entrefaites, son amant venait de la quitter, je devais la consoler.</p><p>J'ai annulé mon rendez-vous, par politesse, et, serrant les fesses, je me suis mise à genoux devant ma nièce qui pleurait sans arrêt de n'avoir pu trouver chaussure à son pied.</p><p>Je n'aime pas les fleurs coupées et mon amant n'est pas encore né, celui dont je rêve dans les champs qui n'offre pas de muguet ni de roses en bouquet.</p><p>Dans le lointain, alors que mai pointait à peine ses seins, j'ai entendu le chant du serin qui venait de Mozambique, j'ai écouté de la musique ; le téléphone a sonné.</p><p>Mon amie Monique, plutôt surexcitée, m'a annoncé qu'on avait eu de la chance, nos numéros de hasard étaient sortis, alors, je me suis dit que j'avais bien fait de jouer plutôt que de chercher un ami.</p><p>Je vous fiche mon billet que cette histoire mal commencée va mal finir.</p><p>En effet, on a perdu notre ticket.</p><p>Il pleut et je lis Verlaine ...</p><p><em>" Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses :</em></p><p><em>De cette façon nous serons bien heureuses</em></p><p><em>Et si notre vie a des instants moroses,</em></p><p><em>Du moins nous serons, n'est-ce pas ? deux pleureuses."</em></p><p>(joailes -) 3 mai 2026 - 22h 47 </p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24549</guid><pubDate>Sun, 03 May 2026 20:54:41 +0000</pubDate></item><item><title>Cousin Gontran et la Vie &#xE9;ternelle [Premi&#xE8;re partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24544-cousin-gontran-et-la-vie-%C3%A9ternelle-premi%C3%A8re-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Cousin Gontran et la Vie éternelle</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">Récit policier</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Première partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><em> </em></strong></p><p style="text-align:justify;"><em>Sur le trottoir en contrebas, une foule se pressait, en ce beau soir de printemps. Les passants faisaient leurs dernières courses avant le retour au foyer et la soirée paisible en famille. Un spectacle mobile pour un regard immobile.  Impossible également de soupirer ou de montrer sa peine et sa tristesse. La séparation était définitive et l’exil, implacable. Le sourire de pierre qu’il arborait n’était pas le sien mais il faudrait rester ainsi, pour l’éternité, sur la corniche disjointe, au milieu des pigeons roucoulants, parmi d’autres masques figés et nombre de mascarons difformes qui peuplaient, immobiles, le toit de cette demeure maudite.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:center;">***</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Maman, Maman ! J’ai retrouvé le cousin Gontran ! Il est sur le toit ! Il faut aller le chercher et le ramener !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Voyons, ma chérie, que dis-tu ? Ce pauvre Gontran a quitté sa chambre d’étudiant et a disparu depuis deux mois maintenant. Il a été impossible pour la police de retrouver sa trace et toi, tu prétends l’avoir vu ? Et sur un toit, qui plus est ? Explique-toi ! Donne quelques détails !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La petite fille, tout sourire, se lança dans un grand discours. C’était ce matin, en allant à l’école, qu’elle l’avait surpris. Cousin Gontran l’avait suivie des yeux un long moment pendant qu’elle passait dans la rue. Il avait l’air triste, triste, c’était fou ! Elle regardait le ciel et ses jolis nuages de coton quand son regard s’était posé par hasard sur la corniche de l’hôtel particulier de la rue Lefranc-Lemelle. C’était bizarre quand même, qu’il soit sur le toit, au milieu des pigeons. Qu’est-ce qu’il faisait là ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Sa mère, Sofia Lestrang, sourit avec gentillesse. En effet, c’était plutôt bizarre, cette attitude et cette ressemblance, mais enfin, les coïncidences, cela arrive tous les jours, n’est-ce pas ? Victoria n’en démordait pas. C’était bien Cousin Gontran, cet étudiant en master d’astrophysique qui lui racontait toujours de belles histoires du cosmos. La force de conviction de la petite fille ébranla quelque peu Sofia. Elle promit à l’enfant d’aller faire un tour sous les fenêtres de l’édifice ancien, rue Lefranc-Lemelle. Elle éluciderait le mystère, c’était juré, et mènerait l’enquête avec le plus grand soin.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">C’est au moment où le soleil se couchait, ce soir-là, que Sofia mit sa promesse à exécution. Arrivée sur les lieux, elle leva le nez en l’air et constata qu’effectivement, la ressemblance était tout à fait troublante entre une sculpture décorative de façade, fixée près d’un pignon, et son cousin disparu, Gontran, au prénom un peu ridicule. Le mascaron arborait un sourire figé et son regard de pierre était perdu dans le lointain. Mais comment en savoir davantage ? Si l’affaire était suspecte, une offensive frontale devait être évitée. Il fallait ruser, s’informer en toute discrétion.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La jeune femme constata que le portail de la vaste demeure était resté entrouvert. Particulièrement mince, elle se faufila rapidement à l’intérieur, sous le porche. Elle savait que ce qu’elle faisait n’était pas très légal, mais après tout, s’il y avait eu mort d’homme, elle ne voulait pas être la victime suivante. En catimini, elle gagna un escalier dérobé et monta les marches à pas de loup. Personne ne la vit ni ne l’arrêta, tant mieux. Elle pourrait repartir aussi discrètement qu’elle était entrée.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Arrivée dans le couloir en haut de l’escalier, elle perçut une vive discussion entre un homme et une femme inconnue. Elle risqua un coup d’œil par la porte entrouverte. Le maître des lieux, Jacques Lemercier, notaire retraité de son état, s’entretenait avec une dame entre deux âges devant une tasse de ce ressemblait à du thé.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Mais enfin, chère amie, je vous ai montré les sculptures de façade, vous avez apprécié, et même admiré ces réalisations, pourquoi vous opposer à ce que je prenne vos mesures en vue d’une création future ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Non, cher ami, cela va trop loin, il n’en est pas question. Trop de choses ne vont pas chez vous, et puis, il court de drôles de bruits à votre sujet. Pourquoi ma cousine Victorine, par exemple, est-elle représentée sur votre toit ? Elle a disparu depuis six mois, on ne l’a pas revue et voilà qu’elle est là, figée pour l’éternité, en façade, masque parmi les masques. Et maintenant, c’est mon tour ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;"><em>(À suivre…)</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24544</guid><pubDate>Sun, 03 May 2026 12:19:08 +0000</pubDate></item><item><title>Cousin Gontran et la Vie &#xE9;ternelle [Deuxi&#xE8;me partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24545-cousin-gontran-et-la-vie-%C3%A9ternelle-deuxi%C3%A8me-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Cousin Gontran et la Vie éternelle</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">Récit policier</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Deuxième partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">- C’en est trop, Estelle ! Voyons ! Reprenez-vous ! Vous abusez de ma patience. Voilà que vous insinuez que j’ai assassiné votre cousine pour voler son portrait. Quelle nécessité de tuer quelqu’un pour créer une sculpture à sa ressemblance ? Et d’ailleurs, quelle ressemblance, je vous le demande.  Fariboles que tout cela ! C’est parfaitement stupide, et diffamatoire.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Jacques, votre regard me dit le contraire. Cette lueur perverse que vous avez au fond des yeux est le signe d’autre chose. En effet…</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">L’invitée du manoir ne put terminer sa phrase. L’homme se jeta sur elle, les mains en avant. Il se mit à l’étrangler sous les yeux hagards de Sofia. Il fallait intervenir d’urgence. La jeune femme entra dans la pièce en poussant un hurlement. Surpris, interloqué, le maître des lieux lâcha sa victime et se précipita vers la jeune femme. Tandis qu’Estelle se sauvait à toute allure par la porte restée ouverte, Sofia se dépêcha elle-même de fuir pour échapper au forcené déchaîné. Ce fut une course-poursuite rapide dans les étages.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Au passage, dans une pièce du dernier niveau, Sofia, vit une scène épouvantable : un cadavre démembré, sanguinolent, était couché sur le sol, posé sur une bâche en plastique, et en face de lui, se dressait un support présentant son visage de plâtre, copié à l’identique. Mais le modèle était mort depuis bien des jours. La jeune femme poursuivit sa fuite. Elle avait compris la situation en un éclair : ce notaire retraité était un tueur en série, un dément livré à l’obsession de la création de masques et autres mascarons. Autant de trophées pour ce prédateur qu’il exposait fièrement en façade. Quelle horreur ! La cavalcade dans l’hôtel particulier se poursuivit. Sofia était une sportive accomplie et elle n’avait nulle envie de devenir le prochain trophée de cet artiste d’un genre particulier.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La jeune femme dégringola les escaliers au galop et se retrouva dans la cour intérieure du manoir. Là, un gros chien de garde se mit à aboyer fortement. Heureusement qu’une chaîne épaisse l’immobilisait. Décidément, le retraité maniaque ne manquait pas de figer tout le monde, bêtes et gens. Sur cette pensée humoristique, très peu opportune en de telles circonstances, Sofia se dépêcha de rejoindre la sortie. Ce fut presque trop tard. Le dément réussit à l’empoigner par un bout de sa manche flottante, qu’elle lui abandonna sans regret. Le tissu se déchira d’un coup sec.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Mais enfin, ce fut la sortie, le porche et la rue. Sofia se mêla prestement à la foule du soir qui déambulait sur le trottoir. Le vieux notaire à la retraite ne se montra pas. Il n’y avait pas de trace non plus de cette dame Estelle qui avait échappé de peu à la gloire éternelle, en décoration de la façade du manoir. La jeune mère de famille était ravie de lui avoir sauvé la vie mais il fallait maintenant faire vite : alerter les enquêteurs avant que le vieil artiste dément fasse disparaître toutes traces de ses exploits.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Victoria, sa petite fille adorée, avait donc raison : il y avait des choses bien suspectes dans cet hôtel particulier. Ce serait à la loi d’éclaircir les sombres agissements du maniaque obsessionnel. Justice serait rendue au pauvre cousin Gontran et à tous ceux qui, sans aucun doute, avaient perdu la vie dans ce lieu maudit hanté par la folie criminelle. Sofia se hâta de sonner à la porte du commissariat de quartier pour raconter, en hâte, son effrayante aventure dans la funeste maison de la mort.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:center;">***</p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;"><em>C’est le soir. Un de plus. Le soleil se couche sur cette belle journée de printemps. Cette jeune femme qui court en contrebas, on dirait bien la cousine Sofia. Quelle importance, maintenant. Tout cela ne me concerne plus. Les jeux sont faits et j’ai perdu la partie de poker menteur. Certains jugeraient que la curiosité est un vilain défaut. Personnellement, je dirais plutôt que c’est la vie qui est une maladie mortelle. Avec ses multiples granges et dépendances, ses conséquences et ses faux-pas. La Lune va bientôt se lever, éclairant de sa lueur blafarde le toit et sa collection de masques véridiques. Quelle dérision ! Des morts-vivants, voilà ce que nous sommes. La mort est bien une vie éternelle, en somme. Mais tout le monde ignore ses modalités.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">FIN</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24545</guid><pubDate>Sun, 03 May 2026 12:21:58 +0000</pubDate></item><item><title>Les Deux &#xEE;les (III, 1)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24553-les-deux-%C3%AEles-iii-1/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Acte III</span></strong></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">La scène représente la même auberge qu’à l’Acte I. C’est le début du jour, la salle est mieux éclairée mais les vitres crasseuses lui donnent cette fois un air de féérie. Selkirk se tient au comptoir quand Stradling rentre.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Scène 1</span></strong><span style="font-family: inherit;"> – Selkirk, Stradling</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> M. Selkirk, bonjour à vous.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Capitaine Stradling, bonjour à vous également. La marée n’était donc pas bonne ? Quel dommage !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne vois pas l’aubergiste, pourtant son commerce est déjà ouvert…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Il est parti quelques instants, sachant qu’il n’y aurait pas beaucoup de clients en cette heure matinale et il m’a laissé. Lui sait faire confiance comme vous pouvez le constater.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (se dirigeant derrière le comptoir) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Si l’aubergiste vous fait confiance, il peut bien faire de même pour moi ! D’ailleurs nous n’avons rien cassé hier, il doit en être content, je suppose ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il se dirige vers la même table que lors de leur entretien de l’Acte I avec deux verres.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Je vois qu’il a laissé sur la table votre cruche de lait de chèvre et la bouteille de ce petit rhum de Floride que j’apprécie tant. Je vous propose de vous joindre à moi, M. Selkirk. </span><em><span style="font-family: inherit;">(Sans attendre la réponse, il s’installe. Selkirk, après un temps, le rejoint et s’installe à son tour. Stradling remplit leurs verres.)</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Votre ami le marin s’est montré très convaincant hier, après votre départ. Nous avons beaucoup discuté, lui et moi, je dirais même voyager si l’on peut dire.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Cet homme, M. Selkirk, est en effet un ami. Cela ne m’étonne pas qu’il ait choisi de vous parler après notre entretien d’hier.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est que vous avez dû en créer des liens, lui et vous, pendant trois ans. Des liens de quelle nature, d’ailleurs ?</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je vous saurais gré de m’épargner vos sarcasmes, M. Selkirk. La souffrance n’a rien de drôle et j’aurais pensé qu’un homme comme vous, après ce que vous avez subi… par ma faute </span><em><span style="font-family: inherit;">(Stradling le regarde droit dans les yeux)</span></em><span style="font-family: inherit;">, aurait compris cela.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (élevant la voix) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et vous, quand avez-vous fini par comprendre ce que j’ai souffert ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Pour être tout à fait franc avec vous, c’est difficile à dire. Après vous avoir abandonné </span><em><span style="font-family: inherit;">(de nouveau il regarde Selkirk droit dans les yeux)</span></em><span style="font-family: inherit;">, j’étais très content de moi, je dois l’avouer, ou plutôt de vous : quelle occasion m’aviez-vous offerte là de me débarrasser d’un fauteur de troubles !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (en frappant la table de la main) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Un fauteur de troubles qui avait vu juste !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne nie pas le fait, je me contente de vous répondre en reprenant la chronologie. Je disais donc qu’après vous avoir abandonné, j’étais bien content, soulagé même. Lors du naufrage, je reconnais que je nous ai en même temps maudits, vous et moi. Mais c’est la captivité qui m’a ouvert les yeux. Ciel ! J’allais dire qu’elle m’avait libéré ! Quel jeu de mots cruel quand je pense à tous nos disparus…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (élevant la voix) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Les vôtres ! Ne me mêlez pas à votre culpabilité !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais, M. Selkirk, qui est coupable dans cette tragique histoire ? Moi bien entendu. Mais je pensais qu’avec le temps, vous auriez appris à pardonner, sinon à moi, je ne me fais plus aucune illusion là-dessus, du moins à l’équipage : l’équipage, M. Selkirk, est un et tout en même temps. Il s’appartient à lui-même tout comme il est un ensemble qui vit… et qui survit.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (froidement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Ou qui se tranche un membre !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> De ce que je peux constater, ce membre ne s’est pas noyé ou n’a pas croupi trois ans en prison. Par contre il est devenu autonome : un bras qui marche tout seul ou, pour reprendre un terme technique puisque vous les affectionnez tant, M. Selkirk, un bras qui a appris à se manipuler tout seul.</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (même ton) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je ne vous permets pas.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et moi si.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (se levant subitement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et moi je dis que non ! J’avais raison pour l’état du navire ! Et quand bien même ce dernier aurait résisté à la tempête, cela ne vous donnait pas le droit d’abandonner un homme sur une île déserte !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (le regardant droit dans les yeux depuis sa chaise) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous avez raison sur ces deux points, M. Selkirk. Je reconnais que votre expertise était bien supérieure à la mienne et que c’est avant tout mon orgueil de jeune capitaine qui m’a aveuglé comme je l’ai été. Je reconnais également que j’aurais pu prendre une autre décision que celle de vous suivre et de vous abandonner comme je l’ai fait. Je n’ai pas oublié vos suppliques quand le navire partait. Je m’en souviens très bien. Et croyez-le ou non, M. Selkirk, vos paroles me hantent comme me hantent les cris d’agonie de mes compagnons de cellule ! Aussi vais-je vous poser la question : que vous dire ? Oui, M. Selkirk, que vous dire ? Je ne peux pas remonter le temps mais nous pouvons le faire avancer, à nouveau, tous les deux, ensemble.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (se rasseyant) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Me proposeriez-vous de reprendre la mer… sous votre commandement ? J’espère que c’est une plaisanterie.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Absolument pas, M. Selkirk. Comme je vous l’ai dit, nous ne pouvons pas remonter le temps mais je peux choisir d’avancer avec vous tout comme vous pouvez choisir d’avancer avec moi. Je ne vous demande pas votre amitié, M. Selkirk. Je ne vous demande pas non plus votre pardon, je vous l’ai déjà dit.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alors que demandez-vous, demandeur d’ordres ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Moi ? Rien. Vous vous méprenez sur votre analyse, M. Selkirk. Je ne viens rien demander, je viens chercher : ce n’est pas la même chose.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alors que cherchez-vous, chercheur d’ordres ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Un nouveau voyage, M. Selkirk, au cours duquel nous ferions escale sur votre île.</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">A suivre.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24553</guid><pubDate>Mon, 04 May 2026 15:50:14 +0000</pubDate></item><item><title>Sine labore nulla voluptas</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24533-sine-labore-nulla-voluptas/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Au jour d’aujourd’hui, comme disent les gens de langue oiseuse, - c’est le 1<sup>er</sup> mai.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais… quoi ? Eh bien, tout est fermé, dès lors qu’un travail est en jeu.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais alors, que vais-je faire de cette journée qui promet d’être ennuyeuse au possible ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Cueillir du muguet, possiblement. Mais on m’a dit que le muguet a refusé, cette année, de pousser : il est en grève contre les abus de l’homme. D’ailleurs, le litige avec le trèfle à quatre feuilles n’est pas réglé. Concurrence déloyale. On ne devrait pas cultiver une plante sauvage. Quant à moi, je renonce à me prononcer. Mes méninges regimbent à tout labeur. A moins qu’elles ne soient elles aussi en grève? Je ne vais pas sillonner les plages de l’Atlantique pour tenter de les récupérer ! Vu le peu d’usage…</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le 1<sup>er</sup> mai, ma mémoire fout le camp. Elle bivouaque dans un coup de vent. Ça, c'était une envolée métaphysique et poétique probable. Elle n'est pas allée bien loin! Auprès de qui voulez-vous protester?</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Ma plume aussi, elle m’abandonne. Alors je lui lâche le licou et je la vois paître, ici et là, sous mon nez.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Elle en profite pour écrire n’importe quoi, juste pour le plaisir.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Par exemple, pour éviter de s’ennuyer, comme moi aujourd’hui, elle m’a raconté l’arrivée d’un extraterrestre  délégué par la Police Spatiale pour enquêter chez nous, sur Terre !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          J’ai lu la chose. Elle est suggestive. Xen – c’est le nom du limier – est bien mal à l’aise, ainsi décrit : « suant de toutes ses vésicules sous sa peau de sable, face à l’accueil d’une foule en délire ». Pure curiosité de la part de ces humains, il le sait bien. Il a même parlé, susurré : « Je préférais quand ils occupaient leurs jours de mai à changer leur monde ! »</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Personne n’a relevé.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Parce qu’en mai, on n’est pas sérieux, même passé dix-sept ans. Alors, le 1<sup>er</sup>, jour d’oisiveté, on ne relève rien, de peur d’attraper une ampoule ou de se faire un nœud aux neurones.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mine de rien (car les mines elles aussi sont fermées ce jour), on aura esquissé un récit de SF sans façon. Pour le plaisir – à qui je défends solennellement, de cesser le travail !</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24533</guid><pubDate>Fri, 01 May 2026 17:31:50 +0000</pubDate></item><item><title>Apparence</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24525-apparence/</link><description><![CDATA[<p>Je ne veux pas qu'on sache qui je suis vraiment et, je vous assure, <em>je ne suis pas la seule.</em></p><p>Si je disais que j'aime les meules de foin, les moulins, les glaïeuls, le souvenir de mon aïeul, que je ne suis pas casse-gueule et que j'aime l'odeur du tilleul, qui intéresserai- je ?</p><p>Pourtant, j'ai de la chance, je suis née en Provence, où les parfums, en abondance, font des galas de bienfaisance.</p><p> Je pleure souvent sur les chaussettes orphelines qui sortent des machines ; quand je lis Pagnol qui parle des collines, ou Joachim du Bellay quand il parle de la douceur angevine.</p><p>Mes crayons n'ont pas très bonne mine, et tout ce que l'homme assassine me fait tourner de l'œil.</p><p>Alors je fais semblant d'être indifférente, je parle dans le vent de choses amusantes, je fais semblant de rien quand le jardin se plaint d'être envahi d'acanthes.</p><p></p><p>Ce soir, j'ai gagné au loto.</p><p>Je ne sais pas trop combien je vais pouvoir acheter d'abricots, pourrai-je acheter le champ du voisin parsemé de coquelicots ?</p><p>J'avais joué des numéros au hasard, la date de naissance de mon oncle Edgar et celle de la mort de mon premier espoir, ça remonte à très loin, dans une meule de foin.</p><p></p><p>Je pleure encore, j'ai vu les yeux de la biche qu'on a tuée sur un parterre d'or, alors l'argent je m'en fiche, là n'est pas le trésor ...</p><p>J'ai acheté une péniche et suis partie vers le nord avec mon fétiche là où personne ne triche et j'ai viré de bord en serrant les miches aux falaises du Tréport ...</p><p>Seule. </p><p>On me trouverait godiche si je disais que je ne suis riche que des mots en friche que je ne sais pas trop cultiver.</p><p>Mes rimes sont-elles riches ou aussi pauvres qu'un soir d'été quand on se sent abandonné ?</p><p>Je ne veux pas qu'on sache qui je suis vraiment et si j'écrivais tous mes tourments,  on pourrait m'accuser d'être bégueule, mais je ne suis pas la seule !</p><p>(joailes -) 29 avril 2026 - 00h 01</p><p><br></p><p><br></p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24525</guid><pubDate>Wed, 29 Apr 2026 22:02:01 +0000</pubDate></item><item><title>Fiole de vie</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24523-fiole-de-vie/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Fleur de sel, décomposée par la pluie acide d’un hiver qui prenait des airs d’éternité maudite, poussée là, au bord d’un trottoir sale.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Dépérissante chose en laquelle résidait, résiduellement, une goutte de vie, si l’on peut appeler ainsi ce long ennui.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Quand un miraculeux rai de soleil, perçant les nues encombrées, déchirant un instant leur embrouillamini maladif</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>descendit accidentellement jusqu’à cet être à l’enfer promis</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>frappa le visage auréolé de maigres pétales, penché sur l’opacité du caniveau</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>pulvérisa l’ombre et toucha la minuscule fiasque de sa corolle, pendue comme au cou d’un saint-bernard pend le tonnelet salvateur</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>l’élixir qu’elle renfermait était don de fées</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>jusqu’ici oublié, inaccessible, c’était talisman inutile</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>il fallut ce rayon astral, fin index posé sur le destin de ce pauvre hère floral</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>alors, d’une carcasse pré-morte, la chair revit, s’extasie à la merveille, s’épanouit.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Le monde entier des passants découvre cette existence ignorée :</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          - Voyez ce trésor, cette plante, animal gracieux qui, en dépit de la rigueur du climat, rutile et resplendit, entêtement de l’être à vivre !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          On voulut la cueillir, ce fût la tuer ! On réfléchit plutôt à briser le béton du caniveau pour libérer et transporter cette vie, la mettre en pot, la replanter en terre choisie où elle eût mérité de s’égrener.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          - Rendre cette vie à la chance qui lui était due, comme on sort du zoo une bête !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Mais le temps reprit son cours, le rayon solaire s’épuisa, la fiole était vide, pétales au sec.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Et l’ombre, une ultime fois, mangea cette vie sans en laisser une miette.</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24523</guid><pubDate>Wed, 29 Apr 2026 17:47:13 +0000</pubDate></item><item><title>Les Deux &#xEE;les (II, 5)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24521-les-deux-%C3%AEles-ii-5/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Scène 5</span></strong><span style="font-family: inherit;"> – Selkirk, le marin</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">La scène représente Más a Tierra mais cette fois-ci ce n’est plus la plage mais l’intérieur de l’île : une plaine avec quelques arbres, des outils à terre mais de nouveaux aussi, fabriqués à la main. Selkirk est au milieu, le marin sur le côté.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Eh bien, M. Selkirk, vous vous placez vite au milieu cette fois ! Il faut dire que c’est votre domaine à vous, votre île ou votre cachot : je sais pas, appelez ça comme vous voulez, c’est votre bon droit ! Par contre je suis un peu perdu : on est en quelle année ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (regardant un arbre avec des traits sur le tronc) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Quatre années ! Cela fait exactement quatre années !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (d’un ton ironique) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est un drôle d’anniversaire ! Cela doit donc nous faire 1708 ou 1709 parce qu’on vous a laissé dans les derniers mois de l’année 1704 et je peux pas être sûr que vous ayez commencé à compter dès le début !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (le regardant sévèrement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Quatre années ! Il n’y a pas de quoi rire ! Et je me moque bien quelle date cela peut faire pour vous : 1708 ou 1709 ? Eh donc ! Savais-je ce qu’il se passait en Europe pour avoir besoin de mesurer le temps de manière aussi exacte ? Non ! Quand je dis « quatre années », Monsieur le marin, c’est à partir du moment où je suis devenu mon propre maître !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (d’un ton plus doux) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je vous l’ai déjà dit, M. Selkirk : vos grands airs, avec moi, ça marche pas ! Et puisque vous parlez d’être votre propre maître, j’ai encore une petite leçon à vous donner : personne n’est son propre maître ! L’enfant, il obéit à ses parents ; l’adulte, il obéit à son patron ! Et quand bien même certains pourraient se mettre dans leur vilaine tête qu’il y a qu’eux sur cette bonne vielle terre, je m’en vais vous les tromper : même au-dessus de vous, M. Selkirk, seul que vous étiez sur ce caillou, y’avait quelqu’un ! Je sais pas qui mais quelqu’un, c’est sûr.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (d’un ton dédaigneux) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Certainement pas le Capitaine Thomas Stradling !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vous pensiez pas pareil quand vous avez vu notre cachot !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (qui commence à s’emporter) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et mon cachot, qui l’a vu ? Oui, je vous ai tous observés et oui, je reconnais que vous avez souffert vous aussi ! Mais ce qu’on ne vous donnait pas, moi je devais me le donner moi-même ! Tenez, prenons le feu ! La chaleur réchauffe peut-être l’âme mais les flammes aident à faire cuire la viande et à ne pas avoir froid. Il m’en a fallu, du temps, pour trouver comment faire un bon feu mais j’y suis arrivé ! Pourquoi ? Parce que j’ai l’œil expert, voilà ! Alors j’ai tâtonné, j’ai essayé, j’ai échoué mais j’ai fini par réussir. Et cette petite étincelle, ce fut l’extinction de toute vie autour de moi ! Car j’étais seul ! Vous comprenez ce que je vous dis là ? Seul ! Et la solitude n’apporte rien aux objets sinon qu’un vague souvenir sentimental : c’est bien pour cela que j’ai très vite fabriqué mes propres outils ! Moi seul ! Un outil que l’on vous donne accroche forcément un souvenir, un quelque chose qui vous retient, que sais-je ?, le sourire de celui qui vous l’a vendu ou qui vous l’a prêté ! Mais l’outil que l’on se fabrique soi-même, il n’apporte qu’une chose : son utilité !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’ai plus l’impression que le seul vrai outil que vous ayez façonné sur cette île, c’est vous-même, M. Selkirk ! Vous avez toujours été doué pour la technique, je vous dois bien ça, mais vous avez jamais été doué pour la vie, je le reconnais maintenant.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (même jeu) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et que m’importe ? De quel Selkirk parlez-vous donc ? Celui qui était sur le navire et qui a tout fait pour vous convaincre de descendre avec lui ? Ou celui qui se tient désormais devant vous, sur ce rocher, dénudé comme au premier jour, sous un soleil qui ne révèle rien, sous une pluie qui ne lave aucune souillure ? N’avez-vous donc toujours pas compris que je n’ai rien à apprendre ni à pardonner ? Voilà ce que j’appelle la vie : être son seul maître, ne rien devoir à personne, ne point présenter ses excuses (elles abaissent !) et ne point proposer son pardon (il abaisse aussi !). Sur une île comme celle-là, Monsieur le marin, il faut savoir rester droit, debout… figé. </span><em><span style="font-family: inherit;">(Sur ce mot il s’arrête un temps. Il fait quelques pas, chancelle, s’appuie sur un arbre.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Oui, figé ! Mesurer le temps pour soi-même, c’est le figer pour l’éternité ! C’est l’autre qui donne au temps toute sa relativité ! Avec qui ai-je discuté sur mon île ? </span><em><span style="font-family: inherit;">(On entend les mêmes cris que dans la scène 2.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Avez-vous entendu ? Vous ignorez bien sûr de quoi il s’agit mais moi, je peux vous le dire : c’est un perroquet suivi d’une chèvre et d’un phacochère ! Et je peux même être plus précis : le phacochère a effrayé la chèvre qui cherchait à s’alimenter et, pauvre biquette, en s’enfuyant, celle-ci a elle-même effrayé le perroquet qui s’est envolé de son arbre ! Pauvre oisillon, chassé lui aussi. Pauvres tous les deux, chassés il est vrai, mais pouvant revenir. Quand suis-je revenu, moi ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Je vais être franc avec vous, M. Selkirk : jamais.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et vous avez raison ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il se met à pleurer, s’essuyant les yeux sans s’en apercevoir.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> N’avez-vous pas entendu ce que j’ai dit il y a quelques instants ? Ce sont les autres qui vous aident à définir le temps mais qui était là pour m’aider à le définir, moi ? Personne. Donc oui, Monsieur le marin, votre verdict est sans appel : jamais je ne suis revenu et jamais je ne reviendrai !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> C’est pas ce que le Capitaine pense…</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> S’être montré grand dans la défaite n’excuse pas d’avoir été méprisant dans la victoire ! Quelle victoire d’ailleurs ! Des paroles en l’air, qui n’avaient aucun poids ! Ses paroles se sont-elles élevées jusqu’au ciel ? J’en doute fort ! Les miennes, personne ne les a entendues. </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il se rend compte qu’il s’est essuyé les yeux et regarde ses mains. Il rit.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Des larmes ! Quelle triste mécanique des yeux !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Peut-être la naissance de votre nouvelle humanité ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (fermement) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Certainement pas ! L’être humain n’est qu’un tronc et les larmes qui coulent de ses yeux ne viennent que de la pluie battue par le vent. Regardez ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il montre ses mains.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Mes mains ne sont-elles pas déjà sèches ? N’est-ce pas la preuve que le mécanisme naturel a joué sans même que nous nous en rendions compte alors que nous parlions ? Le vent aura séché mes larmes, rien de plus, rien de moins.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Moi je veux voir du plus.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Vouloir n’est pas voir, j’en sais quelque chose sur cette île.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Nous aussi, M. Selkirk, nous l’avons appris.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Alors, puisque je suis tout de même curieux, que croyez-vous voir de plus en moi, Monsieur le marin ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> En vous ? Rien. En nous ? Que le temps a passé parce que nous avons parlé.</span></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Fin de l’Acte II</span></strong></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">A suivre.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24521</guid><pubDate>Wed, 29 Apr 2026 15:45:05 +0000</pubDate></item><item><title>Nettoyage de printemps</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24505-nettoyage-de-printemps/</link><description><![CDATA[<p>Dès l'apparition des premiers bourgeons et des primevères, dès que mon cousin Léon rase sa barbe et sort les verres sur la table de son jardin tout vert, je sens monter en moi comme une sève nouvelle qui me donne des ailes.</p><p>J'entreprends le grand nettoyage de printemps dans mon atelier qui s'ouvre sur un grand champ d'œillets ; ce que j'ai pu écrire sera oublié, au feu tous mes cahiers et les toiles inachevées !</p><p>Un bon coup de plumeau et de balai, me voilà avec un bureau tout neuf ; la poule pond un œuf, le voisin astique sa Deuche, l'ado attend sa meuf et dans le pré se lamente le bœuf ; ce soir on va faire la teuf, ce n'est pas du bluff.</p><p></p><p>Chacun aura, à son rythme, géré son temps selon son horloge intime.</p><p></p><p>C'est une fête annuelle que personne, dans un pourtour non délimité, à mille milles de toute terre habitée, n'aimerait rater.</p><p>Souvent, presque toujours, c'est la Vicomtesse de Ouagadougou qui arrive en premier, dans sa calèche d'acajou.</p><p>Elle a de l'arthrose au genou mais elle sait une recette de ragoût qu'elle n'a jamais donnée à personne, qu'elle emporte dans des boîtes hermétiques pour régaler nos estomacs fous, et, loin d'être amnésique, elle fait des photos argentiques quand tout le monde est soûl.</p><p>Puis arrivent le fakir et son tapis de houx, les frères sioux avec leurs mocassins, un autre voisin avec son marcassin, Annie Chon qui s'est fait refaire, dit-on, les seins.</p><p>Léon, qui a nettoyé et rangé ses skis pour la saison prochaine, accueille tout ce beau monde avec bonhomie, distribue déjà quelques zakouskis en exhibant sa bedaine moulée dans un marcel gris ; je me sens tellement bien parmi tous ces amis aux mines réjouies !</p><p></p><p>Le jardin, heureusement élastique, s'emplit peu à peu de joyeuses musiques, et c'est alors qu'arrive Monique.</p><p>J'espérais qu'elle ne viendrait pas, car elle a le chic pour casser l'ambiance ; la dernière fois qu'elle est venue, au mariage de ma sœur Lulu, elle avait mis de la glu dans le lit des mariés et on les a retrouvés au matin, enlacés pour la vie.</p><p>Elle seule en avait ri, l'amour n'avait pas résisté à cette union forcée et le divorce fut prononcé.</p><p></p><p>Hélas, dès qu'elle est arrivée, il y eut de la casse.</p><p>L'épouse du maire la traita de garce, elle l'accusait d'avoir couché avec son mari, le pauvre Hen-Ri, un asiatique qui avait des tics.</p><p>Cela aurait fini en pugilat si la très fine Anna, cuisinière de son état, n'avait pas amené à ce moment là les plats garnis d'accras et de paëlla dont le fumet aurait pu réveiller les plus fins gourmets, Gargantua et Fingosier.</p><p></p><p>La fête battait son plein, on donna les restes aux chiens et l'on fit de la place à Guy qui était arrivé plus tard, comme il jouait de la guitare, ce fut le clou de la soirée, le fakir chantait et l'on emmena Monique qui venait d'enlever sa tunique, dans le grenier.</p><p>Les souris, offusquées, laissèrent la place en couinant quelque peu.</p><p></p><p>Léon m'entraîna dans une valse endiablée puis servit le café ; sa jambe de bois s'étant dévissée, il dut s'asseoir dans les œillets et c'est alors que je compris que j'avais rêvé.</p><p>Il n'est pas rare de s'endormir, après le nettoyage de printemps, quand tout respire et que les champs ont la couleur du devenir.</p><p></p><p>Permettons-nous de sourire, dans ce monde qui va de mal en pire et ne nous privons pas de rêver avec des histoires un peu tirées ... par les cheveux.</p><p>Une étoile filante a traversé mon ciel, j'ai fait un vœu.</p><p></p><p>Le printemps est là, tout est nettoyé, voici venir mon neveu avec un brin de muguet.</p><p>(joailes -) 26 avril 2026 - 22h 42</p><p><br></p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24505</guid><pubDate>Sun, 26 Apr 2026 20:42:17 +0000</pubDate></item><item><title>Les Deux &#xEE;les (II, 4)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24507-les-deux-%C3%AEles-ii-4/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Scène 4</span></strong><span style="font-family: inherit;"> – Selkirk, Stradling, le marin, plusieurs autres marins, des geôliers, des prisonniers</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">La scène représente le cachot d’une prison à Santiago, vers 1706 ou 1707. Le dénuement est total : quelques paillasses à terre, des prisonniers allongés dessus ou accroupis, des marins également. Au milieu d’eux se trouve Stradling.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (poussant Selkirk au centre du cachot) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Nous y voilà, M. Selkirk ! Et je veux que vous soyez bien au centre de notre île à nous ! Pour le coup, faudra m’excuser mais je me souviens plus très bien de la date : il faut dire que nous, on avait pas de quoi noter ! Mais là, je dirais qu’on doit être vers la fin ! Vous, vous avez passé quatre ans, quatre mois et quatre jours dans votre prison ; nous, j’en sais rien exactement, mais dans les trois ans, ça c’est sûr ! Alors, dites-moi un peu, je suis curieux : j’ai envie de connaître votre impression ! Vous préférez quelle façon de vivre ? Seul sur votre îlot mais libre, enfermé mais dans un cachot pas plus large que ma main et ensemble ? Difficile de trancher, non ? Après on peut aussi chipoter sur les chiffres : quatre ans, c’est plus que trois et plusieurs, c’est plus qu’un seul ! Mince, égalité dans les deux camps ! Mais moi, ce que je voudrais, M. Selkirk, c’est que vous regardiez un peu le Capitaine ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il force Selkirk à s’approcher de Stradling.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Pas bien gros, hein ? Vous en faites pas, vous allez avoir la raison ! Et pour le coup, moi, je me contente de revoir ! Je suis moulu et je vais dormir : je vois qu’on m’a laissé une paillasse dans le coin ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Il part s’y allonger en prenant soin de tourner le dos à Selkirk.)</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (comme s’il se parlait à lui-même) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Les infâmes ! Nous juger comme des pirates parce que je n’avais pas mes documents officiels, perdus lors du naufrage ! D’après eux, c’est une chance que nous ayons échappé à la pendaison ! Une chance ? Je m’interroge. On ne voit presque pas la lumière du jour, il est bien difficile de savoir quelle heure on est ! Peut-on d’ailleurs se fier aux rythmes des rations ? Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me dit que nos geôliers prennent un malin plaisir à mélanger les heures pour nous faire perdre la notion du temps. Cela ne m’étonnerait guère de leur part ! Parlons-en d’ailleurs, de ces rations : même un chien n’en voudrait pas ! Comme j’aimerais respirer à nouveau l’air pur du large, observer à loisir l’horizon lointain, étaler mes cartes de navigation sur la table ! Peut-être trouverions-nous une île, quelque part, en plein milieu de l’océan Pacifique, prête à nous accueillir, à nous alimenter, à nous ressourcer ! Comme nous nous y sentirions bien !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Que vous croyez.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Stradling va voir les différents marins, il s’approche également d’un prisonnier.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> J’ignore votre nom, mon camarade. Je ne connais pas votre langue, j’aurais bien du mal à vous le demander, d’ailleurs ! Mais la souffrance réciproque rapproche, il m’aura fallu qu’une seule nuit, mais quelle tempête !, pour m’en convaincre. Inutile cependant de savoir se parler, regarder suffit : je vois que vous avez de la fièvre. Cela n’a rien d’étonnant avec ce que ces monstres nous donnent ! </span><em><span style="font-family: inherit;">(Un geôlier passe, Stradling veut l’interpeller de la main mais celui-ci le frappe d’un coup de bâton.)</span></em><span style="font-family: inherit;"> Les chiens ! Que Dieu me pardonne cette injure mais je ne comprends vraiment pas comment l’on peut respecter de tels individus ! Mais je continuerai de les provoquer : il doit bien rester un reste d’humanité en eux ! En ai-je eue, cependant, moi, de l’humanité quand j’abandonnais notre navigateur ? Ah ce nom ! Je n’arriverai décidément pas à le prononcer ! Comme j’aurais dû l’écouter ! Nous n’en serions pas là, tous !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Peut-être… Était-ce vraiment un problème technique ? Je me le demande… Après tout, la mer est si imprévisible, si violente dans ses attaques ! Un navire plus solide aurait-il supporté de tels vents ? J’ai eu l’occasion de voir les débris de notre navire sur la plage et mon œil d’expert doit bien avouer qu’il n’en sait rien ! Quand la chèvre est entre les crocs du loup, qu’importe sa force : le prédateur la prend à la gorge. Peut-être cette tempête nous a-t-elle prises à la gorge, elle aussi ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Sans qu’il s’en soit rendu compte, Stradling s’est approché d’un des murs du cachot. Il pose la main dessus.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Il avait raison !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (posant sa main sur celle de Stradling) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Il avait peut-être tort !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Mais qu’est-ce que cela aurait changé, au fond ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (surpris) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> M’entendez-vous, mon Capitaine ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (se retournant sur sa paillasse) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Là vous êtes en train de revivre, M. Selkirk ! Pire même : vous refaites le passé ! Et le passé, c’est le passé !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Des pas se font entendre. Un geôlier entre sur scène, se dirige vers Stradling et lui intime l’ordre de le suivre par un geste de la main. Stradling secoue la tête.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Certainement pas ! Il est hors de question que j’accepte de m’adresser au gouverneur de cette prison ! Il a beau maîtriser l’anglais et entretenir, je le reconnais, une très belle conversation d’homme du monde, je ne lui ferai pas ce plaisir de lui rendre la pareille ! Me proposer de me libérer en laissant mon équipage enfermé ? Non, le capitaine que j’étais à bord des </span><em><span style="font-family: inherit;">Cinq Ports</span></em><span style="font-family: inherit;"> aurait sûrement accepté mais pas le prisonnier que je suis. Mes galons m’ont poussé à l’orgueil, mes galons ne me pousseront pas à la lâcheté ! Et certainement pas à l’abandon !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk (en colère) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et mon abandon à moi, alors ? Vos galons, que disaient-ils à ce moment-là ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (même jeu) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Il faut donc tout vous expliquer, M. Selkirk ! Sur le navire, c’étaient les galons du Capitaine ; là, ce ne sont que les galons d’un prisonnier comme nous tous !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">Un geôlier apporte le repas. Les rations sont distribuées. Stradling s’assure que tous, marins comme prisonniers, aient leur part. Il se dirige alors vers le prisonnier à qui il s’était adressé plus tôt.</span></em></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Stradling (relevant la tête du prisonnier pour l’aider à manger) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Tiens, mon ami, prends ma part également ! A voir ta tête, tu en as bien plus besoin que moi ! J’ignore encore une fois ton nom, ta langue de même, encore plus ce que tu as bien pu commettre comme méfait pour te retrouver avec nous, si tant est que vivre n’est pas déjà un méfait en soi dans cette colonie ! Mais je ne me transformerai pas en bourreau, tu es un frère comme moi puisque nous partageons le même cachot et tu as un besoin plus pressant de vivre. Oui, je te le répète, même si tu ne me comprends pas : « vivre » ! Je ne veux plus voir quelqu’un mourir, j’en ai vu assez !</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Selkirk :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Et ils ne restèrent que dix-huit.</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><strong><span style="font-family: inherit;">Le marin (même jeu) :</span></strong><span style="font-family: inherit;"> Parfaitement, M. Selkirk. Mes dix-huit pièces comme je vous disais hier ! Alors, ces dix-huit pièces, elles valent la vôtre ou pas ?</span></p><p style="text-align:justify;"><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p style="text-align:justify;"><em><span style="font-family: inherit;">A suivre.</span></em></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24507</guid><pubDate>Mon, 27 Apr 2026 15:45:07 +0000</pubDate></item><item><title>En chemin</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24489-en-chemin/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          Au désert, il était un manteau vert, à partager entre nous, entre nus, qu’on avait perdu – nous étions perdus</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          vêtus d’une peau de soleil, j’allais, elle allait vers la mer, des hautes dunes accourus, solitaires de pauvre lune, et perclus</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          je l’avais croisée autrefois, parfois, c’était à chaque fois sur l’estran las de danser, entre deux temps passés et l’avenir, ressassés</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          l’état de grâce, d’alerte puis d’urgence, pieds mains et tête découverts, et cette errance qui prenait enfin sens</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          j’avais jeté mon cœur, elle l’avait ramassé qui battait encore, me rendait mon or</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          le sien en son sein, c’était coquillage, nous étions sans âge, loin, trop loin des plages</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>         on l’avait vu faire, on écoutait la mer</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          puis il y eut de l’orage, une eau violente qui rage, ô désespoir ennemi</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          alors il chut des glaçons, nous gelâmes en été, contemplant nos gerçures au jusant des nuages, pantelants</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          nous avons contemplé, sans bouger, grands brûlés, le tourbillon de la neige floconner</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          sur nos nudités désormais séparées</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em>          transies</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          trahies</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>          trahis.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24489</guid><pubDate>Thu, 23 Apr 2026 17:52:58 +0000</pubDate></item><item><title>La Communaut&#xE9; des Bannis [Deuxi&#xE8;me partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24500-la-communaut%C3%A9-des-bannis-deuxi%C3%A8me-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">La Communauté des Bannis</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">Fiction historique</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Deuxième partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:justify;">Ce groupe envoyait, très discrètement, des émissaires chaque année à la même époque automnale dans toute la contrée pour venir en aide aux « bannis de l’an » des Noöujs. Les rescapés étaient intégrés dans la nouvelle communauté qui, naturellement, gardait ses distances avec le peuple des Noöujs. UliR fut réchauffé et réconforté. Il en fut ainsi avec les trois autres isolés, qui furent retrouvés et rassurés. La joie de ces survivants fut, bien évidemment, sans borne. Le cœur empli de reconnaissance, ils prirent vite leurs repères dans le groupe de leurs nouveaux amis et se rendirent pleinement utiles.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La Communauté des Bannis, quoique pacifique et paisible, jouissait très paradoxalement d’un beau dynamisme. Composée de vieillards, de malades chroniques ou de jeunes gens affligés d’une particularité physique qui leur avait valu le bannissement par réflexe superstitieux (strabisme, dyslexie, boiterie, albinisme…), ses membres avaient vite compris que l’union faisait la force et qu’à défaut de vigueur, ils devraient compenser leur faiblesse physique par une intelligence supérieure et un sens de l’entraide sans faille. Ces vertus leur avaient apporté une prospérité insoupçonnée. Aucun préjugé et nulle méchanceté chez eux. Leur générosité et leur sens de l’humain faisait également leur bonheur, chose non négligeable.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Très vite, leurs qualités de cœur et leur ouverture d’esprit leur avait permis de devenir les amis et les alliés d’autres peuples, éparpillés dans cette région hostile. Nommons les hommes-feuilles (chaque membre de la tribu n’était vêtu que de feuillage et de mousse, une parure très agréable en été mais un peu fraiche à la mauvaise saison) et les êtres-au-sourire-qu’on-entend. Cette dernière peuplade était bien particulière, toute d’art et de culture : leurs croyances leur imposaient un sourire perpétuel mais comme il était sincère, il s’entendait, en quelque sorte, frémissement au creux de mille frémissements. Cette musique préhistorique devait être bien originale et particulièrement séduisante, toute en vibration d’âme.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La Communauté des Bannis avait ainsi fondé une sorte de démocratie avant l’heure, un paradis de liberté et de respect mutuel. Passés par des épreuves terribles, ses membres avaient décidé d’éliminer à tout jamais le Mal de leurs rangs. Ils s’aidaient, se soutenaient dans les épreuves et savaient transformer chaque souffrance physique en lumière spirituelle. Chacun apportait ses talents à tous dans un esprit de complémentarité particulièrement astucieux.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Par exemple, JauTris, qui ne pouvait plus marcher mais disposait d’une vue exceptionnelle, se faisait transporter par les bras puissants de l’albinos ToUg. Leur duo cynégétique rapportait au groupe de la nourriture en abondance. L’art des pièges était également l’apanage sans rival de cette assemblée astucieuse quoique physiquement diminuée. La première médecine élaborée a sans doute vu le jour dans ce groupe, tant ils étaient curieux des choses et désireux de soulager les souffrances.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Il me semble par ailleurs avoir gardé dans mes archives la trace écrite d’un de leurs chants pluriels. Il va sans dire que l’oralité et la mémoire collective sont à la base de cette préservation temporelle. Je vous le retranscris ici :</p><p style="text-align:justify;"></p><p>Chant des bannis</p><p> </p><p>Aube, Aube pure, âme du monde,</p><p>Voix céleste de toutes choses,</p><p>Tu murmures à la Nuit ton message d’amour,</p><p>Cette brume d’espérance qui berce l’univers</p><p>Sur ses genoux de soie.</p><p> </p><p>Aube, Aube pure, au cœur resplendissant,</p><p>Tu illumines l’instant</p><p>Qui s’élance innocent, vierge de toutes choses,</p><p>Pour conquérir le ciel, abattre les murailles</p><p>De cette Nuit compacte.</p><p> </p><p>Aube, Aube pure, ta face de lumière</p><p>Est le miroir du Temps,</p><p>Il n’est qu’éternité, que souffle dans le ciel,</p><p>Qui réunit toujours ce qui est dispersé,</p><p>Il reflète à jamais cette merveille vierge</p><p>Unissant les contraires.</p><p> </p><p style="text-align:center;"><strong>******</strong></p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:justify;"><em>Les chercheurs s’interrogent sur le devenir de tous ces groupes et peuplades qui ont bien existé mais n’ont pas laissé de traces écrites. Les traditions et la mémoire collective attestent néanmoins de leur existence. Les Bannis, comme le peuple des Feuilles ou celui du Sourire Musical, ont disparu, malheureusement.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em>Mais faut-il vraiment le penser ? Tout laisse à croire, au contraire, grâce aux nouvelles technologies qui apparaissent chaque jour, telle l’Intelligence Artificielle, si sottement décriée par ceux qui n’envisagent même pas sa portée réelle, que des vestiges seront mis à jour bientôt. L'I.A. guidera les recherches avec talent. La préhistoire deviendra, enfin, pourrait-on dire, nouvelle Histoire. Un autre chapitre du devenir de l’Humanité pourra alors s’écrire. Le récit de la Communauté des Bannis tiendra sa juste place au sein de cette Encyclopédie des temps futurs.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">FIN</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24500</guid><pubDate>Sun, 26 Apr 2026 12:18:07 +0000</pubDate></item><item><title>La Communaut&#xE9; des Bannis [Premi&#xE8;re partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/24499-la-communaut%C3%A9-des-bannis-premi%C3%A8re-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">La Communauté des Bannis</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">Fiction historique</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Première partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;"><strong> </strong></p><p style="text-align:justify;"><em>La préhistoire est une période qui cache encore de nombreux secrets. C’est à coup sûr un moment charnière, crucial pour l’humanité. En qualité de chercheur associé au Musée de l’Homme, à Paris, j’ai eu accès à de nombreux spécimens dissimulés encore au grand public et à bien des travaux, que tous ignorent. Les dernières hypothèses en cours sont stupéfiantes. Les hommes d’antan semblent dépasser en réalisations et en potentialités toutes les histoires de science-fiction qui fascinent les jeunes générations d'aujourd’hui.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em>Il faut bien savoir que de nombreuses peuplades, vivant à cette époque, présentaient des caractéristiques, des coutumes, des pratiques et, pourrait-on dire, un art de vivre dont nul n’a idée aujourd’hui. Tout cela a disparu ou reste dans les placards des bibliothèques et les rayonnages des musées. Un peuple, en particulier, m’a particulièrement intéressé. Naturellement, nul ne s’en doute mais des travaux approfondis m’ont permis de dissiper bien des mystères le concernant. Ce peuple peu connu et qui le restera, à l’évidence, pour un moment, c’est la Communauté des Bannis.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"><em>Voici un écrit qui restera privé pour l’instant et qui résume le devenir et les aléas de ces peuplades de l’ombre. J’ai choisi le genre narratif pour les exhumer de leur tombeau temporel. C’est la forme qui leur convient le mieux. En effet, ces peuples étaient humains et ses membres, nos semblables. C’est un peu de leur âme que je veux ressusciter.</em></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:center;"><strong><em>......</em></strong></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le jour se levait sur le peuple des Noöujs. C’était un groupe d’individus nomades de la préhistoire qui se déplaçait sans cesse dans les vastes plaines qui constituaient son habitat. Leurs tentes de fortune battaient dans le vent froid. La mauvaise saison commençait. La vie deviendrait encore plus difficile que d’ordinaire. Les privations seraient insupportables pour beaucoup et le groupe s’étiolerait irrésistiblement, perdant ses forces vives.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Il était donc nécessaire, comme chaque année, de prendre ses précautions et d’éliminer sans attendre et sans pitié les bouches inutiles qui deviendraient encore plus lourdes à porter par tous. Le dieu Hiver ne connaissait pas la pitié. Il fallait l’imiter. Le grand UlioR, chef naturel du groupe, convoqua l’Assemblée des Forts. De leur côté, le conseil des Sages se réunit dans le plus grand secret pour décider qui devait être exclu. Quatre noms furent cités, quatre membres du groupe seraient rejetés du fait de leur faiblesse ou de leur inutilité à la collectivité : trois hommes et une femme.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Les hommes étaient UliR, MonG et JauTris. Les deux premiers devenaient trop vieux pour se rendre utiles, le troisième, jeune encore, s’était blessé à la chasse et n’avait plus de mobilité : il perdait l’usage de ses jambes. La femme, BiGeïaa, stérile depuis toujours, se rendait maintenant en plus coupable de manquer à ses devoirs les plus élémentaires : elle devenait progressivement aveugle. Au cours d’une brève cérémonie de purification, les bannis furent officiellement exclus du groupe. Il leur fut recommandé de se laisser mourir sous un arbre sans résister. La nature leur pardonnerait peut-être d’encombrer le monde des Forts. Ces poids morts furent menés aux quatre coins de la contrée et abandonnés, nus, sans la moindre ressource ni vêtement.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Ce soir-là, les bannis connurent l’effroi de l’abandon et la peur de la mort. Chacun de son côté, isolés, tremblants, ils virent les étoiles se lever sur leur désespoir. Le matin ne leur apporta nul répit. Comment aurait-il pu en être autrement ? Ils se mirent à errer dans le froid de l’aube à la recherche d’un peu d’eau ou de nourriture, proies parmi les proies. Au bout d’une heure d’errance environ, UliR eut la surprise de se trouver face à quelques humains qui lui souriaient avec gentillesse et compréhension. Après la première minute de terreur et quelques explications, il comprit la situation : il avait en face de lui d’anciens bannis du peuple des Noöujs. Ils s’étaient regroupés et avaient constitués une nouvelle communauté, fièrement nommée l’Assemblée des Bannis.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">(À suivre…)</p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">24499</guid><pubDate>Sun, 26 Apr 2026 12:15:06 +0000</pubDate></item></channel></rss>
