<?xml version="1.0"?>
<rss version="2.0"><channel><title>Plume errante derniers sujets</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/forum/15-plume-errante/</link><description>Plume errante derniers sujets</description><language>fr</language><item><title>l&#x2019;ignorance du bouchon</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25541-lignorance-du-bouchon/</link><description><![CDATA[<p></p><p>Sur le bord du canal, j’avais jeté ma ligne.</p><p>L’onde frémit sous le poids du bouchon,</p><p>rouge sang, débonnaire intrépide,</p><p>lesté de plombs et d’un gros hameçon</p><p>sur lequel frétillait de douleur un ver de terre humide.</p><p></p><p>Assis sous une ombrelle, guettant d’un œil distrait</p><p>au dessus de la vase, le lent balancement de l’appât,</p><p>je lisais un livre de Kundera, <em>L’Ignorance</em>.</p><p>L'auteur s’y interrogeait sur la nostalgie du pays,</p><p>de cette patrie tchèque qu’il avait fuie</p><p>pendant vingt ans de communisme sinistre,</p><p>et sur la douleur de l’absence qui s’efface</p><p>devant une vie qui se reconstruit ailleurs.</p><p><br>Mêlant mes réflexions à la contemplation de l’eau verte,</p><p>je m’imaginais éprouver de la nostalgie</p><p>pour l’endroit où j’avais vécu heureux,</p><p>la région de mon enfance souriante.</p><p>Mais vouloir retrouver le lieu est illusoire, car la jeunesse, elle, est à jamais perdue.</p><p>Éprouver le regret du lieu est indissociable du regret du moment.</p><p><br>La berge s’animait de sursauts soudains ;</p><p>un combat invisible sous la surface troublait la clarté de l’eau.</p><p><br>Au fil de l’eau, je retrouvais le fil de ma lecture.</p><p>Josef découvrait le livre de confidences de son adolescence,</p><p>rangé dans une valise.</p><p>Il ne se reconnaissait pas dans les écrits de son double temporel, vingt ans après.</p><p>Il était même horrifié par ses agissements à tendance sadique,</p><p>se délectant de la souffrance morale de la personne aimée.</p><p>Peut-on reprocher à quelqu’un son comportement passé alors qu’il est devenu un autre ?</p><p>Levant le nez, je m’étonnais de l’actualité de ces propos, intemporels.</p><p><br>Un passage sur l’éternité retenait mon attention :</p><p>elle serait immobile, empêchant l’avenir d’avancer.</p><p>On ne pourrait garder un amour pour l’éternité, car l’avenir le bouscule.</p><p><br>Le bouchon vacilla un peu.</p><p>Le coupable tâtait sans doute le ver de son museau.</p><p>Allait-il le happer ?</p><p><br>« Comment celui qui ne connaît pas l’avenir pourrait-il comprendre le sens du présent ? »</p><p>Kundera happait à nouveau toute mon attention.</p><p>Impasse de l’existence, nous sommes condamnés à subir le présent,</p><p>car l’avenir est imprévisible.</p><p>Notre conscience de la vie nous joue des tours, heureux les poissons sans illusion.</p><p></p><p>Soudain, je fermai mon livre. Attrapant vivement la canne qui filait,</p><p>je tirai d’un coup sec pour ferrer le poisson.</p><p>Cinq minutes durant, je bataillai ferme, usant de sa fatigue,</p><p>lâchant du mou pour mieux le ramener à la berge.</p><p>Ses écailles dorées éclairaient le combat d’une triste lumière ;</p><p>son corps massif et sa queue trapue soulevaient en gerbes</p><p>l’eau du canal, fracassée sur la digue.</p><p>Enfin, à l’épuisette, je le ramenai sur les herbes où il se tortillait toujours.</p><p>Et j’enlevai de sa gorge le petit ardillon pointu qui maintenait l’hameçon.</p><p>Après une photo, je remis à l'eau la carpe qui fila sans traîner.</p><p><br>L’avenir, le présent, le poisson n'en a cure : seule compte la liberté.</p>]]></description><guid isPermaLink="false">25541</guid><pubDate>Fri, 16 Oct 2026 20:21:40 +0000</pubDate></item><item><title>Le petit train</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25537-le-petit-train/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>C’était un petit train, mais il avait grandi, de gare en gare de plus en plus chargé en wagons. Il y avait les première classe, où l’on ne mélangeait pas les serviettes et les torchons, mais aussi les bétaillères, qu’on croit si peu délicates.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>A l’intérieur de ce serpent véloce, le luxe était rare et les voitures à bestiaux bien soignées. Quand même : on y rêvait, entre deux arrêts, de l’Orient Express. Ou du Mistral. Vains soupirs !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Les compartiments de voyageurs n’étaient jamais bondés. On ne se bousculait pas. Ça montait et descendait toujours avec une pointe de tristesse au cœur, allez savoir pourquoi. Mais ce qui peut surprendre, c’est que chaque passager, avant de mettre pied à quai, laissait son ombre derrière lui sur son fauteuil. Une trace plus ou moins importante de sa présence pendant le trajet demeurait.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Une fois assis, d’ailleurs, on avait l’impression que le terminus n’existait plus. C’est sans doute ce qui enthousiasmait les plus naïfs. On descendait toujours avec une petite larme au bord des paupières.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Or, au fur et à mesure que les gares se succédaient, le train s’alourdissait en wagons. Depuis le temps qu’il roulait, on aurait pu, en comptant les kilomètres accomplis, faire je ne sais combien de fois le tour du monde ! Chaque compartiment avait ses propres souvenirs. Ils ornaient, précieux, les parois, décoraient les places assises.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>A force, cela posa un problème. A la cent millième station, on constata que le convoi roulait trop lentement. Fini, l’express, appellation imméritée !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>On pensa bien, dans un moment d’égarement radical, se débarrasser d’un surplus de wagons où nul ne montait plus depuis longtemps. Mais alors, la locomotive avait ses vapeurs, ou bien caracolait sans frein et risquait le déraillement !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Plus puissante ? Ah et puis tant pis ! On continuerait en les supprimant au compte-gouttes, ces voitures inutiles, en regroupant les ombres surnuméraires, dont on ferait un lest permanent.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Mais gare ! criait le conducteur. C’était un vieil homme qui crachait un nuage de suie chaque fois qu’il toussait. Il était temps d’arrêter. Au fait, comment prendre sa retraite quand on a passé sa vie à avancer, et sur des rails ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Pourtant, il faudrait bien engager ce train tôt ou tard sur une voie de garage, une plateforme de tri. Et voir les voitures rouiller ? Crève cœur pour le chauffeur-mécanicien, déjà veuf de son copilote, mort en tombant sur la voie un jour d’orage. On l’avait remplacé par un autre qui s’était brûlé à la chaudière. Alors, on le laissa seul piloter.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Après un ultime départ d’une station poussiéreuse, le poussif manège cessa, faute de voyageurs. Il fut, lui, dans son bleu de travail, âme du train (car les contrôleurs étaient devenus inutiles) le dernier à descendre. La loco refusait d’aller plus loin. Le quai desservi était d’ailleurs désert.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>La voie fut condamnée. Quelques pièces éparses dans le convoi ont été récupérées, certaines mises au musée. Le reste gît au cimetière des éléphants. Car les trains qui roulent n’amusent que les vaches. Les éléphants, eux, aiment désosser les longs cours obsolètes, à cause de leur troupe d’âmes voyageuses qui poursuivent, assises sur le cuir délité, une improbable destination.</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25537</guid><pubDate>Fri, 16 Oct 2026 17:31:32 +0000</pubDate></item><item><title>La t&#xEA;te de Mickey, &#xE0; l'envers [Premi&#xE8;re partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25526-la-t%C3%AAte-de-mickey-%C3%A0-lenvers-premi%C3%A8re-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">La tête de Mickey, à l'envers</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Première partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;">Ce mardi 8 juillet 2015, quelle ne fut pas la surprise de Fred lorsque, lors d’une de ses randonnées favorites, il tomba sur une gigantesque tête de Mickey dans une grange abandonnée. Il avait décidé de faire une pause et le vieux bâtiment désert semblait parfaitement adapté à ce besoin.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Sa promenade dans les Pyrénées orientales l’avait conduit à flanc de coteau, non loin du village de Bourg-Marie. Le soleil brillait avec entrain, il faisait un temps splendide et le jeune homme, adepte des courses dans la nature en solitaire, se régalait. Il fut toutefois bien déconcerté par sa trouvaille. La tête énorme, en plastique et carton peint, reposait à l’envers dans un coin de la grange, dans une position bien inconfortable. Quelle étrange trouvaille !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Trop fatigué pour mener l’enquête, Fred décida de se reposer un bon moment après avoir dévoré un sandwich tout préparé. Au moment où il sombrait dans une petite sieste réparatrice, il entendit une voix faible susurrer :</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Hep ! Monsieur ! Vous pourriez me remettre à l’endroit, s’il vous plaît ? C’est un peu nauséeux, cette position.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le jeune homme sursauta. Qui lui parlait ainsi dans la semi-obscurité de la grange ? Il cligna des yeux pour voir jusqu’au fond de la grande salle. La tête de carton l’observait de ses grands yeux bleus. Seigneur ! Il fut terrifié. Mickey avait en effet ouvert les yeux et le regardait d’un air engageant. C’était donc ce monstre étrange qui s’était adressé à lui.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Que voulez-vous ? Qui êtes-vous ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Fred était terrifié et criait presque. Cette vision le figeait de terreur. La tête de carton ne se troubla pas et reprit la parole avec beaucoup de calme :</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Je vous ai demandé de me remettre à l’endroit, s’il vous plaît. N’ayez pas peur, je suis inoffensif, juste coincé pour mon malheur dans cette position depuis des années.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Fred ne lui répondit pas, cette fois-ci. Il prit le temps de réfléchir. Après tout, il pouvait faire un essai, que risquait-il ? Il pensait rêver, faire un horrible cauchemar, mais il fallait aller jusqu’au bout pour y voir plus clair. Il s’arc-bouta contre la face de carton hilare, toujours hilare et, pesant de tout son poids de jeune sportif musclé, réussit à faire basculer Mickey qui retrouva son aplomb.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La tête de Mickey, tranchée au niveau du cou, le regardait à présent avec reconnaissance, posée sur le sol de la grange.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Merci infiniment, cela va mieux, maintenant. J’étais coincé, je voyais le monde à l’envers, quel désagrément !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Je vous en prie, ne me remerciez pas. Mais qui êtes-vous donc ? Comment cela se fait-il que vous parliez ? Vous êtes en carton !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Oui, en carton peint et plastique, comme vous en chair et en os. Vous parlez, je parle. Les choses sont ainsi. Nous n’avons pas choisi, ni l’un, ni l’autre. Les mystères sont nombreux à la surface de la terre.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Mickey était donc philosophe ! Intrigué, Fred lui posa mille questions concernant son arrivée dans cette grange, et son vécu au quotidien en ces lieux. La tête répondit volontiers, avec un bon sourire. Il s’agissait d’un personnage de carnaval mis au rebut voilà vingt ans, les hommes du village l’avaient traîné dans cette grange en attendant des jours meilleurs. Des petits malins étaient venus pour dérober des morceaux du géant de papier. Ils alimenteraient ainsi leur poêle gratuitement. Ne restait plus que la tête. Ils n’avaient pas osé y toucher. Par superstition, sans doute. Mais Mickey n’était peut-être qu’en sursis.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le jeune homme était bien embarrassé. Que faire, à présent ? Cette tête semblait tellement vivante ! Il décida de lui poser la question. La tête soupira. Les possibilités étaient bien réduites. Étrange mort-vivant, carton parlant sans cause ni raison, son destin était bien sombre. Au mieux, il deviendrait bête curieuse dans un cirque, si les hommes s’emparaient de lui. Les humains n’étaient guidés que par l’intérêt, il deviendrait leur chose, taillable et corvéable à merci.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">(<em>À suivre</em>…)</p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25526</guid><pubDate>Tue, 13 Oct 2026 21:28:36 +0000</pubDate></item><item><title>La t&#xEA;te de Mickey, &#xE0; l'envers [Deuxi&#xE8;me partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25527-la-t%C3%AAte-de-mickey-%C3%A0-lenvers-deuxi%C3%A8me-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">La tête de Mickey, à l'envers</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Deuxième partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;">Fred était maintenant sincèrement désolé pour la tête coupée. Le « monstre » avait raison. Sa capture signifierait la fin de sa liberté relative et surtout de sa tranquillité. Fallait-il le laisser prendre la poussière, tout seul, dans sa grange abandonnée ? Oui, bien sûr, c’était la seule solution raisonnable, même si cela semblait bien cruel. La tête de Mickey maintenant à l’endroit le lui demanda instamment. Mais que ferait-il, isolé dans cette grange ? Mickey ne manqua pas de lui faire remarquer qu’il avait été seul, ainsi, pendant des années. Sa position inconfortable lui pesait. Maintenant qu’il était à l’endroit, les choses se passeraient mieux.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La souris vivante poursuivit son argumentation : oh ! il avait de quoi s’occuper, les merles lui rendaient visite chaque matin, il avait organisé des concours de trilles qui connaissaient un beau succès. L’après-midi, à l’heure de la sieste, c’était le moment des écureuils fouineurs et curieux, qui avaient pris l’habitude de l’observer sous tous les angles. Cela lui faisait de la compagnie. Et puis, la nuit, parfois, un rayon de Lune venait malicieusement le chatouiller, entrant on ne sait trop comment dans son logis. Il le faisait rire. De toutes façons, tout était préférable aux humains.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Convaincu mais troublé, Fred se résolut à quitter la grange, en abandonnant celui qu’il considérait presque à présent comme un ami très cher. Le soleil se couchait sur les Pyrénées, la vue était splendide, mais il était temps de regagner le bourg au petit trot. Le jeune homme s’élança sans attendre. Il retrouva son véhicule qui l’attendait, garé sagement sur un terre-plein, et regagna son domicile, situé à une vingtaine de kilomètres de son lieu de promenade favori.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">La vie reprit son cours ordinaire. Fred retrouva le lendemain ses collègues de travail et oublia un peu le géant de carton. Les choses semblèrent se tasser. La routine triompha à nouveau. Toutefois, un mois après sa rencontre avec la tête de Mickey, Fred parcourait le quotidien local à la page des faits divers lorsqu’il tomba sur une nouvelle alarmante : le feu avait pris à la grange Mazurelle, une vieille bâtisse abandonnée, près du village de Bourg-Marie.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Un corps carbonisé de grande taille avait été retrouvé, une sorte de monstre, à la fois homme et rat, vêtu de haillons. Une enquête était en cours pour élucider le mystère : de qui s’agissait-il ? La grange était donc occupée ? S’agissait-il d’un rôdeur étrangement hybride ? Les policiers étaient sur les dents et la presse régionale n’en finissait pas d’émettre des suppositions. Mais pour l’instant, l’enquête était au point mort.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le jeune homme eut l’impression de recevoir un coup de poignard dans la poitrine. La culpabilité, sans doute. Mais cette tête immense qu’il avait découverte (en se gardant bien d’en parler à quiconque, personne ne l’aurait cru) n’était pas humaine ! C’était du carton ! Et pourtant il discutait, certes… Qu’est-ce donc que tout cela signifiait ? Fred se sentit devenir fou. Il fallait oublier cette affreuse histoire, n’en plus parler. Cela n’avait jamais existé, cela n’avait jamais existé, cela n’avait jamais existé, cela n’avait jamais existé…</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le jeune homme adoptait la méthode Coué pour surmonter son trouble et tenta de s’apaiser. Peu à peu, le calme revint dans son esprit. Pourquoi se sentir coupable ? Après tout, il n’était responsable de rien dans cette histoire et la créature étrange trouvée dans l’incendie dont parlaient les journaux, hybride d’humain et de souris, n’avait à l’évidence rien à voir avec le personnage de carton qu’il avait cru entendre parler, le mois dernier, dans la vieille grange abandonnée. Les objets, cela ne parle pas, après tout. Il avait dû rêver éveillé. Tout cela ne voulait rien dire.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Allons, il fallait tourner la page et penser à autre chose. Aux vacances d’été, par exemple, qui se profilaient à l’horizon. Où irait-il donc, cette année ? Peut-être pourrait-il demander à sa collègue Jessica de venir avec lui. Elle était si séduisante… Ils pourraient camper au bord des Grands Lacs canadiens. Tout cela était bien tentant.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">FIN</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;"> </p>]]></description><guid isPermaLink="false">25527</guid><pubDate>Tue, 13 Oct 2026 21:33:11 +0000</pubDate></item><item><title>La bande son</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25517-la-bande-son/</link><description><![CDATA[<p></p><p>Il pleut et j'écoute Charles Aznavour.</p><p>C'est un exercice très dangereux, mes tripes se tordent comme si j'avais bu cul-sec le tord-boyau de l'oncle Bruno qui maniait l'alambic avec la tante Monique, qui vivaient à Nairobi et pratiquaient l'anaérobie ; je n'ai mangé qu'une fois chez eux et j'en remercie dieu car après un chili con carne et deux verres de leur nectar, je m'étais couchée tard et j'avais dû passer la nuit en voyant des lucanes partout, avec mal aux cheveux.</p><p>Comme j'étais très mince, j'ai déliré en jurant que jamais on ne m'y reprendrait.</p><p></p><p>Pour en revenir à Charles, sa voix va de mes tympans directement dans mon ventre, ça ne s'explique pas ; et je ne saurais dire non plus pourquoi un jour où ça va pas je le laisse m'achever sur les sillons noirs d'un vinyle que j'avais acheté alors que j'étais encore loin d'être sénile.</p><p></p><p>Je suis prête à me pendre à la corde qui pend au-dessus de mon escabeau, une corde à laquelle je tiens, puisque je me souviens de son histoire, que je ne raconterai pas ce soir.</p><p></p><p>Je résiste grâce à France Gall, peut-être, ou à la factrice qui vient de me remettre une lettre de mon cousin Fabrice.<br></p><p>Il me propose une soirée saucisses,  que dieu le bénisse !</p><p>Je regarde mon emploi du temps vide car j'ai horreur des rendez-vous ; c'est ce soir, ça tombe bien.</p><p>Alors je me prépare en écoutant Brassens <em>j'ai rendez-vous avec vous,</em> la guitare en bandoulière, j'éteins les lumières, le tourne-disques et la chaudière, je prends un alka-seltzer au cas où ; il ne pleut plus, le chat me demande <em>où tu vas </em>?</p><p>Quel culot il a celui-là, qui s'absente à tout-va comme bon lui semble !</p><p>Comme si j'étais en faute, je lui remets une ration de croquettes, je sais que je suis sotte et plutôt bête, qu'importe ...</p><p>Au fumet des saucisses qui cuisent sur le barbecue, je me dirige chez Fabrice.</p><p>Il ne pleut plus et mon cœur se desserre ; mais j'entends cette chanson "<em>Bonsoir mes amis" </em>de Frédérik Mey* que j'avais oubliée et me voilà à nouveau triste, malgré ...</p><p>Et j'ai encore mal aux tripes. </p><p>La corde pend.</p><p>Il y a dans toute mélancolie un vague à l'âme qui ne dit pas son nom, et sous ce calme apparent, une lame de fond qui monte lentement et finit toujours par tout emporter.</p><p>(joailes -) 12 octobre 2026 - 23h 30 </p><p></p><p>* Frédérik Mey : méconnu mais tellement à connaître !  <strong>Bonsoir mes amis »</strong> (1972) : Une chanson d'adieu dont les paroles évoquent "<em>le temps d'un dernier verre".</em></p><p></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25517</guid><pubDate>Mon, 12 Oct 2026 21:31:02 +0000</pubDate></item><item><title>Lettre 6&#xA0;  Grandir&#xA0;</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25495-lettre-6%C2%A0-grandir%C2%A0/</link><description><![CDATA[<p></p><p><br></p><p><strong>Cher dieu,</strong></p><p><br></p><p><strong>À nouveau le stylo en main !</strong></p><p><strong>Pour écrire ce qui vient.</strong></p><p><strong>Je me réjouis des jours qui passent.</strong></p><p><strong>Je me sens prise dans le souffle du vent.</strong></p><p><strong>Ce souffle c’est le tien,c’est le mien.</strong></p><p><strong>Et, je laisse tout mon être se glisser dedans ,à travers, si tant est qu’un dehors soit…</strong></p><p><strong>En tout cas, tout mon être se fond dans ce souffle.</strong></p><p><strong>Je me sens dans la vie ni en dessous ,au-dessus ou à côté , mais bien dedans !</strong></p><p><strong>L’extérieur existe uniquement lorsque l’illusion de s’y trouver se manifeste.</strong></p><p><strong>Je réalise en ce moment que je parle d’infini , rien est limité…</strong></p><p><strong>Je regarde l’espace du ciel : a-t-il vraiment un espace à lui ?</strong></p><p><strong>Il commence à quelle hauteur exactement ?</strong></p><p><strong>Il se termine où ?</strong></p><p><strong>L’oiseau vole dedans, l’avion ne dépasse pas une certaine altitude ; l’un comme l’autre, ils n’en exploitent qu’une infime partie.</strong></p><p><strong>Suis-je sur la terre ou dans le ciel ? </strong></p><p><strong>Les deux à la fois ?</strong></p><p><strong>Mes pieds touchent le sol, et ma tête : où se situe-t-elle ?</strong></p><p><strong>Dans le ciel ?</strong></p><p><strong>Où commence la hauteur du ciel ?</strong></p><p><strong>Pour une fourmi , nous sommes dans le ciel </strong><span class="ipsEmoji" title="">😉</span><strong>…</strong></p><p><strong>Est-on dans le ciel du moment où nous avons la capacité de voler ?</strong></p><p><strong>Mon corps est à la fois sur cette terre et dans le ciel. </strong></p><p><strong>Si le ciel rejoint la terre à sa surface, alors, mes pieds en saisissent la jonction.</strong></p><p><strong>Ils créent le lien, l’unité entre la Terre et le ciel. </strong></p><p><strong>Par ma densité je suis en mesure de rester sur terre.</strong></p><p><strong>Lorsque je redeviendrai Souffle, je ne pourrai plus.</strong></p><p><strong>La terre qui nous accueille, sur laquelle nous marchons, unie au ciel avec lequel nous évoluons sont, pour chacun d’entre eux, et par l’unité qu’ils représentent ,un seul et même espace sacré dans lequel nous grandissons.</strong></p><p><br></p><p><strong>À partir de quel moment commence cette croissance ?</strong></p><p><br></p><p><strong>La naissance serait le début ,et la mort la fin ?</strong></p><p><br></p><p><strong>Une jolie carte que ma sœur m’avait offert m’a intrigué quelques années après : il était écrit  le verbe « grandir » conjuguer au présent :</strong></p><p><strong><em>Je grandis</em></strong></p><p><strong><em>Tu grandis</em></strong></p><p><strong><em>Il ou elle grandit</em></strong></p><p><strong><em>Nous grandissons </em></strong></p><p><strong><em>Vous grandissez</em></strong></p><p><strong><em>Ils ou elles grandissent.</em></strong></p><p><strong>C’était une carte pour les enfants pour montrer leur croissance, leur développement…</strong></p><p><strong>Une très jolie carte au style rétro </strong></p><p><br></p><p><strong>J’aime ce mot « grandir  »et à présent que mes enfants sont « grands », que cette « conjugaison  s’est accomplie » , j’ai voulu ranger cette carte lorsque, en la relisant, je me suis posée la question suivante :</strong></p><p><br></p><p><strong>N’a-t-on jamais fini de grandir ?</strong></p><p><br></p><p><strong> La croissance est-elle réservée  à l’enfance ?</strong></p><p><br></p><p><strong>Grandir est au-delà du développement moteur et de l’aspect physique.</strong></p><p><strong>Grandir est une force dynamique de l’esprit. </strong></p><p><strong>Grandir c’est le principe même de la Vie qui est un mouvement éternel.</strong></p><p><strong>Je n’ai pas rangé cette carte dans un carton !</strong></p><p><strong>Elle témoigne trop d’une fondamentale vérité !</strong></p><p><strong>Rien n’est terminé, tout se poursuit.</strong></p><p><strong>Je grandis encore, je ne m’enferme pas dans un concept limité au corps.</strong></p><p><strong>Mon cœur, mon esprit, mon âme sont en pleine croissance.</strong></p><p><strong>Et c’est par la prise de conscience de cela qu’ils continuent ensemble simplement à se développer.</strong></p><p><br></p><p><strong>Mon Dieu d’Amour,ce qui me permet de voir cela, c’est bien la force de l’Amour que je ressens.</strong></p><p><strong>Je bénis ces moments où des choses surgissent dans ma conscience et se révèlent à moi comme des évidences !</strong></p><p><br></p><p><strong>Je t’aime de tout mon cœur</strong></p><p><strong><em> « grandissant  » </em>!</strong></p><p><br><strong>Année 2014-2015</strong></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25495</guid><pubDate>Thu, 08 Oct 2026 21:02:04 +0000</pubDate></item><item><title>Vieux grincheux ?</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25515-vieux-grincheux/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: inherit;">Le grincheux de 77 ans que je ne voudrais pas être…</span></strong></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Laisserai-je le souvenir d’un grincheux,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Jamais content, jamais d’accord…</span></p><p><span style="font-family: inherit;">D’un acariâtre qui dit toujours non ?</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Pourtant, ce n’est pas mon souhait.</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">À force d’avoir voulu faire le gendarme,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Parce que je croyais être le seul</span></p><p><span style="font-family: inherit;">À poser les bornes éducatives et morales</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Au sein de ma famille,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Je suis devenu quelque peu psychorigide.</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Alors que ma nature profonde</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Est faite de compassion et de générosité.</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Comment ne pas reproduire avec mes petites-filles</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Les mêmes règles d’éducation</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Que celles appliquées à mes fils,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Il y a plusieurs décennies ?</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Le monde a changé, les mentalités aussi,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Et ce qui me paraissait indispensable hier</span></p><p><span style="font-family: inherit;">N’est peut-être plus la meilleure réponse aujourd’hui.</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Mais comment lâcher prise</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Sans avoir le sentiment de renoncer à mes valeurs ?</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Comment rester un grand-père protecteur</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Sans devenir celui qui interdit,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Qui reprend, qui contrarie ?</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Peut-être me faut-il apprendre</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Que l’on peut transmettre sans imposer,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Guider sans commander,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Et aimer sans toujours vouloir corriger.</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">Car au soir de ma vie,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Je ne voudrais pas que mes petits-enfants</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Se souviennent surtout de mes interdits,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Mais qu’ils sachent, au-delà de mes maladresses,</span></p><p><span style="font-family: inherit;">Combien je les ai aimés.</span></p><p><span style="font-family: inherit;"> </span></p><p><span style="font-family: inherit;">7 Octobre 2026</span></p><p></p><p><em>Aquarelle assistée IA, d'après une photo perso, (à la Schopenhauer...)</em></p><p><img class="ipsImage ipsRichText__align--block ipsRichText__align--width-custom" data-fileid="4943" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2026_10/image.png.fade55918d2cd5f36c14b6034987326b.png" alt="image.png" title="" width="711" height="486" style="--i-media-width: 414px;" loading="lazy"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25515</guid><pubDate>Mon, 12 Oct 2026 17:48:04 +0000</pubDate></item><item><title>La minute belle</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25514-la-minute-belle/</link><description><![CDATA[<p><strong><em>                                                                  La minute belle</em></strong></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Ma plume m’a soufflé à l’oreille…</em></p><p style="text-align:justify;"><em>Ou peut-être est-ce le vent ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Prends la minute et rends-la belle. Enchâsse-la, à la place de l’étoile. »</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Ô, boîte à musique, voici que s’ouvre ma mémoire, serinette posée sur la table de lourd pin doré par les années, dont chacune cache les autres tant elles se miment et se perdent. Perspective fébrile, vue du vieil âge. Sur la nappe de coton rouge, il y avait les bols multicolores, ils parfumaient qui au café, qui, pour les plus anciens, au chocolat. On voit leurs stries comme juste tracées par la main du potier. C’est une alternance de vert, jaune, rouge, bleu. Ils étaient arrivés d’un vieux bourg du pays...</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Après ?</em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Prends l’étoile, dit la plume. Insère la minute. »</em></p><p style="text-align:justify;"><em>Je m’obéis, oui, la minute brille dans le ciel. Sans histoire.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Alors, la plume se rapproche.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Sais-tu celles de Noël ? Elles ont un charme puissant. La soirée la plus glaciale de l’année, elles, qui ont traversé les âges, les font gourmandes, brûlantes, colorées, dentelle et douceur enrobées de vocalises exquises.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Il fut une fois, pourtant, où Noël faillit. Dans l’auge emplie de paille ne rêvait aucun enfançon. Les anges ne battaient pas la campagne et la minuit ne sonna point. Le clocher restait impassiblement muet, qui se confondait avec les ténèbres. Pas de vitrail illuminé par ne fût-ce qu’un cierge. Rien. Quand la nuit fut si fort avancée qu’on put croire le réveillon passé quoiqu’il ne fût pas consommé, un bruit horrible se fit entendre dans toutes les cheminées du bourg. Et chaque foyer vit débarquer chez soi, couvert de suie, un ogre !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Le monstre traînait une hotte de fer remplie des joujoux volés aux enfants par lui.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Qui êtes-vous ? »</em></p><p style="text-align:justify;"><em>Une seule, une petite fille de huit ans, avait osé poser la question.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Le croquemitaine ricana et rugit :</em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Je suis le père Néant ! Je reprends tout, tous les cadeaux reçus et vous avec ! Car la Terre va s’éteindre, croquée par le soleil qui la rendra à la nuit. Il n’y aura plus de neige, plus de bûche pour l’âtre. Plus rien! Enfants, pourquoi croître ? Pourquoi multiplier, parents ? Car moi, je viens pour dépeupler ! »</em></p><p style="text-align:justify;"><em>Puis se tut, l'air terrible.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Alors, on vit traîner, comme son ombre, le père Fouettard. Et, chose étrange, celui-ci quitta un instant les talons de celui qu’il suivait – et qui s’en allait, faisant sonner ses bottes.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Petits, glissa-t-il, un peu confus de leur sourire. Il vous reste une chance de faire scintiller la poussière : distinguez-vous de vos parents. Réfléchissez la lumière ! Et peut-être récupérerez-vous d’authentiques joujoux. Des minutes belles, dignes de Noël. »</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Et tous les petits minois de s’illuminer enfin.</em></p><p style="text-align:justify;"><em>Ils l’avaient eu en dépit d’un grand danger, leur instant sacré. Promesse du censeur lui-même.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Les parents disputaient déjà de porter plainte, de tout casser…</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>« CHUT ! »</em></p><p style="text-align:justify;"><em>Firent leurs enfants.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Et tous virent que venait de cligner  une étoile.</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25514</guid><pubDate>Mon, 12 Oct 2026 17:35:54 +0000</pubDate></item><item><title>Paul Tronc 4  : Kitch</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25512-paul-tronc-4-kitch/</link><description><![CDATA[<p></p><p></p><p>Paul avait deux copains et une amie</p><p>Kitch , tartignole et la p’tite Lu qui s’appelait Constance…</p><p></p><p>Est ce que les amitiés les plus solides naissent à l’école ?</p><p>Enfin dans une institution avec un règlement, un cadre à respecter …</p><p>Kitch et tartignole ont d’abord croisé leurs regards la première fois à l’école maternelle, au moment d’aller collectivement aux toilettes…</p><p>Kitch avec ses bretelles qui tenaient bien tendues son petit bermuda, tellement tendues qu’on eut dit qu’il avait un baudrier ce qui ne lui déplaisait pas car kitch était un enfant qui aimait grimper de partout, svelte mince agile un vrai petit cabri …</p><p>Bref, arnaché ainsi il avait toujours du mal pour les commodités d’autant qu’il fallait toujours se presser !</p><p>Les maîtresses étaient des compteuses de temps, autant que des conteuses d’histoires ,et orchestraient les journées à la baguette de chef symphonique ! </p><p>Mais elles étaient rigolotes dans leurs manœuvres et ordres prononcés à tout vent qu’elles n’impressionnaient pas les enfants mais les amusaient !</p><p>C’est ainsi que la rencontre de Kitch et Tartignole eut lieu dans une joyeuse cacophonie pressée et des envies pressantes de se soulager comme beaucoup d’enfants…</p><p>Kitch avait donc des difficultés avec ses bretelles trop bien accrochées au tissu et bataillait à les défaire..</p><p>On eut dit des mousquetons assurant avec un sérieux implacable leur mission de ne pas laisser chuter le bermuda…</p><p>Si bien que Kitch n’y parvenant pas, l’envie enflammant à l’extrême sa vessie, celle-ci  évidemment se relâcha …</p><p></p><p>Comment un surnom peut-il naître ?</p><p></p><p>Et bien parfois il ne faut pas trop chercher de rentrer de St Cyr ou d’en sortir…</p><p></p><p>Comment peut-il être admis de manière collective ?</p><p></p><p>Kitch de son vrai prénom « Charles » gardera jusqu’à la fin de ses jours ce curieux sobriquet… </p><p>enfin lui-même l’a très bien adopté au fil du temps, cela correspondait à lui finalement…</p><p></p><p>Enfin donc pourquoi Kitch s’appelait-il Kitch ?</p><p></p><p>Simplement parce que ce jour de lâcher prise des sphincters vésicaux ( lesquels nous font à tous un jour ou l’autre leur mauvais coup) Kitch a eu besoin d’être changé… </p><p>ah quelle drôle de tournure de langage «  être changé » …</p><p>« Sois le changement que tu veux dans le monde… »</p><p>Enfin donc, ce jour là les maîtresses à cours de vêtements, ont trouvé de vieux habits de l’époque 1900 … il en restait quelques uns dans les malles où les enfants pouvaient,les jours de fêtes, aller en trouver pour se déguiser …</p><p>Kitch était donc rentré chez lui en cette fin d’après-midi d’école avec un pantalon trop large , un manteau étriqué et des chaussures bien trop grandes ( les siennes étaient encore humides…),</p><p>il ne manquait que le chapeau melon,la canne et la petite moustache…</p><p>Kitch Charlie était né !</p>]]></description><guid isPermaLink="false">25512</guid><pubDate>Mon, 12 Oct 2026 13:38:19 +0000</pubDate></item><item><title>Satyre (par les cheveux)</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25489-satyre-par-les-cheveux/</link><description><![CDATA[<p><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Rudy Mentaire était mal vu des gens de son village. Ses ancêtres passaient pour possédés. En effet, les plus lointains dans le temps n’étaient pas libres de leur personne. On l’avait su grâce à des recherches génialogiques. Il y avait donc eu des esprits, peut-être malins, dans sa lignée. D’obscurs génies enfermés dans des lampes. Notamment, selon les archives remontant à sa branche issue d’Inde, un certain Amal Adin, qui souffrait de partout, était un derviche Noû, d’origine hindoue, habitué à ressasser en chuintant : « Ainshi va la vie ! ». A force de tourner autour de son arbre ancestral, il souffrit de vertiges particuliers qualifiés de vertiges des vestiges, car il était très curieux de son passé. A le voir ainsi virer, sa vie tourna au cauchemar : les villageois subsumèrent que son âme était possédée par le diable. Ne venait-il pas de Vauvert, où jadis on reléguait les pestiférés dans une maladrerie ? On exilait là-bas tous ceux qui étaient atteints de maladresse. Au moins étaient-ils ainsi sortis du système, sauvés des persécutions, car qui les cherchait jamais ne les trouvait : c’était </em>male<em> adresse. Père Sonne habitait là, avec ces fantômes proscrits. C’était un sauvage qui chassait les intrus à coups de marrons. D’Inde, évidemment. Mais il y avait si loin de ses origines !</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Rudy, menteur, cachait les maladresses de son destin. Car celui-ci persistait à lui jouer des tours. Comme au derviche tourneur, lequel, coquin de sort ! ne pouvait plus s’arrêter de tourner en rond. C’est cela qui détermina Rudy à devenir chercheur. Il fit des études qui n’en finissaient plus. Vint un temps où il soutint, brillamment, sa thèse archéopaléomaispastroplogique sur le sujet de la hache polie. Las ! Il était déjà très âgé et tomba malade. Une excroissance syllabique d’origine consonantique lui valut une hanche polie par les soins du Dr. Klaus Téoporoz à l’Hôpital Isman, où l’on opérait tout ce qui passait à portée de charme par des procédés magiques.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Décidément, la fatalité de l’obscure hantise obscurantiste frappait encore la famille, jusqu’à ce rejeton pourtant converti aux lumières de la science ! Ajoutez à cet imbroglio une maladresse (encore une) de l’Administration, vous aurez… un docteur ès hanches polies (sic, mais pas sikh, ne confondons pas). De l’administratif, on se débarrassa pour passer à l’admiratif : toutes les personnes portées au libertinage succombèrent à l’attrait de ce corps que l’on trouvait « bien balancé ». Ses hanches, de problème pathologique devinrent appas pathétique. Tout le monde recherchait ses bras, il se trouvait dans de beaux draps ! Justement, c’étaient des draps cadabras, qu’il avait rapportés d’Anne Atolie, automane (qui, elle, préférait le sofa, comme son amie Sophie). L’automanie est une forme force-née d’autoérotisme pour laquelle les Turcs ont un truc, mais ce n’est pas le sujet.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>Ainsi, le docte qu’il était retombait dans le côté pas clair des ténèbres. Mais il s’en est si bien réjoui qu’il n’en est jamais sorti. On dit qu’il a fait plein d’enfants partout et d’aucuns rajoutent ici un zézaiement suspect. Ils ont grandi sans lui. On les reconnaît à leur manie de jouer de l’anche quand ils agissent de concert, notamment ceux qui pratiquent le hautbois au fond des hauts bois. D’où des commentaires salaces : « Oh ! mais satyre à hue et à dia ! » ou « Ma parole, satyre à vue ! », etc.</em></p><p style="text-align:justify;"><em> </em></p><p style="text-align:justify;"><em>« Tout ça fait désordre ! » a dit je ne sais quel démiurge à plume. Un sort lui fut jeté : il fut fait meneur de loups. Aussitôt, toutes les créatures au poil écologiste se mirent à protester en meute. L’espèce lupine en danger, qu’on lui fiche la paix ! Et puis, il y eut une pétition des admirateurs de la hanche de Rudy qui trouvaient rude de se passer d’elle. Alors la peine fut commuée : Rudy fut fait meneur de mouches, au grand soulagement des béats.</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25489</guid><pubDate>Thu, 08 Oct 2026 17:49:58 +0000</pubDate></item><item><title>Les Mouches blanches [Deuxi&#xE8;me partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25478-les-mouches-blanches-deuxi%C3%A8me-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Les Mouches blanches</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Deuxième partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"><img src="https://zupimages.net/up/26/41/tqm9.jpg" alt="tqm9.jpg" class="ipsRichText__align--block" width="1000" height="545" loading="lazy"><span data-ips-font-size="80">Illustration du récit réalisée avec le concours de l’IA</span></p><p style="text-align:center;"> </p><p style="text-align:justify;">Le jeune maître-assistant s’ébroua.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Eh bien, en voilà une conclusion agréable ! En tout cas, la mouche blanche que je suis va rentrer chez elle pour se préparer à dîner devant son écran. Un nouveau jeu vidéo attend que je le teste cette nuit. Bonne soirée, professeur !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Bonne soirée, cher ami ! Essayez de dormir un peu, quand même.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Les deux hommes se séparèrent pour la nuit, en attendant les cours du lendemain matin. Artus dormit très mal. La légèreté qu’il avait affichée avec le professeur Laurent n’était pas vraiment sincère. Il pressentait un drame, ou plutôt une catastrophe. Il n’aurait pu préciser la nature de son angoisse et les causes de son anxiété, mais il était terrifié, profondément anxieux. Et ce n’était pas le nouveau jeu vidéo insipide auquel il s’était adonné pendant des heures ce soir-là qui aurait pu l’apaiser.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">À neuf heures, le lendemain matin, il était de retour dans le laboratoire du professeur Laurent. Malheureusement, toute la matinée, le professeur ne se montra pas. Les étudiants étaient furieux de s’être déplacés pour rien et le firent agressivement comprendre à l’assistant du professeur. Artus, quant à lui, s’inquiétait. Ses angoisses furent rapidement confirmées par un appel téléphonique vers treize heures. La police le priait de venir de toute urgence au 18ter, avenue du Mont Pilâtre, dans le XVIIIème arrondissement de Paris.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Dans le bureau du commissaire, le maître-assistant apprit de bien mauvaises nouvelles. Le professeur Laurent avait été retrouvé étranglé dans son appartement. Deux pots de confiture avaient été renversés sur lui. Lorsque la police l’avait découvert, suite à un signalement anonyme, le corps du professeur était déjà recouvert de mouches. Artus avait été convoqué pour les besoins de l’enquête criminelle. Était-il au courant de quelque chose ? Monsieur Laurent avait-il des ennemis ? Quel avait été l’emploi du temps d’Artus ces dernières heures ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Bouleversé par la nouvelle tragique de la mort de son maître et ami, le jeune homme fit de son mieux néanmoins pour répondre aux questions des enquêteurs. Il comprit qu’il était lui-même suspect. Pourquoi ? Allez savoir. Troublé, angoissé, le jeune homme décida de rentrer chez lui, après autorisation des policiers. Il ne pourrait pas supporter les étudiants cette après-midi. Et tant pis pour l’opinion du recteur d’université.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">C’est avec une immense tristesse qu’Artus poussa la porte de son domicile. Il réalisait qu’il ne verrait plus jamais le professeur Laurent, cet homme si affable, si savant, si patient. Quelle tragédie ! Et quel scandale ! Qui pouvait bien l’avoir assassiné ? Car Artus en était sûr, ce crime était un assassinat prémédité. Apparemment, rien n’avait été volé au domicile du Monsieur Laurent. Le geste avait-il un lien avec les derniers travaux du professeur ? Artus savait que les ultimes recherches du scientifique devaient s’accompagner de préconisations auprès des pouvoirs publics. Elles pouvaient gêner certains.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le lobby des mouches blanches était-il intervenu pour neutraliser le professeur Laurent ? Cette réflexion fit sourire Artus. Mais son sourire était sans joie tant il se souvenait avec précision de la dernière conversation si terrifiante qu’il avait eue avec son maître de stage. Des collègues jaloux l’avaient-ils tué ou bien des intérêts financiers étaient-ils de la partie ? Tout était si confus ! Artus décida de mener l’enquête sur le Dark Web, cet espace marginal sur internet où tout se sait et tout se vend.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Les recherches d’Artus furent vite couronnées de succès. Il découvrit qu’une bande organisée de criminels était au courant des dernières recherches du professeur Laurent. En lien avec de puissants intérêts financiers et diverses firmes privées, ils avaient reçu ordre de supprimer l’auteur du nouveau rapport « Les Mouches blanches », source de futures poursuites de la part du pouvoir judiciaire. C’est ainsi qu’ils étaient allés chez Monsieur Laurent et l’avaient tartiné de confiture. Les mouches seraient vengées ! Le Dark Web était empli du récit des exploits grotesques et des tarifs prohibitifs de cette bande de mercenaires assassins.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Artus prit note scrupuleusement de tout ce qu’il avait pu engranger comme informations sur internet concernant l’assassinat de Monsieur Laurent. Puis il se dirigea sans attendre vers le même commissariat qui l’avait auditionné en début d’après-midi. Il espérait de toutes ses forces que ce pauvre professeur Laurent serait vengé et que justice serait faite à ses assassins et à leurs commanditaires. De toutes façons, rien ne pourrait remplacer l’amitié sincère qui le reliait au scientifique.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="150">FIN</span></strong></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25478</guid><pubDate>Tue, 06 Oct 2026 20:19:47 +0000</pubDate></item><item><title>Les Mouches blanches [Premi&#xE8;re partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25476-les-mouches-blanches-premi%C3%A8re-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Les Mouches blanches</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Première partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><img src="https://zupimages.net/up/26/41/kqkh.jpg" alt="kqkh.jpg" class="ipsRichText__align--block" width="1000" height="545" loading="lazy"><span data-ips-font-size="80">Illustration du récit réalisée avec le concours de l’IA</span></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;">Dans le grand laboratoire de psycho-sociologie de l’Université Paris-Lenoir, c’était l’heure que préférait Artus. Le jeune maître-assistant avait vu tout le long du jour défiler les étudiants, se succéder les cours sans discontinuer et décliner la lumière du jour de ce 8 février 2032. À présent, tout le monde était parti, sauf les universitaires les plus chevronnés. Il pouvait se détendre et pourquoi pas, poursuivre la conversation qu’il avait initiée la veille avec le professeur Laurent, responsable de l’unité de recherches.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">L’échange avait commencé ainsi :</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Professeur, j’ai réfléchi à ce vous m’avez confié hier soir, ce trouble, ce désarroi qui vous avaient saisi face aux résultats des derniers travaux auxquels vous vous êtes livré. Oui, ce phénomène étrange et concomitant d’hyper-socialisation de la société et de perte de tout lien social véritable. Ce sont des constatations extrêmement inquiétantes. L’être humain est-il en train de muter ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Cette dernière phrase avait été prononcée sur le ton de la plaisanterie. Artus ne voyait vraiment pas les raisons pour lesquelles le professeur Laurent s’alarmait autant. Certes, les gens étaient égoïstes et individualistes dans les sociétés modernes. Mais était-ce véritablement dramatique ? Après tout, on a bien le droit de déguster des nuggets de poulet tout seul devant son ordinateur le soir après le travail sans être pour autant un danger public.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Le professeur Laurent regarda son assistant avec sérieux et gravité.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Vous avez raison, Artus, ce n’est pas grave. C’est tragique, cela veut dire tout simplement la fin de l’humanité. De l’humanité véritable, en réalité.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Donc, nous mutons ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Artus souriait toujours.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Oui, cher ami, nous mutons. Nous ne serons d’ailleurs bientôt absolument plus des humains, tels qu’ils ont pu évoluer depuis des millénaires. Nous nous coupons progressivement non seulement de nos racines, mais de nous-mêmes.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- - Nous devenons autre chose, alors. Des lapins de garenne, je présume ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Artus s’esclaffa.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Des mouches, plus précisément, Artus. Sans plus de cervelle digne de ce nom, mais une légèreté implacable, des déplacements à courte vue et purement réflexes. Le vent guide la mouche. L’opinion du leader charismatique dirige le nouvel humain, cette mouche blanche.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Une mouche blanche à présent, professeur ? Et pourquoi pas jaune ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Ne riez pas, Artus, cela n’a rien de drôle.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Expliquez-vous, professeur !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- L’être humain nouveau n’a plus d’âme. Plus grave, il n’a plus de conscience morale, de principes ou d’éducation ayant pour origine les leçons du passé et la sagesse des anciens.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Et alors ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Alors, le conditionnement auquel il est livré corps et âme depuis sa plus tendre enfance actuellement (le bébé est installé à trois mois devant les écrans) le conduit à secréter une sorte de carapace translucide, de protection contre autrui, de barrière contre tout ce qui est extérieur à lui-même et à ses croyances construites par autrui. Ce « lui-même » est un bien grand mot. Il n’a plus d’intériorité ni de réflexion personnelle, encore moins de jugement autonome.  L’absence d’empathie est totale. Il peut être défini comme une solitude parmi d’autres solitudes, revêtu seulement de sa carapace blanche anti contact, soumis à des actes réflexes.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Une mouche blanche.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Oui, non plus un être humain, mais une mouche blanche, tragiquement caparaçonnée d’illusions et de certitudes.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- C’est le progrès, professeur !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- En effet, Artus, c’est le progrès, au détriment de l’humanité qui lui a donné naissance.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Mais qui dirige ou qui contrôle cette volière de mouches blanches ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Les Invisibles. Toutes ces ondes, toutes ces prescriptions d’un monde ultra branché qui échappent même à leur source. La machine s’est emballée et les mouches flottent dans le vide à une vitesse accélérée. Le système se nourrit de lui-même, il a échappé à tout contrôle.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- C’est l’Intelligence Artificielle qui aura le dernier mot ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- L’homme, ou plutôt ce qui s’appelait auparavant être humain, est devenu « intelligence artificielle » lui-même. Il ne reconnaît plus ses semblables comme tels, il n’a d’intimité, ou ce qu’il croit être vestige, simulacre d’intimité, qu’avec les machines, forums et réseaux soi-disant sociaux.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Cela ne date pas d’hier, professeur ! Les hommes ont toujours adoré leur voiture.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Oui, Artus, cela fut une évolution. Sauf que maintenant, c’est une révolution : l’homme est <em>devenu </em>machine. La moins perfectionnée de ses machines, puisqu’il dépend de toutes. Relié à tout, maître de rien.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">(<em>À suivre</em>…)</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25476</guid><pubDate>Tue, 06 Oct 2026 20:16:06 +0000</pubDate></item><item><title>L'invit&#xE9;e du jeudi dans ma pi&#xE8;ce-maison</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25484-linvit%C3%A9e-du-jeudi-dans-ma-pi%C3%A8ce-maison/</link><description><![CDATA[<p>Plume libre </p><p></p><p><em>"Il y a en nous quelqu'un que nous ne connaissons pas, qui attend, et qui un jour entre sans frapper." (Christian Bobin) </em></p><p></p><p></p><p>Lundi, jour de pluie.</p><p>Je reviens d'une vente aux enchères, plutôt satisfaite, car j'ai emporté haut la main une toile de Myopo <em>"L'invitée du jeudi"</em> dont je rêvais depuis des années, après l'avoir croisée dans un musée.</p><p>Je l'ai délicatement déshabillée de son papier glassine et l'ai posée sur un vieux chevalet ayant appartenu à un cow-boy que j'ai connu en Amérique, qui me l'a cédé contre une barrique de vin à peine tiré ; dans ma pièce-maison où j'entrepose mes objets, j'ai plié le papier car depuis que tout augmente vertigineusement, je garde tout.</p><p>J'ai un grand coffre à cet effet, empli de bouchons de liège qui se nourrissent exclusivement d'humidité, de différentes races de papiers, pelure, bristol, buvard, carbone, carton, émeri ...</p><p>On dirait un peu le bac jaune qui sort dans les rues les lundis et jeudis, sauf qu'il est beaucoup plus grand, qu'il n'est pas jaune et qu'il ne va jamais dehors se faire trier.</p><p>La pièce est habilement cachée derrière des portraits de famille, je fais croire que c'est la mienne, mais en fait je ne sais pas qui ils sont, je les avais ramenés d'une maison abandonnée qui allait se faire raser de toutes façons.</p><p>Je leur ai donné des noms et des fois je leur fais la conversation, surtout en hiver ; derrière le grand-père il y a un levier qui, une fois actionné, ouvre la pièce en question.</p><p>Je la trouve si chaleureuse que si j'en parlais un jour, je pourrais faire le buzz, ça deviendrait viral mais je ne veux pas susciter la curiosité malsaine d' âmes en peine.</p><p>Je me rends compte que c'est ma pièce à vivre, j'y range tous mes livres et puis finalement je dois l'avouer c'est la seule ; de l'autre côté, c'est l'entrée d'un studio de quelques mètres carrés où je reçois mes quelques<em> potos </em>qui croient que je vis dans ce petit espace et comme il y a très peu de place, ça m'évite de les inviter à dormir ou à manger.</p><p><em>-C'est bon, j'ai déjà donné !-</em></p><p>S'ils savaient que derrière mes photos de famille j'ai un château en une seule pièce, ils en tomberaient sur les fesses et m'obligeraient, sans doute, à aller à confesse, et ça, plus jamais ! Croyant être à demi-pardonnée, j'ai avoué avoir mis du poil à gratter dans la soutane du père Yann en plein sermon, je ne suis pas sûre qu'il m'ait pardonnée, même pas à moitié.</p><p>On ne m'y prendra plus, il me disait repens-toi alors que je n'avais jamais eu l'idée de me pendre et s'il me trouvait belle j'étais plutôt rebelle.</p><p>C'est une pièce-maison avec une cuisine, des sanitaires, une chambre à rêver, avec de grands fauteuils où méditer et un lit vertical pour dormir debout si besoin est et plus d'étagères que dans les rayons de la reine mère de miel, mais qui sentent aussi bon ; dans un coin particulier, sous des lampes oranges, un bureau avec du papier comme s'il en pleuvait pour écrire à la force des phalanges ...</p><p>Et des plumes, bien entendu, qui ne boivent qu'aux encriers, derniers survivants d'un temps qui n'est plus et que l'on peine à saluer.</p><p>C'est là, que sur des chevalets, des toiles reposent pour m'inspirer.</p><p>D'ailleurs, j'en reviens à <em>"L'invitée du jeudi"</em> de Myopo : des étoiles, des points, des lignes calligraphiques qui tourbillonnent, un chaos organisé.</p><p>Je vais passer la nuit à fixer les mouvements.</p><p>Mardi, jour de pluie.</p><p>Mercredi, j'ai dormi la tête pleine de pointillés, le marchand de sable était passé, enfin !</p><p>Jeudi, l'invitée est arrivée. Elle avait une robe rouge et les yeux bleus.</p><p>J'ai été très étonnée qu'elle ait su se faufiler derrière le neveu du grand-père au levier, je lui ai offert un thé.</p><p>Je ne suis jamais seule dans ma Pièce-maison, ceux qui y entrent sont loin d'être myopes, je n'ai qu'un seul cyclope, qui voit mieux que ceux qui ont deux yeux, un Dali, un Magritte et puis vous savez quoi ?</p><p>Je vais faire des steaks- frites pour toute la smala !</p><p>Au fond je ne suis pas chez moi mais dans la pièce-maison : ceux qui sont là voient !!</p><p>Fin de saison.</p><p>Il pleut pour la première fois depuis des mois. On s'est tellement plaint de la chaleur qu'on n'ose plus dire qu'on a froid.</p><p>Quelques vers de laine vont bien nous réchauffer</p><p> quand<br>sonne l’heure,<br>je me souviens<br>des jours anciens<br>et je pleure</p><p><br></p><p>j'ai mal aux yeux, un peu mal au cœur, les jours anciens sont de l'autre côté, dans les photos de famille dispersée.</p><p>Ils ne peuvent pas entrer dans la pièce-maison.</p><p>Leurs sourires figés sont austères, il manque la mère, du noir dans la mémoire.</p><p>Qu'est-ce qu'elle est belle, dans sa robe rouge, avec ses yeux bleus !</p><p>Elle piétine ma mémoire jusqu'à l'oubli, l'invitée du jeudi, elle me sourit ...</p><p>(joailes -) 9 octobre 2026 - 00h 25</p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25484</guid><pubDate>Wed, 07 Oct 2026 22:25:05 +0000</pubDate></item><item><title>tu te souviens</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25477-tu-te-souviens/</link><description><![CDATA[<p>Je me souviens, Maman :</p><p>« je ne retrouve plus mes clés »,</p><p>c’est le début de l’histoire.</p><p>La disparition des objets de ta vie,</p><p>les petites choses que tu utilisais et qui, soudain, disparaissaient.</p><p>Un début de conspiration…</p><p>Qui te voulait du mal ?</p><p></p><p>La télé, la lumière restaient mystérieusement allumées toute la nuit.</p><p>Un jour la casserole a débordé,</p><p>un jour l’eau a continué de couler,</p><p>un jour on a vu le problème.</p><p></p><p>Et les mots aussi s’effaçaient.</p><p>Il te fallait les expliquer en de longues périphrases.</p><p>Tu aimais lire, mais tu ne comprenais plus</p><p>et restais toujours les yeux rivés sur la même page.</p><p></p><p>Les chemins de la ville devenaient des pièges</p><p>où tu errais une journée entière.</p><p>Programmer les repas, se nourrir,</p><p>la prise de tes médicaments qu’il ne fallait surtout pas oublier — c’est important.</p><p>Je t’ai donné un pilulier, mais c’était un labyrinthe pour toi.</p><p></p><p>On a tenté de t’aider.</p><p>Seule ta fille, qui était proche, a essayé avec courage,</p><p>mais la confusion est devenue trop intense, trop importante</p><p>pour te laisser seule au domicile.</p><p></p><p>Puis a commencé le parcours des hôpitaux et la recherche d’un établissement adapté.</p><p>Tu n’avais plus de repères, rien que l’angoisse dans tes yeux, Maman,</p><p>que ta misère, les larmes, le désarroi.</p><p></p><p>Lentement tu t’es dégradée, lentement tu as dépéri.</p><p>Ton corps maigrelet a longtemps résisté. Tu vivais dans un autre monde, limité au nursing.</p><p>Tu ne connaissais plus personne,</p><p>tu ressentais la souffrance de la chair immobile dans un lit.</p><p>Enfin, tu nous as quittés…</p><p>Je me souviens, Maman.</p>]]></description><guid isPermaLink="false">25477</guid><pubDate>Tue, 06 Oct 2026 20:17:16 +0000</pubDate></item><item><title>Message secret</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25465-message-secret/</link><description><![CDATA[<p><br></p><p><br></p><p><em>Les marottes sont cuites. On a mis mémé dans le boudoir. Elle a goûté son thé en prenant le vent. Demain, nous n’irons pas au bois. Il faut profiter quand c’est l’heure. Ne pas mettre les pieds dans le plat. Prendre soin de bébé. As-tu pris ton bain ? C’est à minuit qu’on s’étripe. Vois comme la lande est triste. Quelque maraud sera passé. La gendarmerie s’oblige au guet. Tes dents brillent, ma chérie. Il y a long temps que l’on s’aime. Par les bois, quittons l’aire. L’avion est piloté jusqu’à la Drôme. Les courants d’air lui ont été fatals. Ainsi pestait Zarathoustra. Le canal de l’Ourcq est bouché. Minette a dormi trop longtemps. Mes bagages sont à l’étage. Bourvil jouait si bien ! Reprendras-tu ta peluche ? La gazette n’annonce rien de bon. Servez un cornichon à ce bougeon. Le travail est bien avancé. J’ai acquis une pelle à gâteau. Les clefs n’ouvrent plus. Mes gants sont déchirés. L’auto a calé. Toutes voiles dehors, il faut larguer. Ne fais pas fausse route. Ce rouge à lèvres est vulgaire. Thomas est à l’Amirauté. Mon noyer ne donne plus de fruits. Ce nuage n’était pas là tout à l’heure. Le lit n’est pas fait. Ses cheveux blonds tendent au miel noir. Il est définitivement sauvé. Le zoo a fermé. Certaines nuitées sont encore dues.</em></p><p><br></p><p><em>Le poisson est noyé. Je répète : le poisson est noyé.</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25465</guid><pubDate>Sun, 04 Oct 2026 18:06:43 +0000</pubDate></item><item><title>Ann&#xE9;e deux mille cent vingt six</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25443-ann%C3%A9e-deux-mille-cent-vingt-six/</link><description><![CDATA[<p></p><p></p><p>Norbert H est concentré</p><p>Il perle de sueur</p><p>Voilà plus d’une heure que son stylo n’a rien écrit…</p><p>Rien !</p><p>Moins qu’un mot , il a mit un point</p><p>Un point à la ligne .</p><p>Et puis plus rien n’est venu</p><p>Les projecteurs au-dessus de sa tête, bien que la lumière qu’ils diffusent soit douce, lui chauffent le crâne…</p><p>Et si ce n’était que cela</p><p>Mais s’ajoute cette « chambre d’écriture » ou « enceinte »( l’œuvre couve) comme elle est nommée par les membres de l’administration littéraire chargés d’authentifier les « vrais récits »</p><p>Depuis 50 ans cette administration existe et bien qu’ils aient fait des efforts au niveau du cadre pour le confort de «  l’écrivant » … le terme « écrivain » n’existe plus vraiment, nous disons «  écrivant » car nous pouvons à tout moment observer son travail en cours …</p><p>Le titre «  d’écrivain » est abscons, tous les titres attribués à la littérature d’ailleurs car ils sont tous soupçonnés de tromperie, de plagiats …</p><p>Depuis ces années particulières où l’IA a fait son entrée en scène sur la toile, tous les soi-disant auteurs de tout genre littéraire ont été suspectés au même titre que des faussaires !</p><p>C’est mon arrière grand-mère qui a consigné tout cela dans des carnets  ( de vrais carnets de papiers ! ) et je m’intéresse à l’histoire de l’IA , sa genèse et son impact dans le monde de la littérature du 21 ème siècle et spécifiquement sur l’année 2026 où elle semble avoir commencée à bousculer les consciences… ( c’est le sujet de ma thèse …)</p><p>Les livres d’aujourd’hui sont toujours édités sans soucis qu’ils soient issus de la pensée humaine et/ou aidée de l’IA ou un pur produit de l’IA</p><p>Et les lecteurs se moquent de l’origine, ce qu’ils souhaitent c’est d’avoir le plaisir de la lecture…</p><p>Puis-je encore dire que c’est heureux ainsi les gens continuent de lire …</p><p>Bref,</p><p>Les gens de 2026 ,eux, étaient tiraillés entre les extrêmes :</p><p>Les pour et contre semblaient tendre une corde chacun de leur côté sans essayer de mettre en place un terrain d’échange, avec une structure de contrôle fiable, les lois tardaient à être promulguées et les penseurs de cette société ne savaient plus quoi penser…</p><p></p><p>Voilà quand même où on en est… en 2126 ,soit un siècle plus tard , en ce qui concerne la rédaction entièrement humaine d’une œuvre littéraire :</p><p>L’auteur présumé doit obligatoirement se soumettre à la surveillance de la brigade de certification AOP : Auteur(e) Origine Protégée</p><p>s’il veut revendiquer qu’il-elle est à l’origine de ce qu’il-elle écrit.</p><p></p><p>Pour cela il-elle doit :</p><p></p><p>Art 1 : se rendre dans l’établissement administratif de la brigade chargée de surveiller la rédaction ( à ses frais et les assurer tout le temps de son séjour et il parait que les prix pratiqués sont exorbitants…)</p><p></p><p>Art 2: couper tout contact ( téléphone, message, vidéo) avec les personnes extérieures tout le temps imparti à son travail d’écriture ( ce temps est forcément variable en fonction de la nature de l’œuvre que l’auteur présumé veut écrire , pour les poèmes, contes et petites fables , l’exposition à la vie dans l’enceinte est minimale pourtant très peu de candidats en font la demande , décourager par toutes les procédures administratives auxquelles ils doivent se soumettre et l’exposition permanente aux caméras, aux commentaires et critiques des internautes…</p><p>Et également dans ce même article il est stipulé :</p><p>Ne pas recourir à l’IA (même pour une aide ponctuelle et précise concernant une date par exemple avec des références historiques)</p><p>Tout doit provenir des connaissances culturelles , de la capacité mémorielle du prétendant auteur(e)</p><p></p><p>Art 3 : être soumis(e) à un examen médical complet</p><p>( je vous passe les détails, bilan sanguin, imagerie pointue pour détecter toutes puces insérées dans le corps notamment…)</p><p></p><p>Art 4 : dormir ,se nourrir et procéder à l’entretien de son hygiène corporelle (et de ses commodités) sous la surveillance de ladite brigade</p><p>-Je pense que cet article est le pire mais tous réunis ils forment un enfer , un enfermement de l’homme et de sa pensée…-</p><p></p><p>Art 5 : écrire dans un délai déterminé au préalable en fonction de la nature de l’ouvrage souhaité.</p><p></p><p>Art 6 : accepter d’être suivi par le Réseau Social Planétaire*</p><p>(*RSP est l’acronyme prononcé <strong>resp :</strong></p><p>le « <strong>resp</strong> » ,comme on dit, est l’abréviation phonétique qui n’a donc aucune commune mesure avec le mot « <strong>resp</strong>ect respect de la dignité humaine …</p><p>6 articles ,6 engagements qui ont (depuis 50 ans qu’ils ont été votés), amorcés le grand déclin des auteurs de tout genre…</p><p>6  : ni plus ni moins !</p><p>6 articles assassins !</p><p>Je reconnais que les écrivains des siècles précédents avaient besoin de s’isoler du monde pour se concentrer pleinement à la rédaction de leurs livres , mais dans les conditions imposées ici il n’est pas difficile de comprendre que très peu «  d’intellectuels » souhaitaient subir ce genre d’épreuve.</p><p>Mais Norbert H était prometteur et beaucoup espérait voir et lire un livre de lui certifié AOP</p><p></p><p>Ah oui désolée j’ai oublié de me présenter :</p><p>Je m’appelle Rose et je suis « journaliste » j’aime beaucoup ce terme professionnel même s’il est complètement obsolète car les journaux écrits ( tout est télévisé) n’existent plus depuis longtemps aussi…</p><p>Mon arrière grand-mère était «  journaliste » parmi les dernières survivantes de son espèce à rédiger des écrits «  manuscrits »</p><p>Manuscrit : ce mot est incroyable de sens humain , imaginer juste le mot « main » et le stylo qui « écrit… sur du papier »!</p><p>Incroyable !!! Je suis tellement nostalgique ! Et j’admire cet homme qui semble perdu et figé dans son espace … cette « cellule »comme je l’appelle tout cela avec une volonté d’écrire par soi-même et prouver à l’humanité que c’est un acte encore possible !</p><p>Et ce qui se joue là sous mes yeux est un événement :</p><p>Norbert H qui se trouve dans cet aquarium , cette cellule d’écriture qui n’avait plus « accueilli » de présumé auteur depuis 10 ans …</p><p>Mais Norbert n’écrit plus depuis 1h …</p><p>Que se passe -t’il ?</p><p>Trop de pression sans doute !</p><p>Quelle catastrophe s’il ne va pas jusqu’au bout ! Il sera peut-être l’un des derniers postulants Français *à pouvoir légitimer l’entière authenticité de son livre…</p><p>*chaque postulant dépend de son état d’origine, de sa nationalité et chaque état ( enfin seulement les régimes démocratiques, et il n’y en a pas beaucoup, moins qu’en 2026 en tout cas…) donc chaque état s’est engagé à «  promouvoir la reconnaissance de l’AOP.</p><p>C’est une belle vitrine ( c’est le cas de le dire pour un aquarium) pour les pays à gouvernance démocratique.</p><p>D’ailleurs ce système établi porte un nom : Démos Cratos</p><p>En grec cela sonne bien</p><p>Donc ce Démos Cratos est institutionnalisé et reconnu dans quelques pays membres et signataires de la charte « Démos Cratos » mais comme en France peu de candidatures se présentent…</p><p>Et pour Norbert H,il ne lui reste que 4 jours…</p><p>Bien sûr, il pourra demander une prolongation mais si l’inspiration n’est plus au rendez-vous….</p><p>Je l’observe et je comprends son désarroi …</p><p>Une œuvre non terminée est non commercialisée .</p><p>Avec l’argent que Norbert H a investi pour couvrir les frais du séjour en cellule d’écriture il devra à l’état, au ministère des nouvelles cultures, une somme d’argent colossale…</p><p>Voici encore une autre raison sous-jacente pour qu’aucun auteur ne s’aventure dans cette procédure administrative abyssale et éprouvante !</p><p>Et voilà déjà que les compteurs s’affolent sur le RSP !</p><p>Les gens adorent ces moments où ils peuvent enfin se lâcher et lancer leurs paris quand ils voient qu’un « potentiel AOP » est prêt à abandonner… et là il s’agit d’un romancier ! Du gros calibre !</p><p>Ce qui intéresse les gens globalement ce n’est plus qu’une personne se lance dans la création entièrement personnelle d’une œuvre littéraire, non , l’audimat explose si l’auteur en question est sur le point de mettre un point final à sa rédaction inachevée…</p><p>J’en ai des frissons de malaises !</p><p>La pression est forte</p><p>Norbert H va-t-il trouver les ressources en lui dans son esprit libre et imaginaire pour poursuivre et achever son livre ?</p><p>Le seul livre français qui ne soit pas paru et édité après avoir reçu le fameux label AOP depuis plus de 10 ans !</p><p>Nous vivons un événement,  Que dis-je : un avènement !</p><p>Je prie je ne sais pas qui quoi …allez mon arrière grand mère bien aimée viens lui souffler une suite afin que Norbert H puisse nous transmettre un livre créé par l’intelligence humaine !</p><p>Et montrer de quoi notre esprit est capable !</p><p>Réveiller les consciences endormies !</p><p>Il est prometteur ce Norbert H et c’est aussi pourquoi il a été sélectionné car c’est un philosophe qui s’exprime avec une éloquence simple et percutante lors des débats télévisés .</p><p>( la philosophie d’aujourd’hui est enseignée de manière orale dans des institutions privées mais tout y est enregistré et rendu public pour ceux et celles qui sont intéressés par ce genre d’échanges d’idées) ils sont peu nombreux … je crois qu’ils n’en restent que 50 de ces philosophes reconnus comme tels par le conseil supérieur des sciences purement humaines et Norbert H fait parti de ce nombre réduit … et les débats publics ne sont diffusés que deux fois par an voir une fois  et seulement 1/2 heure…</p><p>Des débats basés sur l’oral à la manière Socratique en somme… tellement éloignée de l’idée originelle …</p><p></p><p>Quand j’y pense et que je commente ce reportage ( je suis l’émissaire du programme télévisé « Culture », envoyée par ordre du conseil des affaires culturelles dirigé par l’intranet Intelligencia Sup’ où Intelligence Supérieure :</p><p>IS est le nom que se sont donnés tous les logiciels d’IA afin d’uniformiser et renforcer leur capacité et leur pouvoir sur les réseaux, donc les hommes  consommateurs de ces dits réseaux)</p><p>L’Intelligence « Supérieure  »pour bien marquer leur suprématie dans le niveau de conscience humaine qui a nettement diminué si je m’en réfère aux écrits qu’il reste du siècle dernier, de 2026 en l’occurrence et ceux encore rares datant du 19 ème et 20 ème siècle restant dans des bibliothèques de particuliers…</p><p>Les autres livres ont été avalés par les premières IA (qui ont littéralement « mangé » des livres car ils étaient détruits une fois l’enregistrement effectué dans leur site de données … une grande perte que nous n’avons pas pu estimer l’ampleur encore à l’heure d’aujourd’hui…</p><p>J’ai une chance immense d’avoir une collection de livres anciens hérités de ma famille amoureuse de générations en générations de  Littérature en général.</p><p>Les bibliothèques nationales ont disparu du fait du peu de nombre de lecteurs…</p><p>Ces grandes surfaces de stockage des livres ont été rachetées par des firmes  multinationales pour être transformées en data center…</p><p>Les autres livres d’origine humaine doivent être disséminés comme de petites graines  aux quatre coins du monde… j’espère qu’il en reste, je les rêve et les imagine … et peut-être que quelques uns d’entre nous dans l’ombre les sèment et les cultivent sous le regard et l’esprit attentif des enfants,des nouvelles générations …</p><p>Aucun moyen de le savoir à moins de faire soi-même son enquête sans passer par les réseaux évidemment, je serai pistée …</p><p></p><p>J’ai dû mal à imaginer l’époque de mon arrière grand-mère où les gens pouvaient encore écrire librement, n’importe où, sans pression de temps ni surveillance…</p><p>Chez eux ou ailleurs, parfois peut-être à la terrasse d’un café, dans un train, au sommet d’une colline… que sais-je ?</p><p>Des gens qui pouvaient lire des ouvrages confiant sur l’authenticité de l’écriture !</p><p>Ou du moins ils ne la remettaient pas en cause…</p><p>Des gens qui se transmettaient et échangeaient des petites histoires, des poèmes, leurs pensées sans se suspecter ou être surveillé par un système entièrement automatisé…</p><p></p><p>Quelle chance d’avoir vécu à cette époque !</p><p>La liberté d’écrire !</p><p>Nous avons encore la liberté de penser mais je réalise depuis que j’étudie ce domaine pour ma thèse que nous sommes devenus des hommes et femmes à la pensée bien réduite face à la production littéraire des siècles passés…</p><p>Il y a un siècle est-ce que les gens avaient conscience de cette incroyable liberté d’expression et de la richesse de création de leur esprit ?</p><p></p><p>Ce n’est pas si vieux finalement…</p><p></p><p>Pourquoi en sommes-nous arrivés à ce point là ?</p>]]></description><guid isPermaLink="false">25443</guid><pubDate>Thu, 01 Oct 2026 13:07:27 +0000</pubDate></item><item><title>Bonne f&#xEA;te, Simone !</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25451-bonne-f%C3%AAte-simone/</link><description><![CDATA[<p></p><p>plume libre</p><p></p><p>C'est la fête à Simone, concierge rue des gorgones.</p><p>Cette pauvre femme devenue, qui grogne quand on ne s'essuie pas les pieds avant d'entrer, qui a un sonotone sur une oreille et une oreillette dans l'autre, pour écouter des chants d'apôtres, en mastiquant du pain d'épeautre, a eu une vie toute autre que celle qu'elle avait imaginée.</p><p>Dans sa chambrette elle avait tant rêvé alors que ses parents étaient ruinés elle avait été déplacée dans des foyers aussi éteints que celui de la cheminée de la famille Chafouin qui vendait du raisin au marché ; alors qu'elle venait de lire Cendrillon dans sa treizième année, comme elle avait de petits pieds elle attendait le prince qui lui ramènerait sa chaussure qu'elle avait jetée volontairement dans le jardin de la comtesse de Ségur mais elle dut rapidement se rendre à l'évidence derrière les palissades il n'y avait guère que des lapalissades et les malheurs de Sophie.</p><p>Elle s'appelait Simone et personne, semblait-il, n'avait écrit ses histoires, à part, peut-être, de Beauvoir et ses mémoires bien rangées sur sa table de chevet.</p><p>Quand elle eut la majorité elle ne fut pas élue pour autant mais elle s'enfuit avec Armand son premier amant qui faisait des promesses et qui pendant la messe chantait plus fort que le Père Soreille ; il lui tirait les tresses et il faut bien le dire elles descendaient jusqu'aux fesses rapidement la pauvre Simone déchanta elle avait soif de tendresse et Armand ne lui en donnait pas elle se bouchait les oreilles pour ne plus entendre son pas.</p><p>Un soir comme ça elle fit en toute hâte son baluchon et s'enfuit à travers champs ; devenue sauvageonne, elle vécut ainsi plusieurs mois, perdant la foi ; puis dans une ferme employée comme bonne elle s'ennuya ferme et Anselme le maître des lieux lui promit du merveilleux, elle se laissa convaincre puis elle ouvrit les yeux une nouvelle fois et fuit son amoureux qui lui tirait les cheveux</p><p></p><p>Elle ne raconte plus ses déboires elle en a marre ; on s'est liées d'amitié à la bibliothèque un soir d'été et depuis qu'elle est concierge rue des gorgones, à chaque heure qui sonne au clocher, elle n'attend plus personne, quand j'arrive elle est déchaussée, ses longs cheveux déployés je l'écoute et la trouve belle c'est sa fête aujourd'hui elle n'a pas beaucoup d'amis mais ceux qui viennent ont compris : dans la loge à Simone, rue des gorgones, c'est l'amour qui trône, quand elle a connu John il lui a appris l'oubli, les chants de l'automne et la tendresse d'un mari qui chuchote dans son sonotone des chants du Missouri et qui peint les ciels gris en bleu dans le fond de ses yeux.</p><p>C'est la fête à Simone, couverte de fleurs jaunes, ses longues tresses s'agitent dans le gîte où l'amour a fini par triompher elle est pieds nus sur le tapis et John joue de la guitare en sourdine demain ils partiront tous deux délaissant les épines derrière eux ...</p><p>Bonne fête, Simone, et .. à dieu !</p><p>(joailes -) 1er octobre 2026 - 00:OO</p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25451</guid><pubDate>Thu, 01 Oct 2026 22:00:40 +0000</pubDate></item><item><title>Les &#xE9;chus</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25446-les-%C3%A9chus/</link><description><![CDATA[<p><br></p><p><em>A la recherche du bonheur perdu, j’ai fait trois pas dans le noir et tendu au hasard la plus belle rose que j’ai pu trouver. Le hasard me l’a rendue et trois êtres magiques me sont apparus. Trois fées – la fée Dodo, la fée aux Grands Ravages et la fée Lamour. Elles ont exécuté, sitôt présentes, un </em>rondo capriccioso<em> à l’ocytocine cyprinée.</em></p><p><br></p><p><em>De quoi vibrer !</em></p><p><br></p><p><em>C’est alors que je les ai vus : un couple assis sur le faîte d’un pignon, tels deux pigeons ou deux anges, peut-être. Ils étaient beaux, nus, ailés – et sentaient fort, comme deux animaux sauvages.</em></p><p><br></p><p><em>Ils levèrent leur doux minois vers le ciel d’où l’on entendait des cris lointains, feutrés. C’était tout un peuple  qui cherchait, en spirales légères, à se poser quelque part, à leur instar.</em></p><p><br></p><p><em>Deux des trois fées étaient montées à leur rencontre. Elles leur indiquaient des places libres, de préférence sur les toits ou la cime des arbres. Les moins farouches avaient déjà choisi la margelle d’un puits.</em></p><p><br></p><p><em>A peine posés, beaucoup s’endormirent, las du voyage. Autour d’eux, les maisons sautaient et dansaient de joie, leurs fenêtres s’allumaient et clignotaient dans la grisaille de la fin d’été. Certaines louchaient pour observer les spécimens qui avaient préféré leur gouttière ou leur cheminée.</em></p><p><br></p><p><em>Cependant, on avait ouï une harmonie des plus délicates, issue d’une invisible harpe. A présent, c’était un archet de violoncelle qui caressait chaleureusement ses cordes – et ça chanta, parmi le peuple de passage.</em></p><p><br></p><p><em>On espéra un temps que l’éclaircie advînt, préludant à la douceur d’une nuit sereine. Il ne faisait pas froid, l’air était tiède.</em></p><p><br></p><p><em>Hélas ! La troisième des Parques admit mal d’intervenir la dernière. Elle devint toute moire, puis toute noire. Quand les nues se furent bientôt floconnées de grosses bourres d’amertume, l’orage gronda, tonna, éclata. Les eaux montèrent aussitôt jusqu’aux greniers, où se réfugièrent les habitants.</em></p><p><br></p><p><em>La coupable révéla ainsi sa véritable nature : c’était un </em>kelpie*<em>. Elle se mit à galoper sous le désastre d’une pluie diluvienne et rejoignit en hennissant les lointains rivages de sa Calédonie.</em></p><p><br></p><p><em>Et l’eau a fini par atteindre le pupitre où trotte ma plume sur un papier trop mouillé.</em></p><p><br></p><p><em>La fée Dodo aura brisé son charme et la fée Lamour fut bientôt repartie suivie de la troupe enchantée des migrants ici échus.</em></p><p><br></p><p><em>Il n’y aurait plus, disait-elle, de vendredi en semaine avant les prémices d’un nouveau printemps.</em></p><p><br></p><p><em>Et moi qui rêvais de la semaine des sept vendredis ! Heureusement, le climat ayant été ensorcelé, j’ai bon espoir !</em></p><p><br></p><p><br></p><p>* Kelpie : ondin hippique des milieux aquatiques souvent doué de méchantes intentions (folklore gaélique).</p><p></p><p></p><p></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25446</guid><pubDate>Thu, 01 Oct 2026 17:34:32 +0000</pubDate></item><item><title>Le Pays des Horloges [Deuxi&#xE8;me partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25428-le-pays-des-horloges-deuxi%C3%A8me-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Le Pays des Horloges</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Deuxième partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><img src="https://zupimages.net/up/26/40/oxqs.jpg" alt="oxqs.jpg" class="ipsRichText__align--block" width="900" height="600" loading="lazy"><span data-ips-font-size="80">Illustration du récit réalisée avec le concours de l'IA</span></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:justify;">J’ai attaché la laisse de mon chien à l’arbrisseau situé juste à côté de la grande Horloge. Puis j’ai tourné les talons. J’ai entendu alors Jean descendre de son perchoir et rejoindre la petite bête. Des jappements joyeux ont retenti. Ces deux-là venaient de faire connaissance. Allons, ils seraient heureux ensemble. Il ne fallait rien regretter. La vie est fertile en surprises et en déconvenues, comme chacun sait.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Après un petit tour sous les étoiles (c’était charmant) dans le Jardin du temps, j’ai rejoint la Grande Porte de l’entrée. Il n’y avait nulle part trace de Jean et de feu mon chien. Soit, le destin, c’est le destin. J’ai tourné l’angle et j’ai retrouvé ma rue. Elle m’attendait, justement, cela tombait bien. Ce n’était pas tout ça mais comme j’avais fait don de mon chien (on se demande un peu pourquoi, mon bon cœur me perdra), j’avais évidemment besoin de le remplacer.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">J’ai regagné rapidement mon domicile et j’ai mûri la question devant une tartine de beurre et de confiture. Ou deux. Ou trois. Encore un chien ? Cela pouvait devenir lassant. Et de plus, il fallait se méfier des comparaisons. Non, cette fois-ci, ce serait un chat ou un poisson rouge. L’inconvénient du poisson, c’est qu’on ne peut pas l’emporter en promenade, cela ne se fait pas, et je n’avais pas envie de lancer une mode. Un chat ferait donc l’affaire, c’est gentil, un chat, et pas bruyant pour un sou.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Adopter un chat de compagnie, c’est facile à dire. Cela ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, comme dit l’adage ancien. Même un chat imaginaire, cela demande des efforts pour le dénicher. Soudain, j’ai eu une idée. Euréka ! C’était pourtant évident. Ma voisine du troisième étage était une sorcière renommée. Chacun sait que les sorcières adorent les chats. Et réciproquement. Il fallait donc lui demander si elle n’avait pas un petit chat en surplus actuellement. C’était possible, tant les portées félines sont rapprochées et pléthoriques.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Après m’être lavé les dents à cause des tartines, je suis montée au troisième étage en dansant de joie dans les escaliers. J’étais sûre de trouver mon bonheur chez cette chauve-souris plus ou moins humaine. J’ai toujours eu de la chance avec les chauves-souris. J’ai sonné longuement à la porte de Mme Chrysia, « Envoûtements et Mauvais Sorts à volonté. Prix intéressants ». Je ne la connaissais guère mais elle ne m’avait jamais semblé antipathique quand je l’avais croisée dans l’escalier. Cette dame habillée tout en noir a fini par m’ouvrir la porte.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Elle m’a scrutée un instant avec un œil méfiant puis a lâché négligemment :</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">-Vous venez chercher votre chat, n’est-ce pas ? </p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">J’étais très surprise mais parfaitement ravie. Le sixième sens a du bon. J’ai opiné avec enthousiasme et je suis repartie avec Mickey (c’était le nom de mon nouveau chaton) emballé dans du papier aluminium. Drôle d’emballage pour un petit félin, mais avec les sorcières, il vaut mieux ne pas faire de remarque acerbe. C’est trop risqué. J’ai emporté le petit colis miaulant au premier étage, là où se situe mon domicile, après avoir remercié chaleureusement dame Chrysia, qui ne m’écoutait pas.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">J’ai débarrassé Mickey de son papier d’aluminium. C’était un délicieux chaton au poil très blanc et au petit museau rose. Il était tellement mignon qu’il ne devait pas plus exister que mon labrador précédent. C’est la réflexion que je me suis faite. Mais cela m’a peu importé, je me suis dit que je creuserai la question plus tard. Dans l’immédiat, il fallait répondre à ses premiers besoins. Le chaton a montré aussitôt un intérêt non dissimulé pour mes flocons de céréales et ma crème dessert à la pistache, celle réservée aux grandes occasions. À la bonne heure ! Mickey a vite repris des forces devant une gamelle improvisée.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Après cette collation, il a fallu penser à dormir. Aucun souci. Les chats ne ronflent pas. Le chaton et moi-même avons passé une excellente nuit, chacun dans son panier. Certes, le panier de Mickey n’existait pas, pas plus que le petit dormeur qui était censé l’occuper, et pour ma part, je n’ai pas dormi dans un panier mais dans un lit. Mais faut-il s’arrêter aux détails ? Non, n’est-ce pas, vous êtes bien d’accord. La seule chose qui comptait désormais pour moi, c’était la découverte du quartier que ferait Mickey en ma compagnie dès le lendemain matin.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Eh bien, voilà, je vous ai tout dit, je crois.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;"> </p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="175">FIN</span></strong></p><p style="text-align:justify;"><span data-ips-font-size="175"> </span></p><p style="text-align:justify;"> </p>]]></description><guid isPermaLink="false">25428</guid><pubDate>Tue, 29 Sep 2026 20:12:23 +0000</pubDate></item><item><title>Le Pays des Horloges [Premi&#xE8;re partie]</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25427-le-pays-des-horloges-premi%C3%A8re-partie/</link><description><![CDATA[<p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="200">Le Pays des Horloges</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong><span data-ips-font-size="125">Première partie</span></strong></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><img src="https://zupimages.net/up/26/40/kulc.jpg" alt="kulc.jpg" class="ipsRichText__align--block" width="900" height="600" loading="lazy"><span data-ips-font-size="80">Illustration du récit réalisée avec le concours de l'IA</span></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"></p><p style="text-align:center;"><strong> </strong></p><p style="text-align:justify;">Vous voulez tout savoir ? OK, je vais tout vous raconter.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">J’ai rencontré Jean en allant promener mon chien, ce soir-là. Je n’ai pas de chien, encore moins de laisse, mais nous apprécions tous deux nos promenades, avec ou sans laisse. Je suis allée jusqu’au bout de la rue Lemire puis j’ai tourné à droite, comme à l’accoutumée. C’est bien là en effet mon trajet favori. Il me permet d’accéder, tout au fond de l’impasse, au Pays des Horloges. Jean, ce soir-là, était juché sur la grande aiguille de l’Horloge majeure, la doyenne de toutes les horloges du lieu. C’était la première fois que cette aiguille était occupée, mais l’occupant m’a semblé sympathique.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Il me regardait en effet avec une grande douceur et un rien de tristesse, tandis que je passais en contrebas de son étrange promontoire. Ses yeux bruns immenses étaient un puits de profondeur mais ses bouclettes légères, ses traits puérils, attestaient pourtant de son jeune âge. Qu’avait-il vécu pour être aussi mélancolique ? Je n’ai pas tardé à lui adresser la parole. Le silence est parfois gênant, quand il est chargé de paroles. On attend l’averse de grêle.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Bonsoir, jeune homme ! C’est la première fois que je vous rencontre dans le Jardin du Temps. D’habitude, il n’y a personne ou quasi, juste parfois un merle moqueur ou une chaudière à gaz. J’aime bien m’y promener. Les gens ont tellement peur de vieillir que je suis assurée de ne rencontrer personne. Que faites-vous là, si je puis me permettre ? Vous prenez l’air sur votre perchoir ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Bonsoir, madame. C’est la première fois que je vous rencontre également, quoique, à y réfléchir, j’ai l’impression de vous avoir toujours connue. Oui, c’est ma première visite du Jardin du Temps. Je déteste regarder ma montre ou penser à rentrer chez moi, alors je suis monté sur la grande aiguille de l’horloge centrale. Comme cela, je ne la vois pas.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Eh bien, c’est une bonne idée, jeune homme, bravo !</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Je m’appelle Jean. Des mauvaises langues ajoutent parfois « de la Lune », mais c’est de la pure médisance. Je n’ai pas de nom car je n’ai pas de famille.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- C’est bien triste, cela, mon pauvre Jean. À votre âge, surtout, on a besoin d’une famille pour prendre soin de vous.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Tout dépend quelle famille. Moi, en fait, j’aimerais bien simplement de la compagnie, sans trop de contraintes. Un animal, ce serait parfait. Un chien, par exemple. Vous êtes très attachée à votre chien ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">Sacré Jean ! Il avait remarqué le chien que je tenais en laisse, même s’il n’y avait ni chien, ni laisse. Un labrador couleur gold, très beau, très doux, jamais un aboiement. Une vraie perle.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Très attachée, c’est beaucoup dire. Je n’aime guère les laisses ou les liens. On se demande qui attache l’autre, quelquefois. Cela dit, oui, j’aime bien mon chien, il me ressemble un peu. Il n’est ni agressif ni méchant. Au point même que je demande comment il fait pour appartenir à la race canine avec ces caractéristiques.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Ce sont les mystères de la nature, sans doute, madame. Je vais être franc et direct. Voulez-vous me donner votre chien ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Vous donner mon chien ? Mais vous plaisantez ! Il n’existe pas, d’abord.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- C’est sans doute pour cela que je suis attiré par lui. Il me ressemble. Moi non plus, je n’existe pas.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Nous voilà bien ! Toute une cohorte de fantômes. Diantre ! Heureusement que moi, j’existe, pour tout le monde. Nom d’une Cornucopia ! Vous voulez vraiment mon chien, jeune homme ?</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Oui, madame, je pense qu’il sera heureux, avec moi.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Voilà une bonne réponse ! Mais nous allons poser la question au premier intéressé.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">J’ai interrogé mon labrador du regard. La brave bête m’a répondu aussitôt en remuant la queue d’un air plus que satisfait. Il était aux anges. Bon, c’était clair. Ce lascar avait bien envie de changer de maître ou de maîtresse. J’ai regardé le jeune garçon toujours juché sur la grande aiguille de l’Horloge majeure.</p><p style="text-align:justify;"></p><p style="text-align:justify;">- Il est d’accord. Soit, pas de souci, comme on dit actuellement. Je vous le confie, prenez-en soin. Il n’aime pas les croquettes, il préfère la pâtée. Au revoir, jeune homme ! </p><p style="text-align:justify;"><span data-ips-font-size="90"> </span></p><p style="text-align:justify;"><span data-ips-font-size="90">(À suivre…)</span></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25427</guid><pubDate>Tue, 29 Sep 2026 20:08:45 +0000</pubDate></item><item><title>Blanche et les pattes d'oie</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25430-blanche-et-les-pattes-doie/</link><description><![CDATA[<p></p><p>Blanche, éleveuse d'oies dans le Poitou, dans une ferme au doux nom de <em>Capitole</em>, mariée à Jean-Michel Jars, avait fait quelques économies depuis Noël dernier, et, en ce jeudi ensoleillé, elle ne se tenait plus de joie.</p><p>Elle avait enfin réuni, en grand secret, la somme forfaitaire de deux mille euros correspondant aux honoraires du vétérinaire-chirurgien-esthétique, le fameux docteur Gaby Stouri !</p><p>Il allait lui enlever ses pattes d'oie, qu'elle trouvait fort disgracieuses ;<em> il l'avait promis,</em> et redonner à son visage un peu de sa jeunesse perdue afin que son mari soit plus assidu.</p><p>Il faut bien dire qu'il la délaissait un peu, qu'il ne la regardait plus guère et qu'il s'endormait souvent sur le canapé tout habillé ; qu'il était loin le temps où il avait demandé sa main au père !</p><p>Mais Blanche n'était pas de celles qui capitulent, fût-ce au Capitole.</p><p>Rendez-vous fut pris pour le samedi ; ça tombait bien, Jean-Michel, parti à la chasse aux bécasses, ne rentrerait pas avant lundi.</p><p>Il lui ferait la fête, c'est sûr ! Elle en cacarda d'avance, avec un sourire de connivence partagé avec son oie préférée, Cunégonde, sa confidente.</p><p>Néanmoins mais bille en tête, un peu stressée, elle se rendit au cabinet de l'Esculape des bêtes, avec sa liasse de billets.</p><p>Gaby, gros buveur, <em> préférait du liquide, il disait qu'il faisait encore plus de prouesses avec les espèces.</em></p><p>Une petite injection de lidocaïne, et Blanche fut à sa merci.</p><p>Il y alla de bon cœur et force fut de reconnaître que le résultat était plutôt réussi.</p><p>Plus de plis !</p><p>Elle paraissait plus jeune, le miroir en attesta : la peau autour de ses yeux était redevenue aussi lisse qu'un lac un jour d'été sans vent. </p><p>Très satisfaite, elle se perdit en remerciements, tandis que le brave docteur Gaby Stouri jetait ses gants et empochait l'argent.</p><p>Elle rentra chez elle presque en courant, soudain plus légère que la plume au vent.</p><p>Elle se rendit dans la cour où les oies devaient attendre avec impatience leur repas, il fallait bien les engraisser pour Noël, les gentilles bêtes.</p><p>Si elle les gavait bien, elle pourrait dès l'année prochaine rembourrer son bas de laine devenu aussi plat que le Salar de Uyuni.</p><p>Blanche fut surprise de les trouver déjà couchées, blotties les unes contre les autres et quand elle les appela en remuant les granulés de blé, elles ne bronchèrent pas.</p><p>C'est alors qu'elle s'aperçut, horrifiée, qu'elles n'avaient plus de pattes.</p><p>Adieu confits,<strong> </strong>oison, oie, jars, couvée, *<br> le conflit resta entier.</p><p>(joailes -) 29 sept.2026 -</p><p><br>*(plagiat de La Fontaine)</p>]]></description><guid isPermaLink="false">25430</guid><pubDate>Tue, 29 Sep 2026 20:52:42 +0000</pubDate></item><item><title>Le p&#xE8;re &#xE9;ternel</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25426-le-p%C3%A8re-%C3%A9ternel/</link><description><![CDATA[<p><strong>Son grand-père éternel était une homme bon. Il était métayer au château de la Bijoire au service du contre-amiral Jean Marie Merveilleux du Vignaux. C'était un bon paysan qui avait connu l'enfer de la première guerre mondiale. Verdun et son déluge de feu. Les tranchées, la boue, les obus de phosgène et la mort. Une boucherie barbare et sanguinaire. Son père aussi était un brave paysan qui travaillait comme ouvrier agricole sous la férule de son père. Il avait connu la folie meurtrière de la deuxième guerre mondiale. Le Troisième Reich et les camps de la mort. La bombe atomique sur Hiroshima. Tous les deux avaient été sacrifiés pour l'honneur de la France. Il avait à peine connu son père, quant à son grand-père, il était trop petit pour s'en souvenir. Le sang de ses aïeux coulait dans ses veines et il </strong>se demandait<strong> par quel miracle il avait pu échapper à tous ses massacres et pourquoi il était vivant.</strong></p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25426</guid><pubDate>Tue, 29 Sep 2026 18:45:16 +0000</pubDate></item><item><title>V&#xE9;cu 7 : A l&#x2019;aube du millenium</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25435-v%C3%A9cu-7-a-laube-du-millenium/</link><description><![CDATA[<p><strong><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>A l'aube du Millénium<br>(poème libre)</span></strong></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Je me souviens des dimanches soirs, </span></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>A Saint-Étienne-du-Rouvray, <br>Dans les années 60.<br>La salle était petite, mais pleine.<br>Le micro sifflait un peu.</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Le pasteur haranguait l’auditoire :<br>« Le retour de Jésus est proche ! <br>Préparez-vous pour l’enlèvement.<br>Fuyez ce monde corrompu ! »<br>On le croyait vraiment.<br>On rentrait chez soi en serrant sa Bible contre son cœur.</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Plus tard, ils nous diraient :<br>« Refusez la marque, à tout prix ! »<br>Le 666 sur le front ou sur la main,<br>Le sceau de l’Ennemi, <br>Il ne fallait surtout pas l’accepter.</span></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Mais où se cachait-il, ce nombre ?<br></span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>On le cherchait partout, ce nombre fatidique :<br>Dans les codes-barres du supermarché,<br>Dans la télévision, dans les cartes magnétiques…</span></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Et puis, un jour, quelqu’un lancera :<br>Eurêka ! Dans Internet ! WWW = 666 !<br></span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Et j’ai compris que ce n’était plus seulement un nombre :<br>Le chiffre fatidique était partout.</span></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>C’était donc cela, peut-être,<br>Le temps des douleurs que les prophètes scrutaient.</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Ce n’est pas un film,</span></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Mais un monde qui réfléchit à notre place,<br>Qui nous scanne, qui nous trie, qui nous dit qui nous sommes, <br>Comme les brebis et les boucs séparés au jour du jugement...</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>L’œil était devenu glacial, souverain.<br>Orwell l’avait appelé Big Brother ;<br>Mais dans les prédications, on l’appelait déjà autrement :<br>Le "précurseur de l’Antichrist"…</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Et pourtant, <br>À la fin, tous les algorithmes s’effondreront<br>Quand les trompettes sonneront.<br>Le ciel se déchirera, la machine s’éteindra,<br>devant l’Agneau, pas devant le système.</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Alors oui, je pense au Millénium.<br>Mais pas comme sur les tableaux des peintres.<br>Je pense à cet endroit où j'allais autrefois :<br>Sainte-Enimie, en Lozère, au-dessus des gorges du Tarn.</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Le Causse était dressé dans le soleil,<br>Clair, immense, tranquille, calme, pittoresque.<br>Pas un bruit. Juste le vent dans les gorges.</span></p><p></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>Et je me suis dit :<br>Voilà à quoi pourrait ressembler le repos.<br>Déjà un peu l’aube du Millénium.</span></p><p><span style='font-family: "Times New Roman", Georgia, serif;'>L’agneau marchera avec le lion, sans effroi.<br>Et peut-être… sans IA.</span></p><p></p><p><em>Photo wilkipedia</em></p><p><img class="ipsImage ipsRichText__align--block" data-fileid="4923" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2026_09/image.png.6d331c3734440091f405d715a5ec90a6.png" alt="image.png" title="image.png" loading="lazy"></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25435</guid><pubDate>Wed, 30 Sep 2026 08:10:39 +0000</pubDate></item><item><title>A une jeune japonaise</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25421-a-une-jeune-japonaise/</link><description><![CDATA[<p>Il avait pris un avion pour Tokyo la veille. Il est deux heures du matin. Il boit un dernier verre au comptoir du «<em> Soul Stream </em>», un bar de jazz dans le quartier Kabuki-cho quand un visage qu'il avait oublié depuis longtemps surgit de sa mémoire. C'est une vision à la fois effrayante et magique. Il se souvient du jour où elle a disparu dans les rues de Paris, dix ans plus tôt, pâle comme un fantôme. C'était un jour funeste, un jour où tout a basculé dans son esprit et dans sa chair. Et maintenant, elle est tout près de lui, vivante, épanouie et toujours aussi belle avec sa peau de porcelaine, sa frange et ses longs cheveux noirs. Il n'en croit pas ses yeux. Il voudrait l'embrasser. Il voudrait lui parler. Il perd le sens de la réalité. Tout à coup, elle se lève, élégante et sublime. Il croise son regard énigmatique. Il frôle son épaule. Il titube. Il vacille. Elle a quitté le bar et elle a disparu à nouveau dans la chaleur épaisse de la nuit.</p><p><br></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25421</guid><pubDate>Tue, 29 Sep 2026 08:29:20 +0000</pubDate></item><item><title>Bons baisers de Lupette</title><link>https://accents-poetiques.com/forums/topic/25410-bons-baisers-de-lupette/</link><description><![CDATA[<p><br></p><p><em>Il fallait passer un mur de houx puis traverser, nu peau, nu pied, nu tête, un désert de pierres chauffées à 60°, le tout sur six cents kilomètres avec, pour se désaltérer, les seules baies rouges de l’épinois végéteux*. C’étaient les conditions </em>sine qua non<em> pour se faire un ciné (quoi, non ?) et obtenir les bisous promis par Lupette, la promise d’</em>El Paradiso<em> qui, déjà, projetait son film : quitter ce dernier. « Qui t’es ? » s’interrogeait-elle avec angoisse et même toute seule. Sans trouver de réponse. Donc libre d’aller. Et moi d’errer aussi, à l’idée de l’épreuve imposée… par qui, sinon quelque démiurge à la plume sadique ! Et me voilà qui pleurais, espérant, versant des torrents de larmes, éveiller les oueds de l’ouest par-delà les houx. Il n’y aurait plus qu’à voguer sur un radeau à défaut de dos de chameau. « Mais la barrière de houx ? » réfléchis-je ? Chiche ? Alors je pensai au dédale de cailloux derrière et songeai à feu Icare, mort en mission au-dessus de la mer Egée, ne sachant pas nager. D’énormes paquebots, paquets pas beaux de touristes à marcher et marcher comme au supermarché, sillonnaient les flots et l’on siphonnait leur cerveau d’un zeste de culture avec un grand Q : « Ici très exactement a chuté Icare, voyez le bleu cé… cérulé, hein ? ». Ici ou ailleurs, nul n’avait tenu la chandelle, dis donc, - ding dong, c’est l’heure du petit expresso. Moi-même, je portais encore l’impact de trois brûlures au front. C’était elle, dont les bisous devaient être renouvelés une fois l’épreuve accomplie. « Ô Psyché, ô ma douce ! » gémis-je sous la rémige (car je n’avais pas encore quitté l’oasis). Et mes ailes firent flap-flop. « Je ne ferai pas comme ce fondu d’Icare, déclarai-je. Mes ailes à moi, de pur amour, ne m’empêcheront pas de m’élever par-dessus le houx ni de franchir ce Sahara dont on me menace. Une formalité ! Mais il s’agissait pour l’instant de livrer à Lupette sa précieuse cargaison : un enfant. Non pas que je me prisse pour une cigogne, mais c’était la finalité de ma petite entreprise : le contenu est fabriqué sur place. Il y a juste à s’apprêter, à accueillir et à cueillir. « Ah ! quel chouette métier, faire des enfants partout ! » avais-je déclaré à Athéna Nikê RM. On s’en doute, la principale actionnaire était ma mère. En cadeau, la naissance se faisait à l’état adulte, debout sur une coquille (de celles qu’aimait tant Zézette dans « Le Père Noël est en bordure », c’est-à-dire près de la plage, comme à la naissance de la dive Vénus, dite Anna Dyomène dans le domaine des Arts, y a pas de lézard) et pour la fécondation, on avait droit à la semence d’Ouranos recueillie de par les flots par des cœurs d’artichauts.</em></p><p><br></p><p>NB. Ceci est une de mes rédactions de collège. Elle m’a permis de faire la connaissance du psychologue scolaire.</p><p>*à l'époque, j'étais un peu dys-tout ça.</p><p></p><p></p><p></p>]]></description><guid isPermaLink="false">25410</guid><pubDate>Sun, 27 Sep 2026 18:03:49 +0000</pubDate></item></channel></rss>
