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La lecture des pierres

LA LECTURE DES PIERRES

 

J'ai toujours aimé les pierres, j'aime les pierres, elles me fascinent, elles ont

toutes les formes, rondes, moins rondes, toutes les couleurs, bleues, oranges, douces ou rugueuses, fortes et puissantes, quelque fois dangereuses,

elles renferment des paysages, des histoires à écouter, des silences à enfermer,

je me balade et elles se présentent, elles semblent attendre que je passe, partout où je vais, elles s'y trouvent,

je les pose ensuite pour les reprendre, de temps en temps, elles m'appellent, elles sont près de mon lit, dans la voiture, sur le bureau, dans mes poches, elles me parlent de la Terre et de ses trésors, elles me parlent de vous qui les avez foulées, elles me parlent de ce qu'elles ont vu, de ce qui les a touché,

elles guérissent et soulagent.

 

L'année dernière, je suis tombée, au beau milieu du salon, un salon dédié, sur un ouvrage magique, il mélange les pierres, la science et la poésie, il brasse l'ensemble pour ravir mes sens préférés,

La lecture des pierres, Roger Caillois.

 

Les couvertures du dehors sont grises, tissées, très finement, l'ouvrage pèse son poids, elles sont froides et mes mains glissent dessus pour sentir les lettres enfoncées, très légèrement, noires, les parcourent pour sentir le minéral, incrusté au milieu de la première, sans jamais tomber, une pierre captivante, des cercles, un système solaire, un oeil d'animal volant, une chouette ou un hibou et des rochers, du plus gros au plus petit et près du bord, celui que l'on touche en premier pour ouvrir le livre, une silhouette, je l'imagine cette dernière.

Editions Xavier Barral, en lettres grecs, sur le dos et juste au-dessus, encerclé dans l'ovale miniature, les symboles, le Muséum national d'histoire naturelle.

La quatrième de couverture, c'est ainsi que se nomme la couverture arrière, ajoute des mots, les siens, 1966 "J'imagine une quête ambitieuse qui, loin de se contenter d'objets de rencontre, s'efforcerait de réunir les plus remarquables manifestations des forces élémentaires, anonymes, irresponsables qui, enchevêtrées, composent la nature.",

la tranche est blanche.

Inspiration, ouverture, rouges, pages rouges, à droite et à gauche puis encore une, peut-être pour rompre avec le gris d'une manière forte et puissante,

je rentre dans la lecture des pierres, réveil.

Les moins de dix suivantes sont des illustrations des pièces de la collection personnelle de Caillois,

et bien voilà, je ne vais pas aller plus loin ce tantôt, voilà bien longtemps que je n'avais plus écrit ce mot, tantôt,

me voilà embarquée.

image.png

Fig 5. Agate, épaisse tranche litée au coeur à strates parallèles, 13 x 10 x 2 cm

Mémoire de Pierre

sur le bord de la tranchée

Agathe imagine

 

Je reviens tout juste de là-bas.

 

Comme une invitation.

 

 

Je vous écris des extraits de la préface, La lecture des pierres, de Massimiliano Gioni, Conservateur et directeur associé du New Museum, New York.

 

Caillois, persuadé de la nécessité de réunir ces deux domaines, "investigation et poésie", afin d'établir un lien entre la trame des rêves et la chaîne du savoir, développa le concept de sciences diagonales. Sa vision très personnelle des sciences naturelles lui permit d'imaginer une forme d'interdisciplinarité du savoir dans laquelle les relations invisibles, souterraines, se devaient d'être exhumées afin de permettre l'éclosion d'une image nouvelle et plus complexe de l'univers.

L'Ecriture des pierres est une oeuvre tardive publiée pour la première fois en France en 1970. Réunissant, en un mélange inédit, le surréalisme, le spiritualisme, les sciences, l'esthétique, la mythographie et la littérature, cet écrit représente, en quelque sorte, la somme de l'entière vision poétique et scientifique de Caillois, sa pierre de Rosette pour qui voudrait filer la métaphore glyptique. Cette recherche, qui mêle la quête individuelle à l'exploration universelle, est d'autant plus personnelle qu'il appliqua ses talents interprétatifs et mantiques aux pierres qu'il collectionna pendant des décennies, rassemblant ainsi une centaine de spécimens conservés aujourd'hui au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

Ce que Caillois recherche dans les pierres, c'est une "beauté spontanée", existant sans rien devoir aux humains. Ces "peintures de la nature" comme il les appelle, contiennent "un des chiffres secrets de l'univers"-non du fait d'un plan divin mais comme un aboutissement de siècles de chaos et de hasard.

Ses écrits sur les pierres dévoilent la danse -ou peut-être est-ce le duel ?- qui se déroule entre l'homme et l'univers. Il lutte pour décrire la nature, rejetant comme l'observe Marguerite Yourcenar dans sa préface "l'une des hypothèses de travail de la science moderne, à savoir que la nature agit toujours avec la plus grande économie de moyens possible, et dans la plus pratique des buts". Pour Caillois, la nature au contraire se révèle être un délice superflu, comme mue par le caprice. "La nature n'est pas avare", dit Caillois, qui essaie, par ailleurs, d'échapper au piège de l'anthropomorphisme et de la description de la nature comme reflet de l'humanité. Le centre est dans tout : Caillois soupçonne dans les pierres et dans les ailes de papillon -sur lesquelles il écrira dans un autre ouvrage profondément original, Méduse et Cie - "une antique et diffuse aimantation [...] l'appel du centre [...] ou le pressentiment [...] de la syntaxe générale".  Comme le dit Yourcenar, pour Caillois l'humain est éparpillé "le long d'une échelle qui va des molécules aux astres". Il s'agit là d'une humanité qui découvre ses ressemblances avec le monde animal et végétal plutôt que d'un univers décrit de manière anthropomorphique.

Caillois a toujours aimé la poésie romantique tout en croyant cependant en "un merveilleux qui ne craint pas la connaissance". Au final, il recherche minutieusement dans les images de sa collection de pierres la même justesse que dans l'image poétique. Il en attend, par conséquent, non seulement la surprise ou l'extase, la perte de soi dans l'immensité de l'univers mais également la précision. C'est "cette perfection quasi menaçante" que Caillois poursuit dans ses pierres, une perfection qui semble reposer sur "l'absence de vie, sur l'immortalité visible de la mort".

Caillois se bat entre ces deux contradictions permanentes -duel et pas de deux-, le respect pour l'obscur et l'envie de lumière.

1 Commentaire

Commentaires recommandés

Alba Plume habituée

Alba

Semeur d’échos

Posté(e)

  • Semeur d’échos

Un ouvrage à découvrir, un thème qui promet de belles et profondes découvertes. Et ta présentation donne envie d'entrer dans ce monde minéral, Véronique.

À propos d'Agate., ces couleurs font rêver la plume des poètes.

"Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe,

Loin du noir océan de l’immonde cité,

Vers un autre océan où la splendeur éclate(...)"

Ch. Baudelaire

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