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<rss version="2.0"><channel><title>Barbakane</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/blog/12-barbakane/</link><description><![CDATA[<p><strong>Un promontoire pour observer le monde, un lieu d’écoute et de lecture.</strong></p><p></p><p>Nommé en hommage à <em>Barbakane</em>, un morceau du groupe <strong>Tangerine Dream</strong> paru en 1992 sur l’album <em>Rockoon</em>, ce blog est mon espace de veille, de réflexion et de partage. Vous y trouverez des <strong>chroniques littéraires</strong>, des <strong>découvertes musicales</strong>, et quelques <strong>considérations personnelles</strong> sur ce qui me touche, m’inspire ou me traverse. Entre lignes écrites et lignes de basse, <em>Barbakane</em> est une tour de guet poétique tournée vers les mots… et les sons.</p>]]></description><language>fr</language><item><title>Quand la po&#xE9;sie se r&#xE9;invente sur le web</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/45-quand-la-po%C3%A9sie-se-r%C3%A9invente-sur-le-web/</link><description><![CDATA[<p><img class="ipsImage ipsImage_thumbnailed ipsRichText__align--left ipsRichText__align--width-custom" data-fileid="4586" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2026_01/7.thumb.jpg.e1a71b2f6cfcc38fb9f8635a80db83d2.jpg" alt="7.jpg" title="" width="750" height="750" data-full-image="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2026_01/7.jpg.5285439463680cbbb7a6f7f46e1b55d3.jpg" style="--i-media-width: 246px;" loading="lazy">La poésie française n’imprègne pas la toile, mais elle brasse. Elle s’écrit, se réécrit parfois, se décolle, se disperse, se reconfigure, mais ne se confine plus au simple volume. Longtemps, on redouta que l’image ne devînt le cimetière du vers. Mais dans l’ère du flux perpétuel, l’air de la poésie s’est infiltré partout. Il n’est pas devenu un bien de consommation de masse, mais il a trouvé, dans le réseau, un de ses nouveaux milieux propres, entre mimétisme des anciens et insolence du nouveau.</p><p> </p><h3>L’écran comme page blanche</h3><p>Premier terrain de la poésie numérique, les revues en ligne. Si le papier demeure, pour la plupart, le Graal de la consécration, des sites, tels <a rel="external nofollow" href="https://www.poesibao.fr/">Poesibao</a>, <a rel="external nofollow" href="https://Remue.net">Remue.net</a> ou <a rel="external nofollow" href="https://www.terreaciel.net/">Terre à ciel</a> et d’autres encire ont construit des institutions de l’immatériel. C’est un parcours de médiation : on brasse, on rend lisibles les voix contemporaines, parfois bien délaissées par la bonne vieille librairie. Ces murs ne sont pas des musées ; ils forment un lieu important de la critique poétique, là où se déploie une pensée du texte, à laquelle les gazettes généralistes ont pratiquement renoncé.</p><p>À côté de ces phares collectifs, le blog du poète qui serait, dit-on, sur le déclin face aux réseaux sociaux, demeure un lieu de résistance. C’est un atelier ouvert. On y croise des rimes en chantier, des lectures, des essais, des hésitations… Peut-être est-ce là que la toile tient sa promesse la plus intime : une chambre personnelle, offerte à tous, où la gratuité du geste poétique échappe au défaut de la fourchette de l’édition traditionnelle. </p><p> </p><h3>De l'image au vers : la mutation des réseaux</h3><p>Il y a quelques années, la tendance s'orientait davantage vers les réseaux visuels. Impossible d'ignorer l'essor d'une poésie « cliquable », comme certains l'appellent. Sur Instagram, le poème est une image. Il se condense, se raccourcit, à la recherche d'un aphorisme ou d'un impact visuel capable de suspendre le défilement. C'est une poésie de l’immédiateté, souvent accusée de simplification, mais qui a pourtant le mérite de mettre le texte sous les yeux de lecteurs qui ne fréquentent pas les librairies spécialisées.</p><p>Mais cette exposition a un prix : parfois, l'algorithme semble s'emparer jusqu'à l'écriture elle-même. On écrit court, on écrit pour séduire, pour être partagé. Le danger réside alors dans l'homogénéisation des sensibilités. Est-ce encore de la poésie lorsque le travail du langage disparaît au profit de l'efficacité du message ? Le débat est loin d'être clos, mais il révèle une tension entre la démocratisation de la parole et l'affaiblissement de ses exigences formelles.</p><p> </p><h3>Hybridation des formes : quand le texte prend vie</h3><p>Mais le web a aussi redonné à la poésie sa dimension orale et performative. Sur les plateformes vidéo et podcast, le poème retrouve sa voix. Une sorte de « seconde oralité » émerge, où le texte n’est plus seulement lisible, mais aussi audible. La poésie-action ou la vidéo-poésie utilisent le montage, le son et le rythme visuel comme un prolongement du vers. Dans ces espaces, le poète est parfois un artiste visuel ou un ingénieur. Certains explorent le potentiel du codage pour produire des poèmes génératifs, des poèmes qui se réécrivent à chaque accès. Ici, la machine n'est pas un support, mais un coauteur. Je dois avouer que c'est un terrain de jeu fascinant, quoique parfois un peu désolé, qui interroge notre rapport à la création artistique à l'ère de l'intelligence artificielle.</p><p> </p><h3>Les limites d'un archipel numérique</h3><p>Mais au-delà de cette effervescence, tout n'est pas rose dans la cité numérique. La première limite est celle de la saturation. Comment distinguer la perle rare dans l'océan des productions quotidiennes<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>? Le web est un média sans filtre, ce qui est formidable, mais cela signifie aussi qu'aucun filtre n'est possible. L'autorité, autrefois conférée par la publication, est désormais incertaine. Le «<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>j'aime<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>» remplace parfois une analyse approfondie, et la mesure de la qualité d'une œuvre est obscurcie.</p><p>Il existe également un conflit latent entre la temporalité éphémère du web et la temporalité plus longue du poème. À mes yeux, un poème requiert un moment de suspension, une sédimentation, que l'architecture des plateformes empêche. On peut aussi se demander si la lecture sur écran (souvent fragmentée, décousue) permet encore au lecteur de plonger dans le mystère du langage. Parfois, le médium engloutit l'objet<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>: nous digérons la «<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>poésie<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>» comme n'importe quel autre contenu, oubliant au passage la dimension verticale du langage.</p><p> </p><h3>Une mutation perpétuelle</h3><p>En réalité, Internet n’a pas supplanté le livre<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>mais élargi le champ de la poésie. Il a créé un territoire d’inversions. S’il existe bien un risque de dilution, il est compensé par une vivacité que l’on croyait inimaginable. La poésie française sur le web est un archipel<span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span>: chaque site, chaque compte, chaque blog est une île. Désertes ou grouillantes, toutes participent à une cartographie mouvante du sensible.</p><p><span style="font-family: inherit;">L’avenir de la poésie à l’ère numérique n’est certainement pas le triomphe de l’écran sur le papier, mais leur interaction mutuelle. Le livre restera peut-être le lieu de la méditation, tandis que le web restera le lieu de l’étincelle, des surprises et des découvertes, d’une invention permanente. Et, au sein de ce courant, le poème restera ce petit grain de sable dans la chaussure de la communication</span><span style="font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;"> </span><span style="font-family: inherit;">: un mot économiquement inutile, mais si nécessaire pour nommer ce qui en nous défie toute logique.</span></p>]]></description><guid isPermaLink="false">45</guid><pubDate>Thu, 15 Jan 2026 16:31:25 +0000</pubDate></item><item><title>Cr&#xE9;ation par IA : simple outil ou nouvel Art ?</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/43-cr%C3%A9ation-par-ia-simple-outil-ou-nouvel-art/</link><description><![CDATA[<p>Féru de nouvelles technologies, les utilisant volontiers dans mon quotidien, professionnel avant tout mais également dans mes activités artistiques, une question m’obsède : est-il encore possible de parler d’art lorsqu’il y a une interface avec une machine ? Entendons-nous bien. Lorsque je rédige de la poésie, je me refuse à me servir de l’IA. En revanche, aimant créer des clips musicaux à travers l’intelligence artificielle, comment puis-je qualifier ceux-ci ? Est-ce de l’art ou du cochon ? Utiliser l’IA pour concrétiser ses songes interroge la notion même de création.</p><p>Pour tenter d’y répondre, trois piliers me paraissent essentiels à développer.</p><p></p><ol><li><p>l’intention humaine qui déclenche la machine,</p></li><li><p>la quête d’émotion qui donne vie à l’image,</p></li><li><p>la transparence qui établit la confiance avec le lecteur ou spectateur.</p></li></ol><p></p><p><img src="https://media.licdn.com/dms/image/v2/D4E12AQGzhyZSX3tBgQ/article-inline_image-shrink_1000_1488/B4EZtq4NB9GQAQ-/0/1767024684908?e=1769040000&amp;v=beta&amp;t=oj92XgNQty09eelUmKRrjgAZFXJTcqwASQKPakNbtY0" alt="Contenu de l’article" class="ipsRichText__align--block ipsRichText__align--width-custom" width="1488" height="830" style="--i-media-width: 1061px;" loading="lazy"></p><p></p><p></p><h3>1. L’intention humaine, le copilote de la machine</h3><p>Souvent, créer rime avec douter. Mais la machine ne saurait douter. Aussi est-ce sur ce doute que se fonde la légitimité de l’artiste et la primauté de l’intention humaine. L’IA n’est pas (pour le moment du moins) un conteur à part entière. Elle se borne à être un “assistant virtuel”, un “outil créatif hybride” qui permet de démultiplier l’intuition. C’est dans le cadre de cette dialectique que se développe le processus de création. Non seulement l'auteur donne l'impulsion initiale mais il oriente et structure les idées, n'hésitant pas à questionner la machine. Malgré l'utilisation d'un algorithme, aussi sophistiqué soit-il, c'est bien l'humain qui décide de l'orientation et de l'objectif de l'œuvre. La primauté de l'intention se manifeste à travers trois points : combler un manque, injecter une vision et enfin, garder le contrôle.</p><p></p><h3>2. L'émotion : le souffle de vie qui distingue l'art de la technique</h3><p>Le second pilier repose sur une distinction fondamentale à mes yeux, un critère personnel permettant de séparer le bon grain de l’ivraie : générer n'est pas créer. Il suffit de s’attarder sur la profusion d'images produites par l'IA pour constater qu’elles manquent généralement d'âme. La production technique, même virtuose, ne suffit pas à faire de l'art.</p><p></p><p>Or, l'objectif de l’Art est de transmettre quelque chose de vrai : un sentiment, une émotion, une atmosphère. Selon l’œuvre et celui qui la reçoit, il s’agira d’un vertige, d’une chaleur, d’un malaise, d’une beauté troublée, … En l'absence de transmission d’une émotion, il ne reste qu'un décor vide, une image techniquement maîtrisée mais artistiquement vide. Ce contrepoint peut être résumé dans le tableau suivant :</p><p></p><div class="ipsRichText__table-wrapper"><table style="min-width: 60px;"><colgroup><col style="min-width:20px;"><col style="min-width:20px;"><col style="min-width:20px;"></colgroup><tbody><tr><th colspan="1" rowspan="1"><p>Critère</p></th><th colspan="1" rowspan="1"><p>Simple génération IA</p></th><th colspan="1" rowspan="1"><p>Création artistique avec l'IA</p></th></tr><tr><td colspan="1" rowspan="1"><p><strong>Finalité</strong></p></td><td colspan="1" rowspan="1"><p>Produire une image</p><p>Suivre une tendance</p></td><td colspan="1" rowspan="1"><p>Transmettre une émotion</p><p>Donner un regard authentique</p></td></tr><tr><td colspan="1" rowspan="1"><p><strong>Résultat</strong></p></td><td colspan="1" rowspan="1"><p>Une image vide, sans âme</p></td><td colspan="1" rowspan="1"><p>Une œuvre d'art, chaleureuse et troublante</p></td></tr><tr><td colspan="1" rowspan="1"><p><strong>Moteur</strong></p></td><td colspan="1" rowspan="1"><p>L'algorithme</p><p>La profusion</p></td><td colspan="1" rowspan="1"><p>La présence humaine</p><p>Une véritable exigence</p></td></tr></tbody></table></div><p></p><p>Mais une fois l’œuvre chargée d’une intention et d’une émotion, une question essentielle demeure : celle de la vérité envers le public.</p><p></p><h3>3. L’honnêteté, pacte de confiance avec le public</h3><p>Le troisième et dernier pilier est l'éthique. Une œuvre d'art réalisée avec l'aide de l'IA se doit d'être authentique. Je ne pense pas que l'IA doive être dissimulée. Non seulement il n'y a pas lieu d'en avoir honte, mais surtout, c'est une question d'honnêteté.</p><p></p><p>Le spectateur a le droit de savoir. Pour autant, il ne s'agit pas de dévaloriser l'œuvre. Il s'agit plutôt de permettre au spectateur de se réapproprier son regard. Si je sais qu'une œuvre a été créée par une machine, je la perçois et la juge différemment. Mais la création assistée par l'IA n'est pas moins valable qu'une autre. Sa validité ne tient pas tant à la technique utilisée qu’à la pureté de son concept et à l'intégrité du processus créatif.</p><p></p><p>Avec émotion et sincérité, l'artiste, en créant avec un nouvel outil, participe à la définition même de l'art.</p><p></p><h3>Redéfinir l'art sans y renoncer</h3><p>L'intention qui l'anime, l’émotion qu'il transmet et la sincérité du processus constituent le socle sur lequel l'artiste peut affirmer la vérité de son œuvre et apaiser sa conscience. Face à une technologie, il ne s'agit pas de la rejeter et de fuir, mais d'avoir le courage de la maîtriser et de l'apprivoiser, de faire de l'IA un outil au service du geste artistique pour l'enrichir.</p><p></p><p>Créer de l'art avec l'IA, ce n'est pas renoncer à l'art, c'est le réinventer chaque jour. C'est miser sur notre capacité à le recréer, même dans la froideur d'une machine.</p><p></p><p><strong>Nb</strong>. <em>Si la rédaction de l'article est sans IA augmentée, l'image de couverture ainsi que l'infographie ont été créées avec son aide.</em></p>]]></description><guid isPermaLink="false">43</guid><pubDate>Sun, 04 Jan 2026 15:02:03 +0000</pubDate></item><item><title>[Clip musical] Cosmic Dream</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/42-clip-musical-cosmic-dream/</link><description><![CDATA[<p>Cela faisait un certain temps que je n’avais plus pris le temps de créer un clip vidéo à partir d’images générées par IA. Aussi avais-je envie de partager avec vous aujourd’hui l'une de mes dernières créations : un voyage synthwave porté par mes inspirations musicales, et traversé par un hommage visuel à l’œuvre de Moebius. J'ai voulu emprunter à son univers certaines lignes claires, des horizons ouverts, cette façon bien à lui d’habiter l’espace et le silence, pour tenter de faire émerger un monde à la fois familier et légèrement décalé.</p><p style="text-align:left;"></p><p style="text-align:left;">Loin de toute narration imposée, la musique et les images cohabitent au cours d'une traversée, où chacun d'entre vous pourra projeter ses propres sensations et paysages intérieurs.</p><p style="text-align:left;"></p><p style="text-align:left;">Ce clip n’a pas d’autre ambition.</p><p style="text-align:left;"></p><p style="text-align:left;">Nb. <em>Avec mes excuses pour le titre en anglais, retenu afin de toucher un public plus large sur les réseaux sociaux.</em></p><p></p><div class="ipsEmbeddedVideo" contenteditable="false" data-og-user_text="https://youtu.be/TpgcrV24D8M" style="--i-media-width: 100%;"><iframe width="200" height="113" src="https://www.youtube-nocookie.com/embed/TpgcrV24D8M?feature=oembed" frameborder="0" allow="encrypted-media; picture-in-picture; fullscreen" title="Cosmic Dream" loading="lazy"></iframe></div>]]></description><guid isPermaLink="false">42</guid><pubDate>Sat, 27 Dec 2025 13:34:47 +0000</pubDate></item><item><title>La po&#xE9;sie &#xE0; l&#x2019;&#xE8;re des contraintes et des algorithmes</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/41-la-po%C3%A9sie-%C3%A0-l%C3%A8re-des-contraintes-et-des-algorithmes/</link><description><![CDATA[<p><img class="ipsImage ipsImage_thumbnailed ipsRichText__align--left ipsRichText__align--width-custom" data-fileid="4555" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_12/02a.thumb.jpg.afd6737f767f44e70be0ddd437ed2872.jpg" alt="02a.jpg" title="02a.jpg" width="750" height="750" data-full-image="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_12/02a.jpg.7d6bf8fb5fb7a6745913f1a4ec4b12fc.jpg" style="--i-media-width: 254px;" loading="lazy">La plupart des gens auxquels je dis que j’écris tendent à s’imaginer l’auteur comme un être isolé, et un peu distant du reste du monde, passivement dans l’attente d’une illumination qui viendrait frapper soudain sa page blanche. Pour certains, la poésie serait même morte dans l’œuf ; d’autres encore pensent que l’inspiration est une lumière inconstante, ou que l’on ne peut s’adonner à une créativité absolue que dans un contexte exempt de toute contrainte.</p><p>À la lumière de ce qui se passe sur le web aujourd’hui, au contraire, j’ai eu l’impression de trouver matière à réflexion à la fois sur les modes de dissémination de l’information et sur les pratiques talentueuses de nombreux auteurs, toutes littératures et propos confondus. L’écriture sur le web m’a appris quelques petites choses contre-intuitives dont je voudrais vous faire part ici, afin tout particulièrement de (re)donner envie à chacun d’y tenter son chemin.</p><p></p><h4><strong>Non, la poésie n'est pas morte. Au contraire, elle est en plein boom</strong></h4><p>Bien au contraire, elle est même en pleine effervescence.  À rebours de la croyance selon laquelle "la poésie est morte et enterrée ; il s’agit d’un genre de nouveau en pleine croissance qui retrouve le chemin des librairies. Et pour cause, les éditeurs sont en permanence à l’affût de nouveaux projets et de nouveaux auteurs. Ce regain d’intérêt pour la poésie n’est pas sans lien, comme nous le verrons, avec la façon dont elle profite des nouvelles technologies de diffusion. En effet, en analysant ce qui fonctionne sur les réseaux, il se dégage le fait que la poésie, sous une forme condensée, et visuelle, se prête magnifiquement bien aux pouces des algorithmes TikTok et Instagram. Cela se ressent à différents niveaux du marché éditorial. Certains grands éditeurs s’attellent spécialement à la poésie : une collection entière chez <em>Actes Sud</em> et <em>Seuil</em> y est consacrée. Par ailleurs, certains petits éditeurs, à l’image du <em>Castor Astral Éditeur</em>, font le pari de la vulgarisation de la poésie, afin de la rendre plus populaire, avec le lancement récent d’une collection de poche dédiée. Bref, la poésie va bien, et c’est tant mieux. Elle démontre que la forme poétique, brève et émotionnelle, a une place à prendre à notre époque</p><p></p><h4><strong>Pour être profond, commencez par écrire des choses qui semblent "bêtes"</strong></h4><p>Quand on veut écrire un texte profond, on va généralement rechercher des idées très élaborées, tourner et retourner en soi-même pour trouver une vérité inexplorée. Pourtant il existe une méthode insoupçonnée et presque totalement opposée pour produire de l’écriture profonde qui consiste à écrire des choses qui superficiellement peuvent paraître…bêtes. J’ai ainsi constaté qu’il existe par exemple des <a rel="external nofollow" href="https://www.association-francophone-de-haiku.com/ecrire-un-haiku/">ateliers d’écriture autour de l’écriture du haïku</a> qui consistent à exprimer par écrit des sensations du corps qui sont si évidentes pour notre cerveau au quotidien qu’elles peuvent nous paraitre stupides à écrire. On peut mentionner des choses comme : « <em>Quand je parle, mes lèvres bougent</em> » ou « <em>l’odeur de mes genoux n’est pas la même que celles de mes aisselles »</em>. “ On écrit ce qui nous viendrait comme ça ; l’écriture n’a pas à être précise. On peut utiliser la première chose qui vient, même si le mot est scientifiquement oublié. L’idée n’est ni de choquer la norme ni d’adopter une écriture haineuse ou transgressive, mais juste d’écrire ce qui semble d’une bête évidence. Écrire des choses bêtes, ce n’est pas écrire des choses que les autres ne savent pas, mais aller à l’intérieur de soi. Puiser au cœur du concret et des sensations premières, voilà du réel. Au lieu d’aller dans l’abstrait, à la recherche du concept, il faut plonger dans le bête, l’évident, pour en extraire la vraie vie, la vraie profondeur.</p><p></p><h4><strong>La meilleure façon d'être libre ? S'imposer des règles très strictes</strong></h4><p>On se persuade souvent qu’il faut être dans une liberté totale pour laisser sa créativité s’exprimer. Ceux qui connaissent mon écriture savent que tel est mon cas. Mais pour certains, c’est un mythe. Il existe d’ailleurs un courant plutôt méconnu qui énonce l’idée exactement inverse, qui répond au doux nom d’Écriture à contrainte. Ce sont les oulipiens qui, en s’imposant des règles strictes à suivre pour écrire, prennent le contre-pied des tenants d’une liberté absolue en écriture. Loin de restreindre la créativité, ces contraintes offriraient des moyens nouveaux de s’exprimer. La forme la plus célèbre, qui a été popularisée dans l’ouvrage de Georges Perec <em>La Disparition</em>, est le lipogramme, qui consiste à écrire tout un texte sans utiliser une ou plusieurs lettres. Dans ce livre, il s’agit du E, la plus utilisée de la langue française. Michel Tournier a également écrit une nouvelle intitulée <em>Trois phénomènes surnaturels</em> composée uniquement de mots imprimés sur les emballages d’un dîner. Dans la sextine, il s’agit de composer une strophe de six vers, dont chacun se termine par les mêmes mots-rimes. Et on pourrait donner mille exemples. Queneau, le maître suprême en la matière, a écrit les <em>Exercices de style</em>, qui constitue une variation de 99 façons de dire qu’un homme a un chapeau qui descend d’un bus. La question à poser ici est cruciale : “Oui, mais à quoi ça sert ? “ La réponse, c’est… À RIEN, du moins, à rien de concret, parce que l’enjeu n’est pas là. Il s’agit de s’amuser, de divertir, de prendre du plaisir à manipuler le langage, d’’écrire pour ne pas mourir épouvanté de n’avoir rien écrit car, ne rien écrire, c’est un peu mourir. La notion de plaisir permet ainsi, selon Perec, d’apporter une solution à opposer à l’anxiété de la page blanche.</p><p></p><h4><strong>Oubliez le mythe de l'écrivain isolé : les vrais échanges se passent en ligne</strong></h4><p>Internet regorge de sites et forums d’aide à la publication sur lesquels il est possible de publier ses écrits, d’être conseillé et d’obtenir des débriefings sur son style. Des lieux de sociabilité où l’écrivain en herbe peut aussi trouver du soutien. Il reste alors motivé pour continuer ! Les forums généralistes (prose, poésie…) sont extrêmement ouverts. <em>Accents poétiques</em>, comme d’autres forums, <em>De Plume en Plume </em>est ainsi fondé sur le principe de la réciprocité : « chaque auteur qui publie s’engage à lire d’autres auteurs afin de créer la dynamique utile et nécessaire à la vie du site ». <em>Le Monde de L’Écriture</em> propose quant à lui des « bêta-lectures », (les lecteurs commentent une œuvre, et l’auteur tient ensuite compte ou non des suggestions.). Fait contre-intuitif, certains forums sont aussi sélectifs que des revues littéraires. Ainsi d’<em>Accents poétiques</em>, où pour garantir une qualité éditoriale, le comité de lecture du forum lit les trois premiers poèmes de tout nouveau membre. Les commentaires des lecteurs sont souvent qualitatifs. Ces communautés ne sont pas non plus un Far West. La plupart des administrateurs de ces sites littéraires<em> </em>imposent des règles strictes à ceux qui publient concernant la mise en forme des textes, l'orthographe et le respect de la législation française. Surtout, ils rappellent une vérité cruciale que tout auteur numérique doit connaître : sur la plupart des sites, aucune protection des créations n'est assurée. Les auteurs sont donc les seuls responsables de la protection de leur propriété intellectuelle auprès d'organismes dédiés. Pour un auteur, il est donc essentiel de bien choisir sa communauté en ligne en fonction de ses objectifs : trouver une audience, obtenir des critiques de haut niveau ou simplement bénéficier d'un espace d'entraide, tout en restant vigilant sur la protection de ses œuvres.</p><p></p><h4><strong>Votre premier lecteur n’est pas un être humain, mais la toile internet</strong></h4><p>Le domaine du digital offre un énorme avantage à l’auteur. Pas besoin d’attendre d’être édité pour entamer la construction de sa base de lecture puisqu’un incubateur de lecteurs potentiels est à portée : la toile. Il faut accepter le dialogue avec les algorithmes. Et ici, la poésie s’invite très clairement dans le sujet. Instagram ou Tiktok sont, par exemple, devenus la scène de la “nouvelle poésie” dont la forme (courte, percutante, visuelle) tire justement ses vertus de ce qu’elle “est compatible avec l’algorithme” qui favorise la viralité et l’engagement. C’est dire que l’édition 2. 0 a cerné ces nouveaux codes et appris à les mettre au service de ses auteurs. Pour la première fois, il devient possible de se créer une audience indépendante, de monétiser directement à la fois le travail éditorial et la visibilité auprès des publics). Finalement, ce que j’apprends de ces auteurs n’est plus forcément une question de style ou de process. Non c’est un mode de compétences, et de personnalité qui fait l’auteur moderne. Il doit apprendre à se créer une communauté, comprendre les outils pour ensuite les distordre et en jouer, gérer l’exposition, etc. Bref, la page blanche ne se joue plus uniquement sur la feuille, mais aussi dans le reste du monde.</p><p></p><p>Notre terrain de jeu est infini. Alors, que ferez-vous de la page blanche, maintenant ?</p>]]></description><guid isPermaLink="false">41</guid><pubDate>Fri, 26 Dec 2025 12:01:06 +0000</pubDate></item><item><title>Pourquoi je n&#x2019;&#xE9;cris pas de po&#xE9;sie l&#xE9;g&#xE8;re</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/40-pourquoi-je-n%C3%A9cris-pas-de-po%C3%A9sie-l%C3%A9g%C3%A8re/</link><description><![CDATA[<p><img class="ipsImage ipsImage_thumbnailed ipsRichText__align--left ipsRichText__align--width-custom" data-fileid="4519" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_12/02.thumb.png.79975c381fc693304e92c6df138f2301.png" alt="02.png" title="" width="750" height="750" data-full-image="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_12/02.png.4227aa2582b7c6af5e7aacf800834e96.png" style="--i-media-width: 273px;" loading="lazy"></p><p>On me demande souvent pourquoi mes poèmes sont si sombres, si mélancoliques. Pourquoi je n’aborde presque jamais des sujets légers, joyeux, optimistes. La question est légitime. Après tout, personne n’a jamais décrété que la poésie devait se cantonner au spleen. Beaucoup de poètes chantent l’amour heureux, le printemps, les jours paisibles. Et certains le font admirablement.</p><p>Mais pour ma part, je ne sais pas écrire de poésie joyeuse. Cela ne relève ni d’un choix esthétique, ni d’une stratégie. Plus simplement, c’est impossible. M’y essayer reviendrait à me trahir et à trahir le lecteur. Un romancier peut changer de voix, de style, de ton selon l’œuvre qu’il écrit. Un poète, lui, écrit avec ce qu’il porte, ce qu’il traîne. Voilà pourquoi mes vers visitent rarement les rivages lumineux.</p><p>J’ai bien tenté, parfois, d’écrire plus léger. Le résultat sonnait creux. C’était important d’essayer, ne serait-ce que pour confirmer ce que je pressentais : un poème n’a de valeur que s’il naît d’une nécessité intérieure. Sans cette urgence, ce n’est qu’un jeu avec le langage  et je n’ai jamais considéré la poésie comme un jeu.</p><p> </p><h4><strong>Une voix façonnée par l’expérience</strong></h4><p>Mon ton est forgé par ce que j’ai vécu. Je ne suis sans doute pas, par nature, la personne la plus optimiste que porte cette terre. J’ai traversé des épisodes sombres. J’ai connu des émotions noires. Et ces expériences ont nourri mes lectures : très jeune déjà, j’étais baudelairien. Puis sont venus Rimbaud, Nerval, et plus tard des poètes plus baroques, parfois obscurs, parfois venus des marges de l’imaginaire, comme Lovecraft ou Clark Ashton Smith.</p><p>À douze ans, lorsque j’ai commencé à écrire, mes poèmes contenaient déjà de l’ombre. Je n’ai jamais su faire autrement. Aujourd’hui encore, je demeure sérieux dans mes approches littéraires, peut-être trop, diraient certains. Mais l’époque ne me pousse pas à la légèreté : réchauffement climatique, retour de la guerre près de nous, bouleversements technologiques… Comment prétendre écrire avec insouciance dans un monde si instable ?</p><p> </p><h4><strong>Débusquer la beauté dans l’obscur</strong></h4><p>Pourtant, paradoxalement, si je m’aventure dans les ombres, ce n’est pas pour m’y complaire. C’est pour y débusquer la beauté. Rien ne me touche autant que de dessiner un monstre qui révèle un cœur sous ses airs effrayants.</p><p>Le Beau ne se limite pas aux couleurs du jour. Il vit dans la fissure, dans la brisure, dans la perte. Il s’avance masqué, dans l’imperfection, dans le chaos même. Je poursuis ce Beau obstinément - parfois malgré moi - à travers des passages saturés de musc, de nuit, de poussière.</p><p>On dit souvent que ma poésie est mélancolique. Je préfère dire qu’elle est en quête : une quête de lumière à travers les ténèbres.</p><p> </p><h4><strong>Une fidélité à soi-même</strong></h4><p>La poésie n’est pas une succession de falbalas où l’on devrait prouver sa maîtrise de tous les registres. Elle n’est pas un déguisement que l’on enfile pour étaler une virtuosité.</p><p>Je pourrais sans doute écrire dans d’autres tons, tenter l’humour, la frivolité… Mais ce ne serait pas moi. Ce serait tricher. Parce que ma voix est faite de gravité et de secrets ombrageux.</p><p>Ce que l’on fait en poésie doit correspondre à ce que l’on pense et ressent profondément. Sinon, ce n’est qu’un mensonge. Et je refuse de mentir.</p><p> </p><h4><strong>Trancher dans le vif</strong></h4><p>Alors non : je n’écrirai pas de poésie légère. La gravité des mots n’est pas à craindre. Elle est même parfois le seul outil dont nous disposons pour trancher dans les parties indigestes de la vie, celles que nous ne savons traiter autrement que dans un poème ou dans une chanson.</p><p>Je crois aussi qu’un poète ne doit pas reculer devant ce qu’il porte au fond de lui. Il ne doit pas écrire pour plaire, ni pour s’adapter. Il doit avancer, dire, affronter, accueillir la vérité, même quand elle dérange.</p><p>Parce qu’au fond, c’est cela, être poète :<br></p><p>être celui qui n’abandonne pas la vérité, même lorsqu’elle s’écrit dans l’ombre.</p>]]></description><guid isPermaLink="false">40</guid><pubDate>Fri, 05 Dec 2025 21:56:55 +0000</pubDate></item><item><title>Cr&#xE9;er avec l&#x2019;IA : une affaire de dialogue et de vertige</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/38-cr%C3%A9er-avec-lia-une-affaire-de-dialogue-et-de-vertige/</link><description><![CDATA[<h4><a href="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_07/31juil..jpg.425e88c88e330cf2dcd3038588df7790.jpg" class="ipsAttachLink ipsAttachLink_image ipsRichText__align--left ipsRichText__align--width-custom" style="--i-media-width: 194px" data-fileid="4313" data-fileext="jpg" rel=""><img class="ipsImage ipsImage_thumbnailed" data-fileid="4313" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_07/31juil..thumb.jpg.bcee7d2f7ff3ec471029adb9df1ef831.jpg" alt="31 juil..jpg" style="--i-media-width: 194px" width="500" height="750" loading="lazy"></a>Quand l’imaginaire rencontre la machine, entre émotion, doute et création assumée</h4><p>Il y a encore peu, j’écrivais sans pouvoir illustrer mes mondes. J’écoutais de la musique en rêvant d’images qui n’existaient pas. Je visualisais des scènes entières que je n’ai jamais su dessiner. L’IA a changé cela. D’abord timidement, puis avec de plus en plus de justesse, elle m’a offert une manière d’incarner ce que j’imagine, sans pour autant remplacer la part humaine. Elle m’a donné un outil de création hybride permettant de prolonger mon intuition.</p><p>Mais avec elle sont venues des questions profondes : qu’est-ce que créer aujourd’hui ? Peut-on encore parler d’art lorsqu’une machine intervient ? Que reste-t-il de l’auteur dans un processus partagé avec un algorithme ? Ce sont ces interrogations, vécues de l’intérieur, que je souhaite poser ici, en tant que poète, sculpteur d’idées et en tant qu’individu, tout simplement traversé par l’envie de créer</p><p></p><h4>L’IA, une réponse à une frustration ancienne</h4><p>J’ai commencé à intégrer l’intelligence artificielle dans ma pratique artistique il y a environ trois ans. Ce fut d’abord par l’image. Je ne sais pas dessiner, incapacité qui a toujours été source d'une immense frustration. J’avais en moi des mondes mais je ne pouvais pas les représenter. Les écrire, oui. Mais les visualiser, non. L’IA est donc arrivée pour combler un manque. Au début, les résultats furent décevants. Puis les outils ont évolué, et moi avec. Peu à peu, une maîtrise s’est installée. J’ai appris à dialoguer avec l’IA, la guider et surtout, à me laisser surprendre par elle.</p><p></p><h4>Un dialogue fertile et un rôle clair</h4><p>Je vois l’IA comme un assistant créatif, non comme un moteur autonome. Le dialogue est bidirectionnel : je donne des instructions, je corrige mais je n’hésite pas non plus à lui demander de me questionner, de me pousser plus loin. C’est un travail de sculpture d’idées. Et même si je m’appuie sur une machine, c’est bien moi qui décide.</p><p>L’IA m’aide à explorer des univers qui me sont chers : le gothique, le surréalisme, les ambiances sombres, mystérieuses, un peu hantées. J’y injecte mes obsessions, mes angoisses. Mais je reste fidèle à ce que je ressens. Je ne crée pas pour plaire à une communauté, ni pour "répondre à la tendance". Je suis mon propre fil.</p><p></p><h4>L’abondance ne fait pas l’émotion</h4><p>Ce que je vois parfois dans les galeries IA me laisse froid. Beaucoup d’images circulent sans but. En vain, j'y cherche une âme. L’abondance ne fait pas la qualité. Générer n’est pas créer. Sans émotion, il ne reste qu’un décor vide. Moi, j’essaie, à mon modeste niveau, de transmettre quelque chose de vrai. Un vertige. Une chaleur. Un malaise. Une beauté trouble. Ce que chacun en reçoit, je ne le contrôle pas. Mais je le cherche.</p><p></p><h4>Un art… ou pas ?</h4><p>Douter est ma seconde nature et en matière d'IA, cela est encore plus vrai. Je me demande souvent si je suis encore l’auteur. Après tout, ai-je le droit de parler d’art ? Cette question me hante plus encore en poésie, domaine dans lequel je me sens un peu plus légitime. Je peine à qualifier mes images générées comme des œuvres d’art. Et pourtant… elles portent une intention, une émotion. Elles proposent un regard. Leurs racines puisent dans quelque chose de sincère.</p><p>Aucune œuvre ne naît du néant. Tout créateur est nourri par d’autres. L’IA, dans ce sens, ne fait pas exception. Elle s’inscrit dans cette chaîne. La seule vraie différence, c’est sa rapidité, sa capacité à proposer, à composer à partir de modèles. Mais pour que cela devienne une œuvre, il faut y mettre une présence humaine qui puisse s'incarner dans une exigence.</p><p></p><h4>Créer oui, mais surtout, dire</h4><p>Ce qui me semble crucial, c’est d’assumer l’usage de l’IA. Je le dis, à chaque fois. Je précise quand une création a été générée, même partiellement car cela ne doit pas être une honte mais juste un devoir d’honnêteté. Une création IA n’est pas moins valable qu’une autre mais il faut en connaître l’origine. Le spectateur ou le lecteur doit pouvoir situer ce qu’il regarde. Pus qu'une simple question de valeur, il s'agit de vérité.</p><p></p><h4>Vers quoi aller ?</h4><p>L’IA a fertilisé ma pratique, me poussant à explorer des territoires que je n’aurais jamais osé aborder seul. Elle m’a permis de rêver autrement. Je dois cependant avouer garder un certain recul , surtout en poésie. Là, je n’ai pas envie de lâcher la bride. Peut-être parce que c’est le lieu où je me sens le plus moi-même. Pourtant je sais que l’IA est déjà là. Elle écrit. Elle compose. Elle imite. Et parfois, n'ayons pas peur de l'admettre, elle sait toucher juste.</p><p>Interdire l’IA serait absurde. Elle est là et ne disparaîtra pas. Autant l’apprivoiser et la connaître plutôt que de la fuir.</p><p>D'après moi, créer avec l’IA n’est pas renoncer à l’art mais le redéfinir sans cesse. C’est composer avec un autre regard, plus vaste et instable, mais toujours nourri d’humain. C’est faire le pari que l'humanité peut encore passer, même à travers les circuits froids d’une machine.</p><p></p><p></p><p>En fin de ce billet, vous pouvez trouver ma galerie <em>Créations mentales</em> qui regroupe certaines de mes images créées avec l'assistance d'une intelligence artificielle (IA).  Pour les vidéos, cela se trouve sur ma chaîne YouTube <a rel="external nofollow" href="https://www.youtube.com/@eathanor/">https://www.youtube.com/@eathanor/</a></p>]]></description><guid isPermaLink="false">38</guid><pubDate>Wed, 30 Jul 2025 22:19:58 +0000</pubDate></item><item><title>Ozzy est mort, et c&#x2019;est une part de moi qui s&#x2019;&#xE9;teint avec lui</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/36-ozzy-est-mort-et-cest-une-part-de-moi-qui-s%C3%A9teint-avec-lui/</link><description><![CDATA[<p><a href="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_07/Ozzy_Osbourne_in_1970.jpg.1c1d1ea37ee6d05415e3570d643491e6.jpg" class="ipsAttachLink ipsAttachLink_image ipsRichText__align--left ipsRichText__align--width-custom" style="--i-media-width: 247px" data-fileid="4306" data-fileext="jpg" rel=""><img class="ipsImage ipsImage_thumbnailed" data-fileid="4306" src="https://accents-poetiques.com/uploads/monthly_2025_07/Ozzy_Osbourne_in_1970.thumb.jpg.2c9f977b7bf7a59d9360976b39c03d98.jpg" alt="Ozzy_Osbourne_in_1970.jpg" style="--i-media-width: 247px" width="536" height="750" loading="lazy"></a>Il y a des morts qui n’appartiennent pas seulement à l’actualité : elles vous arrachent quelque chose. Elles descendent profondément dans l’intime. Hier, en apprenant la disparition d’Ozzy Osbourne, je suis resté là, figé, un peu vidé. Comme si quelqu’un avait soufflé sur une bougie qui brûlait depuis mon adolescence. Une flamme noire, vacillante, mais précieuse, que je croyais éternelle.</p><p></p><p>Je n’ai pas grandi avec le rock. Mes parents écoutaient Yves Duteil, Nana Mouskouri, Sardou. Des voix propres sur elles, qui chantaient l’amour, la France, les hirondelles. Il n’y a rien de mal à cela ; c’était même rassurant, doux. Mais il manquait quelque chose. Une tension, une faille, un vertige. Et puis un jour, j’ai mis un casque sur mes oreilles, et j’ai entendu ce classique qu'est devenu l'album <em>No More Tears </em>d'Ozzy Osbourne.</p><p>Je me souviens très précisément de ce moment. L’intro lancinante, cette basse qui rampait comme un serpent dans l’ombre, et puis sa voix, cette voix rauque, un peu folle, qui semblait venir d’un autre monde. Ce n’était pas simplement de la musique : c’était un portail. Une brèche. Une invitation à franchir les limites rassurantes de l’enfance pour s’enfoncer dans des paysages plus sombres, plus troubles, plus vrais peut-être. <em>No More Tears</em> a été la clé. Ozzy, le passeur.</p><p></p><p>Après ça, il m'a fallu tout écouter. Ce fut un impératif non négociable. Les albums solos, bien sûr, mais surtout ce monument qu’est le groupe Black Sabbath dans lequel Ozzy tenait avec brio le rôle de chanteur. Ces hymnes sulfureux, impies, ces riffs lourds comme des orages, ces paroles qui évoquaient le Diable, la mort, la folie, l’envers du monde. Ce n’était pas de la provocation gratuite : c’était une esthétique. Une posture face à l’hypocrisie, au confort, à la tiédeur. À travers cette musique, j’ai appris qu’il était possible, et même salutaire, d’embrasser le chaos, de regarder en face ce qui fait peur, ce qui dérange. D’aimer ce qui hurle dans la nuit.</p><p></p><p>Ozzy, c’était le clown démoniaque, le fou divin, le survivant halluciné. Il chantait avec le feu dans la gorge. Il titubait mais il avançait. Il était excessif, oui. Baroque, décadent, borderline. De ses dents, il décapitait une chauve-souris vivante en plein concert. Mais il était vrai.</p><p></p><p>Aujourd’hui, je repense à ce cheminement étrange : partir de “<em>Prendre un enfant par la main</em>” pour atterrir dans “<em>Children of the Grave</em>”. Grandir, en somme. Traverser les apparences, les tabous, les peurs. Et je me rends compte à quel point des artistes comme Ozzy ont compté dans cette traversée. Il ne s’agissait pas seulement de musique, mais de transformation. D’initiation. D’un appel obscur que j’ai fini par reconnaître comme le mien.</p><p></p><p>Alors oui, Ozzy est mort. Et avec lui, c’est un peu de mon adolescence qui s’éteint. Un peu de ce feu premier. Mais sa voix, elle, continue de résonner. Dans les vieux CD, les vinyles rayés, les playlists oubliées. Et surtout, dans cette part de moi qui lui doit tant.</p><p></p><p>Repose en paix, Prince des Ténèbres. Et merci.</p>]]></description><guid isPermaLink="false">36</guid><pubDate>Thu, 24 Jul 2025 16:37:41 +0000</pubDate></item><item><title>Confession d'un hypocondriaque - Christophe Ruaults</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/27-confession-dun-hypocondriaque-christophe-ruaults/</link><description><![CDATA[<p></p><div class="ipsRichTextBox ipsRichTextBox--alwaysopen ipsRichText__align--right ipsRichText__align--width-small" data-i-background-color="blue"><div class="ipsRichTextBox__title"><p>Focus sur un extrait</p></div><p>« La suite immédiate se déroule aux toilettes car le travail préparatoire à la coloscopie a ceci de commun avec la méditation transcendantale qu’il permet de faire le vide en soi. »</p><p></p></div><p>Votre serviteur souffrant d’hypocondrie, lorsque j’appris l’existence de ce petit roman, il me fut difficile de résister à l’envie de le lire. Son auteur est un journaliste, Christophe Ruaults, qui confesse sans mal faire partie depuis l’adolescence de cette grande famille des gens ayant branché leur corps sur écoute. À côté, l’affaire des écoutes de l’Élysée est une aimable plaisanterie. <em>Confession d’un hypocondriaque</em> est le moyen pour lui de mettre sur le papier ses angoisses de malade imaginaire en les enrobant d’un humour et d’une autodérision qui viennent sans mal animer les zygomatiques.</p><p></p><p>Durant 250 pages, nous allons suivre les angoisses de Thomas. Tout comme l’auteur, un oncle lui a offert dans ses jeunes années une encyclopédie médicale, véritable cadeau empoisonné qui contribuera à le faire basculer dans le monde merveilleux des angoissés chroniques pour qui la moindre douleur étrange est nécessairement le signe d’un cancer, si possible en phase terminale, où un mal de tête est le signe avant-coureur d’une rupture d’anévrisme ou d’un AVC. Tout comme l’auteur toujours, Thomas est journaliste. Ces similitudes entre le personnage principal du roman et l’auteur font de ce récit une biographie assumée par Christophe Ruaults, quand bien même la plupart des faits narrés sont inventés et forcent le trait pour prêter à rire de ces exagérations dans lesquelles les malades imaginaires aiment à s’embarquer lorsque le petit vélo apeuré se met en branle dans le cerveau.</p><p></p><p>Chez Thomas, ce petit vélo se prénomme Charlie. Charlie est son double névrosée et malade, cette petit voix intérieure qui le pousse à enchaîner les examens, à se shooter aux salles d’attente, à consulter son médecin traitant jusqu’à plusieurs fois par semaine. Et ce dernier tient la dragée haute à Thomas. Il est aux commandes et n’entend pas laisser la raison reprendre les manettes. Pour ne rien arranger, notre journaliste de Thomas est responsable du service Santé d’un magazine d’actualité, ce qui est loin d’être le meilleur des remèdes pour bâillonner Charlie. Tout hypocondriaque qui se respecte sait combien ses ruminations permanentes pèsent sur lui-même mais aussi sur ses proches. Thomas n’échappera pas à cette règle d’airain. Sans trop en dévoiler, son couple sera particulièrement éprouvé.</p><p></p><p>L’écriture est simple, sans grands artifices. Si vous recherchez de la véritable littérature, passez votre chemin. Pour autant, le livre n’est pas mal écrit. Avec son style direct, il sait embarquer le lecteur pour le faire rire souvent, le toucher et l’émouvoir parfois. Si je vous dis que le chat de Thomas se nomme Guronsan ou bien qu’il considère qu’on « a du abattre plus d’arbres pour ses ordonnances que la tempête de 1999 », vous avez déjà une bonne idée des plaisanteries et de la dérision qui émaille les lignes. Pour l’émotion, lisez donc cette confession d’un hypocondriaque jusqu’à son terme pour qu’elle vienne vous cueillir de la plus inattendue des façons.</p><p></p><p>Un récit qui, sans se ranger parmi les œuvres indispensables, saura vous faire passer un agréable moment avec une belle inventivité pleine de fantaisie et une fin aussi surprenante que touchante.</p>]]></description><guid isPermaLink="false">27</guid><pubDate>Mon, 19 May 2025 08:16:33 +0000</pubDate></item><item><title>Enfant de salaud - Sorj Chalandon</title><link>https://accents-poetiques.com/blogs/entry/16-enfant-de-salaud-sorj-chalandon/</link><description><![CDATA[<div class="ipsRichTextBox ipsRichTextBox--alwaysopen ipsRichText__align--right ipsRichText__align--width-small" data-i-background-color="blue"><div class="ipsRichTextBox__title"><p>Focus sur un extrait</p></div><p>"Le salaud c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s’est fourvoyé dans tous les pièges en se croyant plus fort que tous … Qui a passé sa guerre, puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des autres. Puis les miennes. Le salaud, c’est le père qui m’a trahi."</p></div><p>Jamais encore je n’avais lu Sorj Chalandon. <em>Enfant de salaud</em> est donc l’occasion de découvrir une nouvelle plume, du moins pour moi. Car nouvelle, cette plume est loin de l’être. Sorj Chalandon a une double casquette d’écrivain français et de journaliste, membre de la rédaction du <em>Canard enchaîné</em>. En matière d’écriture, il est loin d’être le perdreau de l’année comme en atteste son palmarès de prix littéraires remportés : prix Albert-Londres(1988), prix Médicis (2006), grand prix du roman de l’Académie française (2011), prix Goncourt des lycéens (2013), … La liste n’est pas exhaustive. <em>Enfant de salaud</em> a lui été inclus en septembre de cette année dans la première sélection du prix Goncourt avec quinze autres romans. Lors de sa sortie, la critique fut essentiellement positive. Aussi est-ce avec un a priori favorable que j’en ai commencé la lecture.</p><p></p><p>La trame de l’histoire tient en deux phrases. En 1987 se tient à Lyon le procès de Klaus Barbie pour crime contre l’humanité. Un journaliste y est dépêché pour le suivre et le relater dans son journal. Une précision qui est loin d’être un détail anodin : Sorj Chalandon a lui-même relaté ce procès dans les colonnes de Libération, un récit qui lui valut ce prix ­Albert-Londres évoqué précédemment. Sur cette grande histoire vient se greffer la petite, celle d’une relation tourmentée entre le narrateur et son père, homme violent et mythomane dont il est difficile de savoir quels furent ces engagements lors de la Seconde Guerre mondiale. Un collabo ? Un résistant ? Un traître à sa patrie passé à l’ennemi ? Tant de questions sans réponses qui hantent ce fils depuis le jour où, dans un accès de colère, son grand-père lui jeta à la figure : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! » . Sa présence au procès de Klaus Barbie vient renforcer ces questions qui le rongent au quotidien. Ne pouvant apprendre la vérité de la bouche de son paternel, grâce à un ami ayant accès aux archives, il finira par parvenir à entrer en possession de documents retraçant son parcours et dessinant un visage paternel plus complexe qu’attendu.</p><p></p><p>Une relation père-fils déchirante, un procès chargé en témoignages intenses et en moments forts, des sentiments passionnés, des blessures à l’âme encore saignantes, tous les ingrédients nécessaires étaient réunis pour que la mayonnaise prenne et que cette lecture m’offre sur un plateau un panel riche en émotions fortes. Pourtant, rien de tel. Après avoir lu avec entrain les premiers chapitres, mon enthousiasme s’est rapidement émoussé avant de laisser place à l’ennui, la faute à une écriture froide et désincarnée. Ainsi, lorsque le narrateur découvre les documents retraçant le parcours de son père durant la guerre, nous avons l’impression de lire un document administratif, une liste rébarbative de faits dénuée de toute chaleur, tel un compte-rendu de réunion. La restitution des échanges entre le père et le fils, bien que moins cliniques, ne suffisent pas à renverser cette impression de lassitude. Il m’a été impossible de m’approprier les personnages. Vivement que le procès de Klaus Barbie se termine pour que s’achève le roman me suis-je surpris à songer plus d’une fois. Il faut cependant saluer les dernières pages du récit qui surent me passionner et m’emmener vers des rivages d’humanité que je n’attendais plus. Mais aussi réussies soient-elles, elles ne sauraient sauver ce roman qui ne me laissera guère de grands souvenirs.</p>]]></description><guid isPermaLink="false">16</guid><pubDate>Fri, 02 May 2025 14:02:35 +0000</pubDate></item></channel></rss>
