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Retour de pêche

mardi, 21 octobre 2014 03:45 Écrit par 

Quand le rafiot rouille, après une dernière marée,

Rongé par la sueur de trop viriles campagnes,

Le moteur étouffé dans les derniers litres de fuel,

Il va au cimetière, achevé par la houle.

Les embruns roulent sur les joues du capitaine.

L’équipage silencieux assiste aux funérailles.

Du chalutier qui, tant d’années, a nourri leur marmaille,

Dernière manœuvre, dernier mouillage.

A bord de la chaloupe, ils se promettent de ne pas l’oublier.

Un brouillard épais enveloppe déjà la coque endormie,

Quelques coups de rames, silhouette floue.

C’est le cœur lourd que les hommes regagnent la jetée.

Mais plus haut, un groupe s’anime :

Des femmes radieuses, coquettes, joie à peine contenue.

Leurs épouses piaffent sur le quai, rires de la victoire.

Elles n’ont d’yeux que pour eux, elles ont été patientes.

Ivres d’une revanche méritée, ils sont revenus leurs hommes.

Elles les savent tristes, elles les enlacent mais surtout s’empressent

De les éloigner de ce port qu’elles haïssent plus qu’une maîtresse.

Elles les embrassent, les bousculent un peu, les empêchent de se retourner.

Ils s’en vont, bras dessus, bras dessous, souriant, comme allégés.

Le goût du sel sera bien vite remplacé, oublié même,

Par des plaisirs plus sucrés, sans tempêtes ni dangers.

Le rafiot rouille, à d’autres la marée !


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Mikaël Le Gad Cailleaux

Fan de poésie, amoureux des mots.

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